‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 155 sur 168 · LIV. IV. CIUP. X · texte numérisé non relu

LIV. IV. CIUP. X

pes; d'avoir ensuite vendu au duc de Teschen la permission de se retirer, flallaitjusqu'àstipuler les articles du traitéentre le duc de Teschen et Dumouriez. On revenait sur la retraite des Prussiensde la Champagne; on la mettait sur le compte de la trahison.

On l'accusait aussi de vols. Ses aides de camp, disait Marat, regorgeaient d'or et d'argent; ils allumaient leurs pipes avec des assignats de cinquante francs. Pins ces calomnies étaient grossières, plus elles faisaient d'effet sur le peuple. Les soldats lisaient toutes ces feuilles avec mépris, plaignaient leur général ; mais la dissipation , la débauche d'une ville aussi licencieuse que Liège , le relâchement de la discipline, qui provenait de leur extrême misère , rendaient leur sensibilité légère et frivole.

Au milieu de ces affreux obstacles, le général était encore retenu par des embarras politiques , qui seuls auraient suffi pour l'empêcher d'avancer. On n'avait point la guerre avec l'Empire. En avant de lui était la ville impériale d'Aix-la-Chapelle; au delà, l'archevêché de Cologne. De ce côté la difficulté n'était pas insurmontable.

Biais , en avant de sa gauche, était le pays de Juliers : il ne pouvait pas poursuivre les Autrichiens sans le traverser; il ne pouvait pas établir ses quartiers d'biver avec sûreté , sans mettre garnison dans Juliers. Cependant la position de Custine dans Mayenee exigeait qu'on ménageât très-délicatement la neutralité de l'électeur palatin. Si on le mécontentait en occupant une de ses places fortes, il pouvait donner aux Impériaux le passage de Manbeim , et Custine pouvait avoir sa retraite coupée. On n'aurait pas manqué à Paris de rejeter sur Dumouriez les disgrâces qui seraient arrivées à Custine.

Il était encore bien plus embarrassé avec les Hollandais. Maestricht est de ce côté la clef des Pays-Bas. Celte importante et forte place rend celui qui l'occupe maître de la Meuse. La neutralité existait entre la France et les Provinces-Unies; mais le gouvernement hollandais ne se donnait pas même la peine de dissimuler sa prédilection pour les Impériaux et les Prussiens,et. son aversion pour la révolution française. En cela le stathouder suivait ardemment l'impulsion de son intérêt personnel. Plus de deux mille émigrés étaient réfugiés dans Maestricht ; on y re-

MÉMOIRES 1>E DUMOUHtF.Z.

crutait publiquement pour eux, ainsi que dans toute la Hollande On venait de publier une défense, sous peine de mort, de livrer aucune subsistance pour l'année française, pendant qu'on rassemblait, de l'aveu du gouvernement, d'immenses magasins sur le bas Rhin pour l'empereur et le roi de Prusse.

Le général voulut avoir une décision du ministre des affaires étrangères , et des ordres clairs du pouvoir exécutif pour sa conduite. Dans plusieurs dépêches qu'il écrivit sur cette matière au ministre Lebrun, il lui demanda une décision précise sur Juliers et Maastricht. Quant à la première de ces deux places, il lui manda qu'il pourrait absolument s'en passer, quoiqu'il dût établir ses quartiers d'hiver dans le duché de Juliers le long de la Roê'r, si, comme il le prévoyait, on ne lui donnait pas les moyens de s'avancer jusqu'au Rliin ; qu'il tâcherait d'arranger le séjour des troupes de manière à ne pas donner occasion de rompre la neutralité , en faisant veiller à la bonne conduite de ses soldats, et en payant toutes les fournitures de gré à gré, et argent comptant.

Quant à Maastricht , il lui manda qu'il lui était absolument impossible d'avancer, ou même de défendre la Meuse, sans être maître de cette place. Il proposa deux moyens de s'en emparer : l'un, de faire revivre le droit du prince de Liège sur le quartier de Wyck, qui est la partie de la rive droite de la Meuse ; de mettre eu avant un petit corps liégeois , et de s'y porter comme auxiliaire : c'est pour cela qu'il avait désiré que les Liégeois se formassent en corps de nation : il les avait inutilement flattés de cette conquête.

