LIV. I. CHIP. V
à toutes jambes son laquais, qui était bien monté, avec un billet pour M. de Chauvelin; il lui rend compte du danger de M. du Valès , et de l'ordre donné de ne pas séparer sa troupe. Le laquais remet en passant un billet au commandant delà légion royale ; il lui mandait qu'il tenait l'armée ennemie en écbcc avec vingt de ses dragons, et il le priait delui en envoyer cent avec la plus grande rapidité, pour le soutenir. Au bout de deux heures, il vit un grand mouvement dans les Corses ; ils remontaient dans le village, ce qui annonçait une retraite. Il en fit prévenir par un paysan M. du Valès, en le priant de lui envoyer à manger pour les hommes et les chevaux, et lui recommandant d'envoyer quelques hommes sur une sommité plus rapprochée du Golo, d'où ils pussent être bien vus; mais de ne pas les aventurer, et de se tenir toujours sur ses gardes.
Une heure après, il vit descendre quelques hommes du village avec un drapeau blanc ; il leur lit déposer leurs armes sur le pont, et se, les fit amener. C'étaient six députés de la Casinca, dont deux se nommaient Casablanca. Il les retint auprès de lui ; ils lui apprirent que l'armée, prenant cette petite troupe pour l'avant-garde des' Français, et croyant qu'on allait l'attaquer, s'était retirée du côte de Tenda , et que les pièves de la Casinca et deCampoloro les avaient députés pour se soumettre au général Cliauvelin. Il se les détrompa pas; au contraire, il dit au lieutenant d'aller prendre les ordres du général Murbeuf, pour savoir s'il veut admettre la députation; il les pria de prendre patience avec lui , parce qu'il était possible que ce général , occupé de ses dispositions, les fit attendre longtemps, surtout s'il se croyait obligé de prendra les ordres du général en chef, qui ne devait partir de Bastta qu'à midi. Le lieutenant rentra dans le bois , et ne reparut qu'à cinq heures du soir, suivi de cent dragons, qui relevèrent l'escorte avec laquelle il emmena les otages à Bastia. Ils cherchaient l'armée sur toute leur route; il les assura que, sur la nouvelle delà retraite des Corses, elle avait certainement pris le chemin de la montagne. .
Ces funestes députés arrivés-, les têtes des Français s'allumèrent : // faut sur-le-champ aller recevoir la soumission des deux pièves; il jaid profiter de la terreur .- les autres' piéws
vont suivre le même exemple : il ne faut pas perdre du temps ii attendre le secours de France, dont on n'aura pas besoin. Dumouriez, qui trouvait déjà la position de Borgo trop hasardée, conjure qu'on n'aille pas plus avant. Les députés pressent les généraux d'avancer. M. de Chauvelin se laisse encore entraîner ; on ordonne au lieutenant-colonel du Valès d'occuper Lucciana et Vign'ale. On fait marcher le lendemain le colonel d'Arcatnbal avec huit cents hommes pour occuper Vescovatp et la Penta ; et Du mou riez , désapprouvé d'avoir pris sur lui de changer la première destination de du Valès, a la douleur de voir l'armée dispersée , et de prévoir tous les dangers qui en résultent; enfin d'être la cause innocente de ces fautes pur sa funeste reconnaissance.
M, de Marbeaf lui avait montré de l'aversion ; il pria le général de le changer de division, et de l'attacher à celle du général Grandmaison, qu'il alla joindre au camp de Saint-Nicolas. Quatre jours après, il apprit que les Corses avaient rassemblé huit a neuf mille hommes dans la Casinca, avaient attaqué le poste dt* la l'enta ; qu'après une défense vigoureuse les Français eu avaient été chassés avec perte de plus de deux cents hommes tués ou prisonniers ; qu'ils avaient évacué les deux pièves , repassé le Golo, et s'étaient repliés dans leur ancien camp de Notre-Dame ddl' Orto; qu'on avait jeté daDS Borgo le comte du Lude, colonel, avec l'infanterie de la légion royale et deux compagnies de grenadiers, ce qui lui faisait environ cinq cents hommes; que les Corses avaient passé le Golo , et menaçaient Borgo. Le lendemain de cette nouvelle, le camp de Saint-Nicolas fut attaqué par toute l'armée corse : le général Grandmaison, après avoir résisté toute la journée, fit sa retraite la nuit, et s'établit dans le fort village d'Oletta , à la tÔte de la plaine du Neubio. Les Corses ne perdirent pas de temps, et assiégèrent sur-le-champ Borgo.
Dumouriez revint au quartier général : il trouva que ces échecs n'y avaient fait aucune impression; qu'on regardait le siège de Borgo comme une folie, les Corses n'ayant pas de canon ni de baïonnettes , pendant que M . du Lude avait l'un et l'autre, lieux jours après, on le chargea de conduire un convoi dans ce village , avec cent hommes d'infanterie , cinquante dragons