LIV. IV. — CHAP. IX
si on les trouvait coupables; que dans ce dernier cas il l'était plus' qu'eux, et qu'on lie devait pas le ménager. Cette lettre, qui n'était que juste, fut trouvée trop lière ; elle excita encore plus ses ennemis contre lui. La convention ne lui répondit pas. Condorcet, Pétion et le ministre Lebrun furent chargés de l'adoucir par des lettres insidieuses.
Cependant les régisseurs des vivres et des fourrages refusaient de continuer le service, d'après l'impossibilité de payer leurs employés. Le peu de commissaires des guerres qui étaient à l'armée s'indignaiept du traitement fait à leurs chefs respectables, I'ud par sa probité, et tous deux par leurs talents , et ne voulaient pas servir sous Ronsin. Les entrepreneurs beiges cessaient leurs livraisons, et l'armée manqua exactement de tout. Le général ue cacha pas à ce nouvel administrateur son indignation; il lui communiqua les lettres qu'il écrivait contre lui; il lui reprocha son atroce calomnie contre Malus, et son audace de venir prendre sa place malgré son incapacité. Malgré toute son imprudence, Ronsin fut effrayé. Il vit que l'armée manquait de tout , qu'il n'avait aucun moyen pour la tirer d'embarras ; il craignit d'être la victime de la fureur des soldats, et, blâmant lui-même hautement la conduite du ministre, il supplia le général de venir à son secours.
Quelque irrité qu'il fût, il ne voulait pas sacrifier l'intérêt de sa patrie ni le salut de son armée à sa vengeance. Les ennemis et les émigrés-surtout triomphaient de ces querelles intestines, dont ils savaient tous les détails. Le maréchal de Castries mandait alors une grande vérité, dans une lettre qu'il écrivit de Spa ; il disait : Bientôt Dumouriez aura le même sort que la Fayette, et, ce qui est frappant par rapprochement, on lisait alors dans les feuilles de Maral : Dumouriez désertera comme la Fayette.
Mil par ce grand intérêt, le général se servit de toute sa considération, employa les prières auprès des régisseurs, des commissaires des guerres et des entrepreneurs belges. 11 obtint que chacun reprendrait son service , et que les marchés continueraient à être exécutés jusqu'à ce que le comité des achats eiit.envoyé ses préposés, et se Alt mis en état de faire subsister l'armée, ilonsiu se chargea de tout . et le service fut rclabli.
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Il y avait ou stupidité ou trahison dans la conduite de Poche. Les conditions du comité des achats étaient de commencer le service des armées le 1" janvier. Aucun de leurs préposés ne s'était encore présenté; et, dès le 15 novembre, ce ministre faisait cesser le service de tous les régisseurs, avait saisi leurs caisses, avait cassé les marchés des entrepreneurs belges, avait fait arrêter et décréter les deux commissaires ordonnateurs. Ainsi il se trouvait un intervalle de six semaines entre la cessation du service actuel et le commencement du nouveau régime, pendant lequel il (allait nécessairement que l'armée manquât de tout. Cette combinaison ne pouvait pas avoir échappé à Cambon et à Pache- Ils espéraient sans doute que la disette absolue forcerait le général à traiter ta Belgique comme Custioe traitait les pays allemands; que cette conduite irriterait les Belges, les porterait a quelque violence, qui mettrait la convention dans le cas de les traiter comme ennemis, de les réunir comme pays conquis, et d'y exercer le système de spoliation, qu'un y a introduit depuis sous une autre forme tout aussi atroce.
Bien loin de s'occuper à faire des magasins pour la subsistance des trois armées, le comité des achats travaillait à cette époque à extraire les grains de la Belgique, pour les transporter en France. Il avait cependant quatre-vingt mille hommes à nourrir dans les Pays-Bas. On savait que les Hollandais ne voulaient rien fournir aux Français, réservant toutes leurs denrées pour les Impériaux et les Prussiens. Mais on voulait faire venir les grains de la Belgique en France, et de Franceles faire repasser en farines dans la Belgique, ce qui doublait la dépense et le profit du comité et des croupiers.
Pache écrivit une lettre très-flatteuse au général ; il lui mandait que ce comité, ayant acheté trois cent mille sacs de grains dans la Flandre autrichienne , avait voulu les embarquer à Ostende pour les faire transporter à Nantes; que les administrateurs d'Ostende avaient mis embargo sur ce convoi , et ne voulaient pas le laisser partir; il .le priait d'employer le grand crédit dont il jouissait à si juste filre auprès des Belges , pour faire lever cet embargo.
Précisément quelques jours avant, la convention, solliciléc