‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 25 sur 168 · LIV. 1. — CÏIAP. T · texte numérisé non relu

LIV. 1. — CÏIAP. T

et trente grenadiers. Les Corses qui étaient à Revinco se retirèrent; il passa après une légère fusillade. Il revint, et rendit compte à M. de Ctiauvelia de ce qu'il avait vu. M. du Lude-, se croyant trop faible, avait réduit sa défensive à l'église et à la sommité retranchée du village, dont il n'occupait que quelques maisons, pour communiquer avec la plaine; que si les Corses s'en apercevaient et forçaient seulement une de ces maisons, il mourrait de soif, parce qu'il n'avait d'autre eau que celle d'une fontaine au pied de la montagne près de Revinco. M. de Chauvelih reçut assez légèrement ces observations, et d'autres projets firent partir Dumouriez pour Calvi. Malheureusement il était le seul officier de l'état-major qui eût été à Borgo , et son absence devint très-funeste.

Dans le mémoire qu'il avait remis en 1763 au duc de Choiseut , il avait insisté surtout sur deux points : 1° Qu'on ouvrit une négociation avec les chefs qui étaient de la faction opposée à Paoli, qu'on en soudoyât même une partie, pour faire une diversion , épargner le sang des Français , et terminer plus vile ; 2° qu'on ne laissât à Ajaccio qu'une garnison suffisante, y ayant peu de danger dans cette partie; qu'on fît un rassemblement de deux ou trois mille hommes à Calvi, pour prendre la lialagne à revers , donner la main à la colonne d'attaque du Nebbio par Petralba , soumettre les pièves du Niolo et de Rostino , très-attaeliées à Paoli , et marcher sur Corte par le centre. La Balagne était une petite province, plus fertile, mieux ouverte, plus peuplée, plus policée que le reste de la Corse. La famille des Fabiani , établie à Santa-Reparata, qui en est le bourg le plus considérable, était très- puissante, et à la tête de la faction contraire à Paoli. Au-dessous de Santa-Reparata est le port de l'Isola Rossa, où se tenait la petite marine assez incommode de Paoli. Ce fort fait face à la France.

Le marquis de Chauvelin avait adopté ce plan, appuyé de l'autorité du maréchal de Maillebois , qui , en 1739, avait opéré sur les mêmes principes, et avait réussi. lims le travail qu'avait emporté Delille pour le soumettre au duo de Choiseul, il avait □rraugé que quatre bataillons et trois cents mulets seraient dirigés sur Calvi.

72 MÉMOIRES DE DOMOKRItZ.

En exécution de ce plan , le marquis de Chauvelin fit partir, dans les derniers jours de septembre, Dumouriez pour Calvi , pour diriger les marches do cette colonne. Il lui donna cent millefrancs pour lever et soudoyer des compagnies corses à Calvi et dans !a Balagne, et pour l'armement d'une felouque de trois canons de six livres et quarante hommes d'équipages génois et corses, et deux petits bateaux de quinze à vingt hommes chacun, armés de pierriers : car, bien que nous eussions une escadre de deux vaisseaux de ligne, deux frégates, six chebecs et quelques felouques, il y avait trop peu d'accord entre la terre et la marine pour se dispenser d'avoir ce petit armement, indépendant du chef d'escadre. Il ordonna en infime temps au comte de Narbonne-Fritzlaar de se rendre d'Ajaceio à Calvi pour commander cette colonne, et d'amener avec lui deux bataillons et tous les grenadiers et chasseurs. Ce comte de Narboune s'était distingué dans la guerre de 1757, où 'il avait acquis le glorieux surnom de Fritzlaar. Peu de jours après son arrivée à Calvi , il était allé à lîastia pour s'aboucher avec M. de Chauvelin.

Pendant que Dumouriez était occupé à préparer l'ouverture de la campagne parla Balagne, et qu'il attendait M. de Narbonne et les troupes de France, les Corses avaient continué le siège de Borgo ; quatre cents hommes de la piève d'Arco , commandés par un chevalier de Saint-Louis, très-bon officier sortant du service de France, nommé Grimaldi, s'étaient emparés d'une maison du village à mi-côte, où du Lude n'avait place qu'un sous-lieutenant et vingt hommes, quoique ce fût sa seule communication avec l'eau et la plaine. Ils s'y étaient parfaitement retranchés; trois mille Corses s'étaient pareillement portés dans les maisons adjacentes. Du Lude était prêt à se rendre, manquant d'eau. On le devinait par les signaux, caron ne pouvait plus avoir de communication avec lui. M. de Chauvelin se vit alors réduit à risquer le salut de toute l'armée , pour tenter de délivrer la garnison de Borgo.

11 ordonna au général Grandmaison de marcher par les hauteurs et Ortale, pour attaquer l'ennemi parla montagne; celte division était d'environ mille hommes. Lui-même marcha à la

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