Le second moyen était de déclarer au gouverneur de Maastricht que, pour s'assurer de la neutralité, violée jusqu'à présent dans tant de circonstances, il avait besoin militairement d'Are maître du cours de la rivière, au moins jusqu'à Ruremonde; qu'il se croyait obligé et en droit ( en lui citant des exemples pareils ) de mettre garnison au moins dans le faubourg de Wyck , promettant de retirer cette garnison à la paix. Il détailla à Lebrun sept griefs très-forts, bons à insérer dans cette déclaration.

Mironda s'était porté à Hure m onde dans les premiers jours de décembre, et avait envoyé le général Lamarlière, commandant

uv. iv. — cbap. x.

<le son avant-garde, lever des contributions dans le pays de Clè. ves. Ce général d'avant-garde avait rempli très-légèrement sa mission. Les Prussiens n'avaient alors que très-peu de troupes dans Vesel et dans Clèves; leurs petits détachements, ou s'étaient repliés , ou avaient été battus. Lamarlière aurait pu se for- UGer sur les hauteurs de Suchtelen, au lieu de se replier, comme il le lit trop promptement , sur Ruremonde. Dans cette position dominante, il aurait attendu la rentrée des contributions, et aurait retiré de ce pays sept ou huit millions ; il n'eu rapportait pns le quart.

Le général Dumouriez, pénétré de la nécessité de prendre Maestricht , ne voulant pas qu'il y eut le moindre retard entre l'ordre qu'il attendait de Paris et son investissement , ordonna à Miranda d'envoyer au plus tôt son artillerie de siège à Tongres, d'étendre ses quartiers le long de la rive gauche de la Meuse , de Ruremonde jusqu'à Tongres, et d'établir son quartier général dans cette dernière ville. Il lui annonça qu'il attendait de jour en jour l'ordre de prendre cette place; qu'il le chargerait de la conduite de ce siège ; qu'il arrangeât donc d'avance la marche de ses troupes, pour en faire sur-le-champ l'investissement dès qu'il en recevrait l'ordre. Maestricht avait une garnison faillie et incomplète L'artillerie, les munitions, tes vivres, étaient en mauvais état. 11 n'y avait pas une palissade, et elle n'eut pas tenu huit jours, i

Pour assurer encore mieux sou opération, il ordonna au général Valence de laisser à Namur le corps d'armée d'Harville, qui suffisait pour garder la Meuse depuis Givet jusqu'à liuv ; d'envoyer son avant-garde de sept mille hommes à Siablo, Spa, Malmédy et Limbourg, et de venir, avec les neuf mille hommes qui lui resteraient , se placer à sa droite entre Huy et Flamael. Il réunit ainsi près de soixante mille hommes , dont moitié devait servir à faire le siège de Maestricht, pendant que lui-même marcherait avec l'autre moitié pour déposter les Impériaux d'Aix-la-Chapelle , et les chasser de l'autre côté du Rhin.

Les Hollandais n'étaient nullement préparés à la guerre. Leur gouvernement , pris au dépourvu , et se méfiant du parti

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des patriotes, aurait cherché à gagner du temps : d'uu autre côté, ce parti, enhardi par la prise de Maestricht , aurait repris courage ; il se serait naturellement formé une coalition entre les patriotes hollandais , les Français, Liégeois et Belges, dont le général voulait profiter pour envelopper cette partie de la France d'une ceinture de peuples libres.

Les avantages de cette agression , à cette époque, étaient incalculables. Ses motifs étaient très-légitimes ; et réellement ce n'était qu'en occupant Maestricht et Venlo qu'on pouvait s'assurer la conservation des Pays-Bas. Lebrun fit d'abord des réponses entortillées; mais,forcé par les demandes réitérées et précises du général , il lui ordonna de garder scrupuleusement la neutralité. Il fallut obéir. Elle fut gardée avec le plus grand soin, ce qui a achevé de ruiner les affaires des Français.

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