‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 143 sur 168 · LIV. IV. — CHAP. T · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CHAP. T

pouvait se présumer, d'après le premier désordre occasionné par le général Drouin.

Jamais général n'est arrivé plus à propos. Il trouve sur la hauteur de Cuesmes deux brigades d'infanterie , dont une composée de trois bataillons de Paris , de ses anciennes troupes du camp de Maulde. Elles débordaient la gauche des cinq redoutes qui étaient garnies de grenadiers hongrois. Elles avaient devant elles une nombreuse cavalerie impériale, qui paraissait prête à les attaquer; et à cinq cents pas en avant, sur leur gauche, une colonne d'infanterie , qui attendait le mouvement de la cavalerie pour achever de les détruire. A cent pas derrière ces deux brigades étaient dix escadrons de hussards , dragons et chasseurs, exposés au canon des redoutes qui les prenaient en écharpe , et à celui du général d'IIarville, qui, par une erreur inconcevable, les prenant pour les ennemis , les écrasait p.ir derrière.

Ces troupes n'avaient aucun général en tète ; car le fameux Dampierre, qui devait les commander, ne s'y trouvait pas, quoique la veille il eût fait une algarade indécente à son général en chef, sur ce qu'il avait remis l'attaque au lendemain. Beurnonville venait derrière , à la tête de deux autres brigades et du reste de sa cavalerie.

Le général n'a que le temps de passer devant le front des deux brigades , et de leur dire qu'ayant à leur tête leur père , ils n'ont rien à craindre. Les cris de vive Dumowlez! l'assurent de la bonne volonté de cette troupe, qui avait une contenance héroïque. 11 passe à la tête delà cavalerie ; il était temps, elle se mêlait et allait fuir. Il envoya un aide de camp à Beurnonville, pour le hûter. Dans le même moment les dragons impériaux s'avancent au galop pour enfoncer les deux brigades, qui, par une décharge à bout portant , se font un rempart de plus de cent chevaux ou cavaliers devant eux- Un escadron ennemi, arrivé par le grand chemin , veut envelopper cette infanterie. Le général , qui avait rallié sa cavalerie, détache les hussards deBerchiny.qui enfoncent ces dragons. Toute cette cavalerie impériale fuit jusqu'à Mons, et la colonne d'infanterie se metaussi en retraite. , Dumouriez faitoccuper le terrain du combat par Beurnonville, qui arrive , fait faire un à gauche aux deux braves brigades qui

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venaientde décider l'affaire, aux chasseurs à chevul commandés p;ir l'aîné FréclieviLle et par Fournier , aux hussards de Chambnrand commandés par le cadet Fréclieville, et a ceux de Bercliiny commandés par Nordmaira; il entonne l'hymne des Marseillais , se met a leur téte , et ils vont gaiement , et avec un courage qu'on ne peut pas décrire , attaquer les redoutes par la gorge. Il s'y fait un grand massacre des grenadiers hongrois.

Cependant , toujours inquiet pour son centre , il retire de cette attaque, quand il la voit bien décidée, Fréclieville l'aîné avec six escadrons de chasseurs-, et, reparlant à leur tête au grand trot, il longe le village pour aller au secours du centre, li n'a pas fuit cinq cents pas, qu'il voit arriver au grand galop Montpensier 'Jeune frère du duc de Chartres, qui vient lui annoncer que le centre est victorieux, et que son frère est maître du village après uu sanglant combat. Thouvenot arrive au même instant de la gauche , ayant traversé le village et longeant derrière les redoutes, et lui dit que tout est en fuite. Le combat avait commencé à midi , et il n'était que deux heures*.

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LIV, IV. — CflAP., V.

Le général envoie message sur message a d'Harville, pour le, faire hâter d'occuper le mont Pallizel , sans pouvoir parvenir à l'y déterminer. Ce général voyait encore des troupes sur Be rlaimont. 11 croyait le mont Pallizel et les hauteurs de Nimy Lien retranchés : effectivement les Impériaux y avaient établi quelques redoutes. Il a beau recevoir les avis réitérés que la bataille est gagnée , que l'ennemi est en fuite ; il n'avance pas , et on a bien de la peine à faire cesser son feu contre la hauteur de Cuesmes , qu'occupait Beurnonville.

