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l'abat d'un coup de canne au travers du visage, et le prend. Les deux ou [rois cents Corses fuient, se précipitant au travers des roches; les grenadiers en poignardent une vingtaine; ia colonne, qui voit cette action de deux cents pas , n'écoute plus ses généraux, grimpe, et entre dans la redoute. Il continue à faire i'avantgarde avec ses douze héros, arrive à la seconde redoute; niais alors la colonne le suivait de très-près. Enfin, en moins d'une heure, les trois redoutes sont emportées, et les Corses , percés par leur centre, fuient de tous cdtés. Il voit que la'droite des ennemis tient encore dans Furiani; il engage d'Arcambal, colonel de Rouergue, à faire un à gauche pour les prendre eu flanc. Le combat cesse; les Corses avaient perdu environ trois cents hommes, et les Français quinze ou vingt, Comme tout est fini, il entre dans une maison, boit un peu d'eau-ue-vie, et mange un morceau de pain de munition que lui donne un de ses braves grenadiers , et s'endort. Au bout d'une heure on lui amène sou cheval, et il va rejoindre M. de Cliauvelin. Comme les Corses n'avaient point de canon, ce général avait vu le combat de trèsprès , et il disait â ceux qui l'entouraient : ■ Vous allez voir que ce petit bon homme va se faire tuer à cause dë son avis. »
Quand il arriva, tout le monde entourait M. deChauvelin, qui avait demandé plusieurs fois de ses nouvelles avec inquiétude. Le général l'embrassa, et le combla déloges. Alors il lui dit tout haut : « Mon général, je savais bien que nous nous battrions ; je vous supplie de vous en tenir là, et de demander bien vite les bataillons et les mulets, car vous ne pouvez pas marcher en avant. Te n'ai pas changé d'opinion, et je peux la soutenir; à présent on me connaît. » Il retourne à sa colonne, etM.de Cliauvelin luidit de revenir le soir le retrouver à Bastia.
Il y avait dans l'armée trois hommes sages et très-instruits : Beauvoir, brigadier, commandant de l'artillerie; d'Aumont, maréchal de camp, dom mandant le génie; et Delille, munitinnnaire des vivres, qui avait fait la guerre de sept ans, et qui en savait plus, militairement que les officiers qui avaient volé dans le conseil de guerre. Ils étaient de la même opinion que Dumouriez ; mais les deux militaires n'avaient pas osé la soutenir, primés parles gens de la cour. Pendant le combat ilseutouu.
raient le général ; Del il le, qui était brusque et franc , reprit l'opinion, la discuta, et lui lit sentir la nécessité delasuivre. M. de Cltauvelia fut convaincu, mais il ne voulut pas avoir l'air de se rétracter; d'ailleurs l'affaire était engagée, et il attendait l'événement.
Dumourîez , retenu auprès des troupes par des détails indispensables , n'arrive à Bastia qu'à trois heures du matin , et va à sou logement, ne voulant pas interrompre le sommeil de son général, qu'il croiteouché, etayantlui-mémegrand besoin de repos. Ses gens lui disent qu'il est venu plusieurs fois des aides de camp le demander ; il n'y fait pas grande attention; et comme il se déshabille, un aide de camp arrive, et lui dit qu'il est attendu aveu impatience. Il trouve le général dans son lit, entouré des trois personnes qui avaient changé ses idées. M. de Cliauvelin lui annonce qu'il revient à son avis, et qu'il faut qu'il parte pour Paris. « Kon , répondit-il , je suis trop jeune , trop peu connu : personne ne peut mieux réussir que M. Delille; le duc de Choiseul l'estime, il obtiendra toutee qu'il vous faut, bataillons, mulets , paye de campagne, secours de toute espèce. » Beauvoir et d'Aumont appuient cet avis. Delille consent à partir, mais veut porter au duc de Choiseul la besogne toute faite et prête à signer. Delille, Dumouriez et un nommé Taure!, secrétaire du général, s'enferment dans une chambre pendant deux fois vingt-quatre heures, font tous les calculs, dressent tous les états; Delille part, arrive à Paris, obtieut tout, et revient au bout de trois semaines. Tout arrive dansle mois de novembre. Dumouriez, ivre île travail et de fatigue, dormit douze heures de suite; il fut ensuite chargé d'une reconnaissance sur le Golo, qui a occasionné bien du mal.
Après le combat du 5 septembre, on avait partagé la petite armée en deux corps: l'un, de six bataillons et une légion, aux ordres de 31. de Marbeuf, resta campé sur les hauteurs de Saint- Antonio, ou cantonné à Furiani et à Biguglia. L'autre, de quatre bataillons et une légion, aux ordres de M. de Graudmaison, maréchal de camp, fut campé sur les hauteurs de San-Nicolao, en avant d'Olntetta etd'Oletta, à la tête du Kebbio. La position était tage, ces deux petits corps se soutenaient ; ils avaient pour eux
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l'avantage de la hauteur, ils n'étaient pas loin des villes de Bastia et de Saint-Florent, et ils pouvaient ainsi attendre les secours de France.
