‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 154 sur 168 · UV. IV. — CH.AP. X. 3'J · texte numérisé non relu

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sonnable '. Un club se forma dans la ville , i! filait très-ardent et très-effréné ; les missionnaires que les jacobins envoyèrent de Paris en formèrent un second qui blâma toutes les opérations du premier , le traita d'aristocrate ; et les querelles furent si vives, qu'il pensa y avoir guerre civile. Les troupes françaises prenaient parti pour l'un ou pour l'autre, selon leurs affections particulières. Le général se porta médiateur entre les deux partis, et ne put parvenir à les accorder. Ceux d'outre-Meuse étaient, comme on dit en Frauce , parfaitement à la hauteur de la révolution : ils ne voulaient que l'égalité absolueet le pillage.

Ceux de la ville voulaient se donner une constitution; mais, a force de subtilités métaphysiques, ils ne savaient ce qu'ils voulaient. On tacha de les engager à former une convention nationale. Le pays fut assez ingénieusement divisé en districts. Des commissaires pris des deux clubs furent envoyés dans tous ces districts. Le maire Fabryet l'administration provisoire furent conservés par intérim; et au bout d'un mois, quand le général partit pour Paris , les choses n'étaient pas plus avancées , et les esprits avaient été de nouveau dérangés par les jacobins et les commissaires de l'assemblée.

L'intention secrète à Paris n'était point que le peuple liégeois, et encore moins celui de la Belgique , se réunit en corps de nation , pour se donner uue constitution et des lois ; on .craignait qu'une fuis rassemblés, ces deux peuples ne connussent leur force, et ne fondassent une république indépendante.

C'était cependant bien là le véritable intérêt de la France, qui parune conduite sage se serait donné un bon allié, et ne se serait pas chargée du caractère odieux de conquérante et de spoliatrice. Maïs le désir d'envahir l'or de la Belgique , et de mettre la main sur les biens d'un clergé riche, donnait une autre politique aux meneurs de la convention. Ils voulaient, en comblant le désordre dans ce malheureux pays, le forcer à se jeter

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dans les liras de In France , ou à commettre quelques excès qui la missent dans le cas de le traiter comme ennemi.

Le pays de Liège était pauvre et miiié; le peuple est fier, prompt, belliqueux, impatient du joug, ettrès-facileàse porter aux excès. La politique des jacobins de Paris, en déterminant ce peuple à se jeter dans l'anarchie, était de presser la Bélgiqueentre-deux étaux.et de la forcer à prendre le même parti. Les Liégeois, divisés entre eux, crurent s'accorder par leur réunion à la France : ils n'ont fait que mettre le comble à leurs maux précédents, et se priver de tous les moyens de défendre leur liberté.

Ce qui détermina Jes plus modérés à joindre leurs vœux à ceux des sans-culottes d'outre- Meuse en faveur de celte réunion, c'est ■ que , se trouvant un trop petit pays pour former un État particulier, se méfiant de la disposition des Belges, qui ne voudraient pas sacrifier leur religion et leur clergé, se voyant en avant de tout, sans places fortes, leur pays aisé à envahir, ils crurent que, devenant Français, la république défendrait leur liberté.

C'était un faux raisonnement, car leur réunion à la France ne changeait point la nature et ne diminuait point la grandeur de leur danger; leur faiblesse topographique était toujours la même, ils avaient toujours entre eux et la France la Belgique, , dont ils se méfiaient; ils devaient toujours craindre d'être abandonnés ou faiblement soutenus, si , comme toutes les apparences le pronostiquaient, l'armée française était obligée de reculer. Leur réunion à la France rendait leur réconciliation plus difficile avec leur prince , s'ils étaient abandonnés ; elle livrait leur pays à l'anarchie qui désolait la France ; elle les empêchait d'acquérir une force et une considération nationales, qui, même dans les plus grands malheurs, peuvent Être utiles aux peuples comme aux particuliers.

Les commissaires Danton et Lacroix travaillaient ardemment à la réunion , en augmentant le désordre et l'anarchie. Ils poussaient le peuple d'outre-Meuse o tous les excès. On a entendu ces commissaires leur faire un reproche de ce qu'ils n'avaient pas coupé des têtes, et de ce que leur révolution était trop douce.

Il se commit beaucoup de violences , de vengeances particuiiè-

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rps, et quelques assasinats; mais les commissaires, français nu parvinrent pas à faire couper des têtes. La réunion du pays de Liège fut décidée presque unanimement , et acceptée par la convention, qui par cette démarche imprudente découvrait aux yeux de l'Europe une ambition qui devait armer toutes les puissances contre elle, et se donnait la charge d'un peuple ruiné , et celle de défendre un pays éloigné et tout ouvert , ou de se déshonorer en l'abandonnant après son adoption

Quant au peuple liégeois, il n'avait le choix qu'entre deux partis : ou de se former en corps de nation, lever des troupes, et s'allier avec les Français et les Belges , que son exemplè aurait certainement déterminés ( ce premier partï était dangereux ; mais la scission entre ce peuple et son évêque était accompagnée de circonstances qui n'admettaient aucun ménagement ); ou de temporiser et rester passifs, en attendant les événements; mais le caractère ardent de ce peuple ne pouvait pas l'amener à cette prudence stoïque.

Le général Du mouriez avait beaucoup de motifs pour travailler à engager les Liégeois à s'ériger eu peuple libre. 1" Il avait besoin d'une représentation natiouale liégeoise, comme on le verra, pour l'exécution de ses plans militaires. 2° Ce peuple guerrier pouvait lui fournir en quinze jours de temps dix mille hommes de très-bonne infanterie, outre une milice nationale de plus de vingt mille hommes. 3° Sou exemple eut été suivi par la Belgique , et eût mis à sa disposition toutes les forces militaires et toutes les ressources pécuniaires et de subsistance de cette riche contrée. 4" Ces deux républiques eussent opposé une barrière â l'anarchie française, et eussent surtout présenté un appui au parti monarchique constitutionnel , qui , bien que caché et opprimé , était encore très -considérable en France.

5* Ce plan déjouait les projets des ennemis du général , lui procurait les moyens de compléter ses succès en faisant passer le Rhin aux Impériaux, le rendait indépendant, pour la subsistance de son armée, du ministre Pache et du comité des achats, achevait de lui assurer la confiance de ses troupes , le mettait dans le cas de pouvoir sauver le roi , anéantir les jacobins , rendre à la représentation nationale sa liberté et sa dignité, en lui T. XI. :U

MEMOIRES DE DtJMODMEZ.

faisant quitter le nom de convention pour reprendre celui d'assemblée , et fondant son autorité sur le rétablissement de la constitution.

Malheureusement il n'avait personne à Paris pour l'aider auprès de la convention. Aucun des généraux ne pouvait être dans sa confidence; il s'était même fait une délicatesse, peut-être trop scrupuleuse, de ne pas sonder leurs sentiments. Cela n'a servi à rien; ils n'en ont pas été moins perdus, même ceux qui l'ont trahi, puisque la mémoire de Dampierre a été flétrie; puisque Lamarlicre et plusieurs autres ont péri sur l'échafaud ■ ; puisque Custine, Biron, Houchard , avec lesquels il n'a jamais correspondu, ont été sacrifiés à l'empire de la populace.

A cette époque les jacobins ne cachaient plus leurs odieux projets contre lui ». On demandait publiquement sa tête. Marat l'accusait d'avoir sacrifié dix mille Parisiens pour vaincre à Jemma-

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{Sotc de l'éditeur.)

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