Cependant l'armée était horriblement fatiguée. Elle bivouaquait et se battait depuis quatre jours. Il fallut absolument lui donner deux heures de repos, et lui distribuer du pain et del'eaude-vie. Klle n'avait encore rien mangé, et alors on n'enivrait pas les soldats pour les mener au combat. Pendant ce repos, le général s'impatientait de voir les Autrichiens se retirer sans être poursuivis , puisque par leur retraite il y avait entre eu* et lui la ville de Mons , et que d'Harville était seul en position de tourner cette ville, s'il eût suivi son instruction. Le général s'y serait porté lui-même ; mais il ne lui restait pas un seul cheval en état de soutenir cette fatigue, et il avait beaucoup d'ordres à donner, surfont pour ses vivres et ses blessés.

11 se tenait alors à son avant-garde, à la tète du village de Cuesmcs. A quatre heures il ordonna que chacunreprit les rangs, et il annonça qu'il allait marcher en avant. Ces braves soldats oublient leur fatigue , et témoignent leur joie par leurs cris. Il fait occuper les faubourgs de Mons par les troupes légères , et il envoie sommer la ville. Il porte deux brigades sur Bertaimont,

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fut décernée aux vainqueurs. L* pre- officier sur le champ de bataille, mier de ces deux généraux donnn en- {Noie da l'éditeur. )

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que les ennemis venaient d'abandonner. Un événement bizarre le contredit encore. Ces deux brigades, qui venaient de montrer un courage- héroïque, qui venaient d'attaquer une position effrayante, de braver un triple étage de mousqueterie, de forcer des redoutes garnies d'une nombreuse infanterie , au milieu d'un feu épouvantable d'artillerie à cartouches, sont saisies d'une terreur panique. Elles s'imaginent que les Impériaux ont miné la montagne. D'après cette supposition impossible, cinq bataillons abandonnent cette position , malgré toutes les représentations du général Stetenliofen qui les commande ; un seul bataillon reste avec lui , les autres se rejettent dans le village de Cuesmes , dans le plus grand désordre.

Le général , instruit de cet événement très-iu attendu , renvoie d'autres troupes occuper Bertaimont. Enfin, le général d'Harville arrive ; il se poste sur le mont Pallizel : parvenu sur cette hauteur , il n'occupe celle de Nirny qu'avec de légers postes , au lieu d'y marcher avec tout sou corps d'armée. Pendant tous ces retards l'ennemi avait assuré sa retraite, la nuit était venue.

Le général avait sur-le-champ détaché le corps des flanqueurs de gauche sur Gelin et la Chapelle-Notre-Dame , de l'autre cdté de Mons et de la rivière , pour inquiéter la gauche du grand chemin de Bruxelles, pendant que d'Harville, posté à Nirny, inquiéterait leur droite. Les flanqueurs, étant trop faibles, sont obligés de laisser passer l'armée impériale , parce que d'Harville ne les soutient pas. Le général est obligé , à son grand regret, de remettre au lendemain la prise de Mous et la poursuite de l'ennemi. Il n'avait rien de prêt pour forcer Mons , dont le commandant mettait beaucoup d'adresse et de fierté dans ses réponses. Il est contraint de se contenter du succès de sa journée, et il passe la nuit à dresser des batteries pour foudroyer cette mauvaise place, qui est évacuée dans la nuit même.

T.'el est le détail de la bataille de Jemmapes. Elle a décidé du sort des Pays-Bas; mais son succès aurait été bien plus complet, 1° si Ferrandet Beurnonville avaient attaqué dès huit heures du matin , parce qu'on aurait gagné trois heures ; 2° si d'Harville eût rnieui étudié le mouvement de BeurnonviJIe , ce qui l'aurait empêché de tirer sur lui, et s'il s'était porté rapidement sur

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