‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 138 sur 168 · CHAPITRE tV · texte numérisé non relu

CHAPITRE tV

Premier moiivuninit ilt'f armées. — Coin lui U de Tlmlins et Botissii.

Le duc de Teschen occupait les villages en delà du ruisseau de Quiévraiii, sa gauche appuyée au bois de Sars , sa droite à la rivière de la Haisne et aux marais en avant de Saint-Guislain. Cette position était fort bonne, et pouvait être disputée longtemps, s'il avait surtout bien retranché le bois de Sars, qu'on pouvait regarder comme impénétrable. Il avait à sa droite un petit corps de troupes dans le bois de l'Ermitage qui masquait Condé, et qui communiquait avec quatre ou cinq mille nom. mes placés à Bury. Ce camp communiquait avec celui de la Trinité , de sept à huit mille hommes commandés par le général Latour, qui occupait aussi la ville de 'fournay. De petits corps détachés inquiétaient Lille , occupant Lannoy, Roubaix et Turcoing. Un autre petit corps occupait Varneton au confluent de la I.ys et de la Marque. Cette, défensive était très-bien entendue, mais elle présentait un front trop considérable pour vingt-huit à trente mille hommes, en quoi consistaient toutes ses forces avant la jonction du général Cbirfayt, qui lui ramenait environ quinze à dix-huit mille hommes.

On peut comparer cette position défensive du duc de Teschen à celledes cantonnements du général Wurmser et du duc de Brunswick en Alsace , à la fin de 1793 , excepté que celle du duc de Teschen avait sa retraite mieux assurée , n'était pas fixe ranime celle de l'armée combinée, et n'avait pas une grande rivière à son dos. Les cantonnements de l'armée combinée avaient un front trop étendu pour n'être pas percés par le centre.

Le blocus de Landau était insoutenable, dès que le duc de Brunswick avait manqué l'attaque de Bitcbe. Il eût fallu qu'au moins le général Wurmser, abandonnant tes lignes delà Mautter, se contentât de garder celles de la Lauf er, se chargeant de défendre par sa gauche ces lignes depuis La uterbourg jusqu'à Wissembourg, et par son front rejoignant la ligne de défense des

MÉU0111ES DE UUMODB1EZ.

Prussiens pur Bergzabera jusqu'à Anweiler, d'où les Prussiens auraient gardé la droile par Kaisers! au le rn. Il eût même mieux valu que le duc de Brunswick eut abandonné Kaiser slautern , et rétréci son cantonnement par Spanuberg sur Neustadt, couvrant son flanc droit du Speierbach.

Cette défensive rapprochée aurait eu de l'ensemble. A la vérité on abandonnait le Fort-Louis à lui-même, mais il était en état de soutenir un siège; et sites Français avaient eu la témérité de l'entreprendre, on était assez prés de M pour lui donner des secours par la rive droite ou la rive gauche du Hhin. Ce siège les aurait occupés longtemps ; il n'aurait pas rempli leur objet, qui devait être de délivrer Landau ; et cette place aurait été obligée de sa rendre, ou bien la tentative de sa déiivraDce aurait forcé les Français à donner une bataille, et à attaquer fts deux armées dans une position assez resserrée pour être défendue avec succès.

En ce cas, plutôt que de tenter une attaque aussi dangereuse, peut-être que l'armée française de la Moselle se serait portéesur Trêves, Coblentz ou Mayence, pour engager l'armée combinée à sortir de sa position. Il fallait alors jeter dans ces villes des troupes des Cercles , pour les mettre à l'abri d'un eoup de maiu , et ne pas perdre son objet de vue. Si l'armée de la Moselle s'éloignait trop , on pouvait tout au plus aller attaquer celle d'Alsace , et la battre ou la faire reculer , ce qui aurait encore précipité la reddition de Landau, objet essentiel, auquel il fallait tout sacrifier.

Le plan de défensive du duo de Tescben une fois connu , le général arrangea son premier mouvement de manière à le déposter de partout à la fois , ou de l'obliger a combattre avec désavantage , ce qu'il ne put pas imaginer qu'il hasardât.

Des le 28 , il Gt passer au travers de Coudé un corps de huit mille hommes aux ordres du général Berneron, qu'il avait fait maréchal de camp, avec ordre de chasser .tout ce qu'il trouverait dans le bois de Bernissart , et de s'y établir. Le lieutenant général Omoran , qui commandait dans Coudé, n'était malheureusement pas en état de faire la campagne, à cause des suites d'une grande blessure qu'il avait reçue à l'attaque de Savannah eu Amérique, mais il pouvait diriger ce premier mouvement.

tiv. iv. — chafv iv. 359 Cette dlfUloil menaçait Ath et Leoze, ayant deux chemins trèsbons qui arrivaient de ces deux villes à Blatton.

