‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 30 sur 168 · E1V.-1. C11AP. VI · texte numérisé non relu

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fait que deux lieues , on ait campé dans un fond environné de bois très-serrés, et soumis à une hauteur aussi dangereuse, la sachant occupée par les Corses.

Le général Bourcet, frappé de la vérité de ce raisonnement, court chez M. de Vaux. Quaut à lui, qui avait apaisé sa faim , il se retire dans son logement , se jette sur une botte de paille , et s'endort. Un moment après, arrive un aide de camp, qui a ordre de le conduire chez le général, M. de Vaux , qui avait une carte devant lui, lui dit assez sévèrement de lui expliquer pourquoi, sans ordre , il a mené les volontaires aussi loin. Il le lui explique, en lui disant qu'il croyait être suivi parla colonne, ignorant qu'on dût camper à Valle. Le général prend alors un air serein, et lui dit : Je suis fâché de vous avoir mis aux arrêts ; ce sont tes petits messieurs qui en sont cause, Us veulent se faim tuer mal a propos : Bourcet m'a prouvé que vous aviez parfaitement raison, et que le poste est essentiel. Vous êtes horriblement fatigué. Vous sentez-vous la force d'y remonter avec un bataillon de grenadiers, et de reprendre le poste? Voilà l.asuuolt: tout prêt. - Lasobule était un brave lieutenant- colonel , qui venait d'être commandé avec son bataillon.

Il répond que, quoique bien fatigué, il ne pourrait rien refuser à sou général; mais qu'on avait perdu cinq heures, et qu'il était trop tard pour aller recommencer une attaque; que Vioniesnil, d'après son ordre, était en pleine retraite, et devait déjà être à moitié chemio ; qu'il faut que Lasobole se porte à un point qu'il indique, où il recevra Viomesnil, et où ils bivouaqueront ensemble pour couvrir le camp, qui , malgré cette précaution, sera inquiété ce soir même; que, s'il l'exige absolument, il accompagnera Lasobole ; mais qu'ayant encore là l'officier qui a porté le second billet, il peut le guider parfaitement ; et que si le général peut le dispenser de celte corvée , il ira ôter ses guêtres et panser ses jambes. On le lui permit; Lasobole partit, Viomesnil perdit de soixante à quatre-vingts hommes dans sa retraite; les Corses se glissèrent dans les bois , vinrent inquiéter le camp, où la générale fut battuo , et qui passa la nuit sous les armes.

Le lendemain, ils furent aisément chassés. Quand Duinoiiriez

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entra chez M. de Vaux pour prendre ses ordres , ce général lui dit, après l'avo!rfait entrer dans son cabinet, où était M. deBourcet : « Vous jugez bien que j'ai rendu compte au ministre de vos arrêts ; voyez l'apostille que j'y ai jointe. » C'était un aveu d'avoir eu tort, et son éloge des talents et des connaissances de cet officier. Ce fut à cette époque qu'il fut forcé d'accepter là gratification qu'il avait refusée jusqu'alors.

Le reste- de celte campagne fut une promenade, excepté l'affaire de Ponte-Nuovo, où les Corses surprirent les volontaires de l'armée , culbutèrent trois bataillons de grenadiers qui venaient les secourir, et furent enfin chassés, par la grande supériorité du nombre et des armes. Ils n'étaient que quinze cents, il en périt plus d'un tiers , dont beaucoup se noyèrent. Ce fut de leur part un Irait de témérité bien vigoureux.

Dumouriez fit la capitulation du château de Corte, où 17 ivrognes s'étaient enfermés, et menaçaient d'y mettre le feu. M. de Vaux voulait sauver les papiers et les meubles. Dumouriez entra dans le château , sur la périlleuse parole de ces bandits , leur donna à chacun dix louis, et les renvoya libres. Ainsi, pour cent soixante et dix louis tout fut conservé. Le général lui donna pour sa récompense environ cent volumes de la bibliothèque do Paoli, qui fut partagée en cinq ou six personnes.

Elle était fort bien choisie. 11 n'y avait pas un livre qui ne prouvât qu'elle appartenait à un homme de génie et à un graud politique. Paoli a illustré son nom par la vigueur avec laquelle .il a soutenu la liberté publique en Corse : à la vérité, e'était un peu aux dépens de leur liberté individuelle. Les Français lui ont rendu justice dans le commencement de la révolution. Leurs excès l'ont aliéné; il est actuellement hors de la loi. Ce terme exprime mal la proscription de ceux qui ne sont rebelles que contre l'anarchie , et c'est le cas de Paoli et de beaucoup -d'autres '. Le colonel Guibert et Chardon* inlendaut de l'année, eurent une partie de sa bibliothèque.

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