Paoli s'était retiré derrière le Golo ; mais ses partis s' étendaient jusqu'au Bevinco, du côté de la montagne, et du côté de la mer jusqu'à l'étang, de Ciurlino. M. de Marbeuf, pour assurer la tranquillité de son camp de Notre-Dame del l'Orto, se décida à occuper les trois villages qui dominent le Golo, Borgo, Vignale et Lucciana. Les habitants étaient venus eux-mêmes solliciter ce général de leur envoyer des troupes. Les Corses aimaient la liberté; nous venions les conquérir, ils nous tendaient des pièges, ils avaient raison. On envoya un lieutenant colonel, nommé du Valès, avec deux cent cinquante hommes, pour occuper ces trois villages ; on chargea Dumouriez de les y établir, on lui donna vingt dragons de la légion royale, et on lui recommanda de reconnaître le pont du Golo, etd'indiquer où on pourrait placer une redoute pour garder le passage de cette rivière.
Arrivé à Borgo , qui était environ à trois lieues du camp , il trouva aux habitants un air embarrassé et mystérieux, surtout aux femmes : il en fit l'observation au lieutenant-colonel ; et comme Paoli n'était qu'à une demi lieue de l'autre côté du Golo, il donne au premier ordre par écrit d'établir toute sa troupe à Borgo, sans occuper les deux autres villages. Cependant il entre dans deux ou trois maisons ; dans l'une il trouve uue jeune femme fort effrayée, ayant deux jolis enfants; il les caresse, et donne un écuà la femme, qui lui dit en pleurant de se sauver avec ses soldats, parcequ'ils devaient être égorgés la nuit suivante par les Corses.
Ce village de Borgo est une espèce de citadelle sur le sommet d'un pain de sucre, au haut duquel est une église retranchée avec quelques maisons crénelées; le village est au-dessous, placé par étages, le long de la montagne. La plaine est à plus de cinquante pieds au-dessous; pour monter au village il n'y a qu'un chemin en limaçon, garni d'un mur d'appui du côté extérieur. Ce village a toujours été funeste aux Français. En 1739, RI. de Boissieux, lieutenant général, l'ayant fait occuper, et les Corses l'assiégeant, il marcha au secours, fut battu, et vint mourir de douleur à Baslia.
MÉMOIRES DE UUHOUHIEZ.
Ayant averti le lieutenant-colonel de ce qu'il venait d'apprendre de cette femme, Dumouriez lui recommanda de le cacher à sa troupe, de peur qu'elle ne s'inquiétât ou ne maltraitât les paysans ; il arrangea avec lui la disposition de sa défense ; et l'assu • rant qu'il aurait sous peu de ses nouvelles, il rejoignit ses vingt dragons dans la plaine près d'une maison nommée Jtevinco , au pied de la montagne deBorgo. Toutes ces positions sont marquées sur les cartes delà Corse.
Il prit avec lui six paysans armés de Borgo, ayant l'air de la plusgrandeconlianceeneux. Il étaitneuf lieures du matin. Après avoir fait une demi-lieue, tenant ses vingt dragons dispersés sur un très-grand front, il trouva un petit bois à mille pas du pont du (lolo. Un peu en arrière d6 sa gauche, tirant vers la mer, était une grosse censé, nomméele frocw Giustiniano ; il pouvait y avoir des Corses dans cette maison : il y envoya un brigadier et quatre hommes, avec ordre de revenir l'avertir s'il y a des ennemis ; et, s'il n'y en a pas, de revenir directement au bois au petit trot, ayant soin des'approcher assez de la rivière pour se dire voir : ce que le brigadier exécuta. Il entra dans le bois avec les seize hommes qui lui restaient, y laissa douze hommes, avec ordre de se montrer souvent à la tête du bois dans différents points, pour faire soupçonner qu'ils sont plus nombreux, et d'allumer cinq ou six feux, à grands intervalles, tl sortit du bois avec le lieutenant, quatre dragons et les six paysans, et marcha droit au pont. Les Corses, au nombre de trente à quarante, occupaient une espèce de guérite ou chapelle qui se trouve au centre du pont. De l'autre côté, dans la. piève de la Casino, est un village où l'on descend au pont par une pente douce entrecoupée d'arbres et de haies. Toute l'armée de Clément Paoii, frère du général, était là, forte de cinq à six mille hommes. Cette armée curieuse se montre pour voir les dragons.
Les Corses les laissèrent arriver jusqu'au pont, ne tirèrent point, et abandonnèrent la chapelle. 11 plaça une vedette à l'entrée du pont, le lieutenant plaça les trois autres à deux cents pas de distance l'une de l'autre, retourna au bois, en ramena quatre autres dragons, et successivement plaça seize vedettes qui tenaient une ligne d'un quart de lieue sur le bord de la rivière. Il dépêcha