‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 20 sur 168 · LIV. I. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. I. — CHAP. IV

Graveron : il avait été en France mousquetaire et aide de camp du comte d'ilérou ville. Il était boa soldat , et assez aimé à la cour. La faction écossaise était jalouse de ce colonel et de sou régiment ; elle l'accusa d'avoir mal parlé du miuistre. Cela suffit pour perdre le malheureux Graverou. Le comte d'Oyeras fit examiner les comptes du régiment, et lui fit faire son proeès. Il ne fut point réclamé par son ambassadeur, qui aurait pu au moins lui sauver la vie. 11 fut condamné par un conseil de guerre , fusillé , et le régiment cassé.

Après avoir manqué d'argent, parce qu'il ne pouvait pas écrire au marquis d'Ossun de lui en envoyer ; après avoir reçu des secours d'un négociant français , homme de mérite , à présent un des plus riches banquiers de Paris; après avoir passé près d'un an eu Portugal, Du mou riez retourna à Madrid, n'emportant sur lui aucuns papiers qui pussent faire soupçonner son énorme travail, qui ne consistait qu'en notes et en matériaux que lui seul pouvait mettre en ordre, et qui l'avaient précédé. Indépendamment d'un système de guerre pour et contre le Portugal qu'il eu tira , il lui resta de quoi former un volume intitulé Es* soi sur le Portugal en 176G", qui a été imprimé à Lausanne, et qui est très-connu. Cet ouvrage est plein de négligences de style ; il y a même quelques erreurs , et il y manque plusieurs détails-, mais il est fait avec beaucoup de méthode, et il serait à souhaiter qu'on eût sur chaque État de l'Europe un ouvrage du même genre , et qu'il fdt renouvelé tous les vingt ans. Il serait très-utile pour la conduite des cours, pour la balance désintérêts

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respectifs , et ii épargnerait bien des erreurs et des fautes à ceux qui gouvernent, fruits de fausses notions. Il serait pareillement utile aux voyageurs et aux philosophes.

A son arrivée à Madrid, il fut reçu très-froidement ; on le. regardait comme un homme léger, qui avait voulu entrer au service d'une puissance ennemie. Le marquis d'Ossuu lui-même ie traita d'abord avec une réserve apparente. 11 reprit toutes ses notes , s'enferma , et au bout de quinze jours il remit à l'ambassadeur un mémoire intitulé Système d'attaque et de défense du Portugal. Il en avait tiré deux copies, l'une pour le marquis d'Ossun , l'autre pour le duc de Choiseul : à cette dernière était jointe une carte du cours du Tage à grands points , sur laquelle il avait tracé les marches et les camps. Le marquis d'Ossun reçut ordre du ministre de remettre le double de ce travail à la cour de Madrid pour qu'il fût examiné, et qu'elle pût s'occuper des points préliminaires, comme la formation d'un état-major, l'établissement d'arsenaux plus rapprochés que ceux de la Catalogne, d'hôpitaux, de magasins, et autres objets

L'ambassadeur remit le mémoire au roi d'Espagne, qui ordonna qu'il fût nommé une commission composée de trois personnes, le comte d'Aranda, capitaine général, et les comtes de Cagigal etSpinola, lieutenants généraux; elle fut chargée d'enrendre compte, mais cela ne produisit pas la moindre amélioration dans les dispositions du militaire espagnol. M. le marquis d'Ossun voulut au moins en tirer parti pour son jeune ami , et demanda pour lui un grade supérieur. On lui offrit la lieutenance colonelle d'un corps de trois bataillons qu'on levait, sous le nom de volontaires étrangers. Cette offre était la suite d'une intrigue du général O'Helly, pour dépouiller de cette place un brave ofli et er français, nommé Chateauveron. Dumouriez l'apprit.etrefusaremploi. I) avait quitté alors les grandes sociétés, et ne voyait plus que quelques amis particuliers. Il s'était très-intimement lié avec le duc de CrlUon-Mahon, avec son (ils le comte de Cril!on,etavec le prince Emmanuel de Salm-Salm, colonel du régiment de Brabant. Ce prince est rempli des qualités les plus estimables et les plus aimables. Il lit-avec lui le projet de lever un régiment allemand de Salin ; il échoua. Ils se sont retrouvés tous les trois, quel-

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