‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 19 sur 168 · LIV. I* — CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. I* — CHAP. IV

les Anglais leur envoyèrent à la hâte. La conquête du Portugal paraissait assurée: cependant, après quelques mois de campagne, les Espagnols ne prirent que la place d'Almeïda, mal défendue, furent battus partout, et rentrèrent sur leur territoire, ayant perdu vingt-cinq mille hommes et leur honneur.

Il avait pris tous les renseignements possibles sur cette campagne, et s'en faisait raconter les détails par les officiers qui l'avaient faite, surtout par ceux des gardes wallonnes, avec qui il était très-lié. Il avait souvent dit au marquis d'Ossun que quelque jour il lui demanderait la permission de faire le voyage de Portugal , pour aller résoudre par lui-même ce problème historique, au moins dans sa partie militaire; car il ne doutait pas que la politique de cour n'eût influé sur les désastres inexplicables des Espagnols, et que ce ne fût à Madrid que l'armée espagnole eût été détruite. 11 avait même ramassé' des notes curieuses sur ces intrigues criminelles ; mais surtout il avait composé un précis de cette courte et honteuse campagne, avec le projet d'aller un jour l'étudier sur le terrain.

Accablé de chagrin , cherchant un moyeu de dissipation , il se livre tout entier à ce projet. Une nouvelle carrière s'ouvre à son imagination, un nouveau peuple, de nouveaux intérêts à examiner, à étudier. Il confie son idée au marquis d'Ossun, qui l'approuve ; mats il l'avertit en même temps que , comme le premier ministre du Portugal est très-soupçonneux et très-capable de lui faire un mauvais parti, il croit ne pouvoir réussira approfondir avec sûreté tous les détails dont il a besoin, qu'en ayant l'air d'aller chercher du service en Portugal; et Du mou riez lui donne sa parole de ne pas en prendre , quand même on admettrait sa demande.

Le marquis d'Ossun y consent avec répugnance , et en rend compte au duc de Choiseul. Il lui donne une lettre de recommandation pour le comte de Saint-Priest , ambassadeur de France à ] .isbonne, et quelque argent. 11 prend une lettre de recommandation de de Vismes, résident d'Angleterre, pour son frère Gérard de Vismes , négociant à Lisbonne , homme très-aimable et trèslettré, avec lequel il s'est lié pour la vie. Il part pour Lisbonne, visite les bords de la Coaoù est situé Almeïda, revient de Coïm-

UÉMOlllBS DE DU HOCHIEZ.

breen Espagne en remontant )a rive droite duTage, pmir (■tuilier les marches des Espagnols sur Abrantès, par Castelbranco , Villa Velho , Pennamaeor , rentre eu Portugal par Elvas, et se rend à Lisbonne par la grande route d'Estremos et d'Armada , se dirige sur Porto , prolonge le cours du Duero, fait une pointe jusqu'à Miranda et Chaves , revient à Lisbonue , se présente à M. de Sainl-Priest. La lettre du marquis d'Ossun était très-froido et très-réservée , parce que, prévenu de l'offre qu'il devait faire de ses services au ministre de Portugal , il n'avait pas voulu se compromettre.

Il fait passer à M. d'Ossun, par un voyageur français, un gros paquet d'observations que lui seul pouvait déchiffrer, avec un simple billet par lequel il le prie de le garder pour le lui remettre à son retour ; ce que cet ambassadeur fit très-fidèlement, sans même l'avoir ouvert. Bientôt il se lie avec les officiers anglais, écossais et suisses, qui étaient en grand nombre au service de Portugal ; il obtient plusieurs audiences du ministre , lui propose la levée d'une légion qu'il était bien sur qu'on n'accepterait pas , étudie l'histoire du Portugal et les cartes, trace un systèmeoffensif et défensif de ce pays, y fait encore quelques excursions pour rectifier ses idées, et envoie deux nouveaux paquets trèsvolumineux , par des occasions sûres , au marquis d'Ossun.

Le marquis d'Almodovar, ambassadeur d'Espagne, et le comte de Saint-Priest, trompés par les apparences , le traitent très-froidement, et écrivent contre lui, l'unàla courde Madrid, l'autre au marquis d'Ossun et au duc de Choiseul. Lui , de son côté , cesse jie les voir, et se livre entièrement à la société anglaise. Le premier ministre lui refuse du service : il s'y attendait d'autant plus , qu'il arriva alors à Lisbonne une aventure tragique qui prouva combien les Français étaient mal dans l'esprit du marquis de Pombat, qu'on appelait, alors le comte d'Oyeras.

Ce premier ministre était un despote cruel et soupçonneux. Aprèsla guerre il avait conservé un régiment de grenadiers étrangers, qui était en garnison à Lisbonne. Ce corps, composé d'oflieiers et soldats presque tous Français, était superbe; il avait pour colonel un Français nommé Peyferrier, qui portait le nom de

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