Pour lier la corn muni nation de ce corps détaché avec son armée, il ordonna à Beurnonville, qui commandait encore son avant-garde , de s'établir à Quiévrain, et d'occuper Montreuil et Pommereuil. Les Impériaux , postes à Raucourt et à Bury , inquiétèrent la division de Berneron , et il y eut pendant plusieurs jours de fortes escarmouches entre Perwels et Blatton. C'était ce qu'avait désiré le général Dumouriez, pour attirer de ce c5té la principale attention du général chargé de la défense de Tournay, et pour l'obliger à se retirer, de peur de se mettre entre deux feux.

11 ordonna au général la Bourdonnaye de camper sur les hauteurs de Sanguin , ayant devant lui le pont de Bouvines , et de détacher le lieutenant général Duval avec un tiers de son armée au Pout-à-Tresstn. Ce mouvement forçait nécessairement les Impériaux à replier sur Tournay tous les détachements qu'ils avaient à Roubaix , Turcoing et Lannoy , qui dévastaient le riche district de Lille , sans que la Bourdonnaye , bien supérieur en forces , eût eu le bon sens de les chasser. Il eut beaucoup de peine à faire exécuter ce mouvement à la Bourdonnaye , qui lut manda qu'il ne pouvait pas se hasarder si avant, à moins que le général ne vînt avec toute sonarméeàMaulde pour le soutenir; que Tournay était bien fortifié, et garni d'une nombreuse artillerie; que les ennemis avaient construit des retranchements hors de la ville sur les hauteurs deHertain, Lamain et Marquain ; qu'il serait déjà trop compromis au camp de Sanguin, parce que l'ennemi pourrait le couper d'avec I.il le.

Le général vit dans la lettre de la Bourdonnaye ou une grande lâcheté, ou une mauvaise volonté très-décidée. Il lui envoya son aide de camp Devaux, avec l'ordre positif de quitter Lille où il se tenait, d'aller se mettre a la téte de son armée , d'assembler ses officiers généraux , non pas pour décider dans un conseil de guerre s'il fallait exécuter , mais comment il fallait exécuter l'attaque des hauteurs de Hertain , Lamain et Marquain, et ensuite l'attaque de la ville de Tournay.

' II lui mauda que les avis qu'il avait sur l'état de défense de Tournay étaient faux. Il lui annonça la position du général lier-

neron, assez iuquiétante pour l'ennemi pour l'empêcher de s'attacher à défendre Tournay. Il lui annonça aussi que lui-même attaquerait le, duc de Teschen le S ou le 4 novembre, et que le général d'Harville était chargé de tourner les Impériaux par leur gauclie, comme lui par leur droite. Le colonel Devaux remit au lieutenant général Duval le duplicata de cette instruction, avec ordre de la communiquer aux autres généraux . et de prendre le commandement , si la Bourdonnaye persistait à ne pas obéir. Celui-ci prit alors son parti , et se rendit au camp de Sanguin, avec la résolution démettre dans l'exécution des ordres le plus d'obstacles et de retards qu'il pourrait.

Après avoir assuré les mouvements de sa gauche, le général, apprenant que leducdeTesclien voulait défendre tant qu'il pourrait la position de lions, jugea qu'il devait rapprocher le général d'Harville, que sa marche sur Binch aurait trop écarté, parce qu'il n'était plus question d'empêcher la jonction du général Clairfa'yt. Par le détachement qu'il avait fait de la division de huit mille hommes aux ordres du général Berneron, il ne lui en restait plus que trente-deux mille, l'aria réunion du général Clairfayt , il estimait que le duc de Teschen pouvait avoir au moins vingt-cinq mille hommes ; et, ne voulant rien mettre au hasard, il se renforçait des douze mille hommes du général d'Harville pour conserver sa supériorité. Il lui ordonna donc de venir camper le 1" novembre à Hon , à la têle du bois de Sars.

Le 3 , l'infanterie belge , sans canon , soutenue par les hussards de Chamborand , se trouvant trop resserrée à Moutreuil , attaqua les avant-postes autrichiens qui étaient dans le village de Thulin, les en chassa facilement-, mais elle eut l'imprudence de poursuivre , et de s'engager dans la plaine vers le moulin de Boussu.Les hussards impériaux fondirent sur elle, l'enveloppèrent, et en sabrèrent ou prirent quatre compagnies. Le régiment de Chamborand marcha à leur secours avec la plus grande intrépidité, les dégagea, et souffrit beaucoup, parce que les Impériaux étaient iuliniment supérieurs, Beumonville, fâché de ce petit échec que son infanterie belge s'était attiré pour avoir combattu sansson ordre, en rendit compte, et manda qu'il allait replier ses avant-postes , et ne garder que Quiévrain. Il avait alors ses

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