‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 29 sur 168 · LIV. I. — C1IAP. VI · texte numérisé non relu

LIV. I. — C1IAP. VI

pour entrer dans la plaine haute de Corse ; on peut le regarder comme la voûte ou la clef du pays. Cest un assez vaste plateau sur une montagne, avec un seul bouquet de châtaigniers; au milieu est une ancienne mosquée des Maures , qu'on appello à Drésent la chapelle Saint-Pierre. Le maréchal de Termes avait autrefois soumis toute la Corse en s'y postant, parce que ce point plonge sur quatre vallées.

Les Corses, après avoir défendu assez vigoureusement le pont du Goloetle village de Valle.qui était à mi-côte , s'étaient retirés dans cette superbe positiou au nombre de sept à huit mille Iiommes. Il n'était que neuf heures du matin; les volontaires de Soubise, qui étaient à l'avant-garde de la colonne de droite, ayant déjà dépassé le front de cette montagne, pouvaient pénétrer dans la vallée de Merosaglia , où est une abbaye dans laquelle Paoti se reposait. Dumouriez était à l'avant-garde de la colonne de gauche avec huit cents volontaires de l'armée, commandés par le comte de Viomesnil , frère cadet de celui qui marchait à Porto-Vecchio lis avaient dépassé le village, et, divisés en trois petites colonnes , ils suivaient en fusillant l'arrière-garde des Corses. Dumouriez avait laissé ses chevaux au village de Valle; on ne pouvait monter qu'à pied : il arrive ou sommet; et, voyant les Corses formés en bataille dans les bois et autour de la chapelle , il écrit un billet à M. de Vaux , lui mande que s'il veut faire avancer les bataillons de grenadiers pour soutenir les volontaires , faire tourner la légion de Soubise sur Merosaglia , il sera dans deux heures niattre de la Corse, par l'importance de la position de la chapelle Saint- Pierre ; qu'en attendant il va faire attaquer. Un officier porte ce billet.

En attendant la réponse , il fallait prendre un parti : rester sur la hauteur sans avancer, était s'exposer à un feu supérieur; redescendre, était, se soumettre à une poursuite. Viomesnil fait sur-le-champ sa disposition : il met ses trois colonnes en bataille

' Le comte de Viomesnil dont il est Ici II rentra en France avec in majesté

question «at celui qui émigré, au nom- Louis XVIII , la suivit ù G an d en 1815,

niencement de lu Kvnlutinii Irurirnhi-. ci fut, depuis, promu nu K rniic de mi-

Aprèi nvolr jnaè le rôle le plus uctir rcchnl de France, et élève n la dignité

Ù l'armie de Cuit Je, il 'la "5 im gt'iiml de pair du rcjliimc. mimlire de clreomlnnceadc l'ânigratton, { .Vo(e Al l'éditeur. )

Sï MÉSIOIHFS DE IMMOURIEZ.

sur deux hauteurs, il défend de tirer un seul coup de fusil ; on liât la charge, et on arrive presque à la course sur les Corses, nui plient tout de suite, et se retirent dans le petit bouquet de châtaigniers, à l'autre extrémité du plateau. Il n'y resta même pas mille hommes, tous les autres fuyant dans les vallées. Il écrit un second billet au général , et lui mande qu'il est maître de Ta chapelle Saint-Pierre. Ou n'avait perdu que trois hommes. Un second officier porte ce billet.

Toute la jeunesse de cour et les aides de camp, qui entendaient un grand feu, étaient accourus. Arrive un aide de camp du général, avec ordre de rétrograder: c'était la réponse au premier billet. Dans l'intervalle, M. de Vaux reçoit le second billet, s'imagine qu'on a du recevoir son premier ordre, et que c'est une désobéissance. Un second aide de camp arrive. Ordre particulier à Dumouriez de se rendre sur-le-champ à Valle, avec tout ce qui n'est pas du corps des volontaires. Ordre par écrit à Viomesnil de quitter la montagne, et de redescendre sur Voile. Dumouriez juge qu'il y a un malentendu; mais il se dépêche d'obéir, espérant même avoir le temps de faire rectifier l'ordre de Viomesnil , à qui il conseille de l'exécuter lentement. Il descend la montagne à la course , et quand il arrive à la tête du village, il trouve le major-général de l'armée, qui lui ordonne de se rendre aux arrêts, et lui remet son billet de logement, avec un guide pour le conduire.

11 mourait de faim et de fatigue, il avait les jambes enflées , ensanglantées, et pleines de meurtrissures. En passant devant le logement du général Bourcet , il y entre, lui demande à manger, et s'informe du motif pour lequel lui , qui était à son poste, a été mis aux arrêts comme les aides de camp. Le général Bourcet lelui explique. Alors il explique à son tour qu'il n'a reçu le premier ordre qu'après avoir pris la ehapelle Saint-Pierre, et après avoir expédié le second officier. Il lui fait voir sur la earle l'importance du poste qu'il a pris, et l'imprudence de l'abandonner; il annonce que les Corses vont poursuivre dans leur retraite les volontaires, qui perdront beaucoup de monde; qu'ensuite ils descendront en foule dans les bois qui environnent et dominent le camp. Il s'étonne qu'à neuf heures du matin, n'ayant

Page 1