‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 27 sur 168 · LIV. 1. — CH*P. V · texte numérisé non relu

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général en chef est à Paris ; en partant , il a laissé ses ordres , et nous n'avons pas le droit d'y faire des changements , puisque l'état des choses n'a pas changé depuis son départ. »

M. de Narbonne appuya cet avis de raisons militaires très-fortes. Le conseil de guerre devint très-orageux ; l'avis de M. de Slarheuf l'emporta à la plus grande majorité. M. de Narbonne et Dumouriezdéposèrentsurlebureauleur protestation par écrit, et partirent pour Calvi. Avant de s'embarquer, Dumouriez, pour n'avoir rien à se reprocher, crut devoir faire un dernier effort auprès du général Marheuf; il alla le trouver, il lui dit que certainement le ministre désapprouverait la suspension, comme un aveu public de nos défaites et de notre timidité ; il ajouta qu'il avait un motif de plus pour le prier de ne pas suivre cette mesure, qui était la négociation ouverte avec les ennemis de Paoli ; que l'armistice les livrerait à la vengeance de ce chef, et qu'il serait regardé par eux comme une perfidie.

Le général i'écoula froidement, et lui répondit : « 11 n'a tenu à rien que je ne vous fisse arrêter pour vous renvoyer en Frauce ; mais je vous déclare que j'écris au duc de Choiseul contre vous. — Et moi, je vais écrire contre la suspension d'armes. « Elle eut lieu quatre jours après. Marbeuf était entièrement mené par une madame Varèze, qui n'était pas jeune, car elle avait été maîtresse du maréchal Coutades en 1739, et depuis du général Paoli.

Arrivé à Calvi , Dumouriez rendit compte de tout par duplicata au duc de Choiseul et à M. deChauvelin ; ensuite il manda à Paoli qu'en qualité d'officier de l'armée française il exécuterait la suspension d'armes; mais que comme les Corses n'y étaient pas compris, en vertu des engagements personnels qu'il avait pris avec eux , il continuerait la guerre à leur tête. M. do Narbonne approuva sa conduite. Au mois de janvier 1769, il entreprit de surprendre le port dTsola Rossa ou l'Ile Rousse , au moyen d'une intelligence.' On devait lui livrer une lour qui est. sur un îlot détaché qui forme l'entrée du port, et qui lui donne son nom. Il y avait dans cette tour six pièces de canon, six autres au pied de l'embarcadère^ et quarante-quatre pièces en batterie dans l'intérieur de la rade. L'intelligence était double. Le capitaine qui devait livrer son poste trahissait ses parents , et

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avait averti Paoli. Quatre mille hommes attendaient en silence pour égorger ceux qui viendraient sur la bonne foi du complot. Dumouriez s'embarqua le soir du 12 janvier par un temps superbe. Il avait , outre sa felouque , cent cinquante Corses dans cinq bateaux de pécheurs , commandés par un brave homme nommé Capiassi , chef de l'expédition , et oncle du traître , qui s'appelait Capocchia. On les laisse descendre; alors une grêle de coups de canons à mitraille et de mousqueterie en coucha par terre la moitié , et Dumouriez eut bien de la peine à sauver le reste. 11 gagna sa felouque dans un esquif, s'établit au milieu de la rade, et avec son canon de six il fit un feu si vif contre les batteries , que les Corses , mauvais canonniers, les abandonnèrent: s'il avait eu trois ou quatre cents hommes, il aurait pris la place. Pendant cette canonnade, ses bateaux se sauvèrent à Calvi. Pour se venger, il prit , deux jours après , la tour de Giralatte sur la côte de l'ouest de l'île.

L'entreprise était hardie, mais elle était fort importante. Il en avait prévenu le duc de Choiseul ; il lui mandait : « Sur cent « coups de main de la nature de celui que je vais tenter, on en

■ manque quatre-vingt-quinze, et on ne doit jamais se rebuter. « Je vais attaquer le port de l'Ile Rousse , garni de cinquante - piècesde canon et de troupes nombreuses, avec cent cinquante « hommes 1 , dans cinq barques de pêcheurs. Si Capocchia ne

■ nous trahit pas , je n'essuierai pas un coup de fusil ; et une » fois établi sur cette roche , toute la Corse ne pourra pas me dé- « loger. Si je réussis , vous serez dispensé d'armer une escadre « pour cette campagne; c'est une épargne d'au moins six mil-

■ lions. Si Capocchia nous trahit , tout le mal tombera sur les « Corses ; car dans ce petit armement, qui ne vous coûte pas un « sou d'extraordinaire, il n'y a pas un seul soldat français. Dans

■ ce dernier cas, qui est celui qu'il faut prévoir, c'est une pe-

• tite gaillardise des Corses ; et ils ne seront pas honteux d'a- « voir échoué à une attaque qui a été manquée au mois d'octobre

par toute l'escadre française et le régiment de Royal- Roussil- « ion. Si je ne réussis pas, vous recevrez des volumes contre

• moi. Ne me jugez pas sur le succès', mais sur l'intention , et « sur l'importance de l'entreprise. »"

liv. I. — cn ip. v.

Effectivement M. de Marbeuf écrivit contre lui, le représentant comme un fou dangereux. Tous les officiers, excepté M. de Narbonne, se déchaînèrent contre une pareille témérité. Le duc de Choiseul lui-même en prit une mauvaise impression ; et quoi que M. de Narbonne lui écrivit, il n'en donna pas moins un désagrément au malheureux. Quinze jours après, il fit une promotion de quatre aides maréchaux des logis ; trois furent faits colonels, et Dumouriez reçut un brevet de lieutenant-colonel. Il le renvoya , en mandant au ministre que ce grade , qui l'aurait honoré on tout autre temps, devenait, dans la circonstance présente, une punition ; qu'il le priait de nommer aussi à son emploi , qu'il ne devait plus remplir s'il avait démérité; qu'il ne'demandait que la permission d'achever cette guerre comme volontaire ; qu'ensuite il le détromperait, ou chercherait fortune ailleurs. Le duc ne voulut ni lui donner satisfaction, ni accepter sa démission. M. de Chauvelin fut chargé de négocier avec lui ; il ne consentit ni à accepter le grade de lieutenant-colonel , ni à recevoir une gratification d'abord de trois mille , ensuite de six mille livres , qu'on lui offrit ; et il garda son emploi de fort mauvaise humeur. Au reste, le triomphe de M. de Marbeuf était bien éloigné d'être complet. Les Corses, malgré l'armistice , avaient ourdi une conspiration fort bien arrangée. Tous les quartiers des Français devaient être attaqués à la fois; et six bataiilous qui hivernaient dans Oletta devaient être égorgés par leurs hôtes. Le massacre d'OIetla manqua , mais l'attaque générale eut lieu. TJn bataillon du régiment de laMarck fut surpris et enlevé dans Patrimonio; il fut repris , et on se retrouva en état de guerre malgré le bel expédient de M. de Marbeuf.

mémoires dt, nitMommz.

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