LIV. I. — CHAP. VI
fiuibert a joué en France un rôle trop brillant , quoique trop court, pour pouvoir être oublié dans ces mémoires. Sou père,mort lieutenant général et gouverneur des Invalides , et celui de Dumouriez, ont été intimement liés. La carrière des deux lils était
pas seulement gn habile général; il al- k reparaître en Corse, où il fut pluiot
nistralion. Un grand prince et nn grani écrivain semblent s'être chargés de l'é loge de Paoti. Frédéric l'appelait le pre vilrr r.npltutïH! dr ITnrujie. Voltaire ei- . primait en ces termes son admit " poar le régénérateur delà Corse :
blir, disait i! , un gouserneiaent ré obéi un peuple qui n'en voulait pas
loi) <
Axant de subir la loi du vai Corssarait du à Paoll une ind cl une prospérité- de plus de iruit Pendant tel espace de temps,
volontaire: il se réfugia J Londres ; un révoilant rnnlre nue dominntiou étran-
tnilller de patriotes, corses m ngtlrarinl gère, i.'une voulait conserver la conquête
en Toscane. Paoll partagea tout ce qu'il des géaéraai de Louis XV, l'autre inu-
piujédnit avec ses compagnons iVuifor- l;iil faire pmir u Curse ce que lu réro-
luue, et demeura dans la retraite, mal- lntinn avait désiré faire pour la France,
gré les offre» brillantes de la eour de On ne peat voir dans [a lutte de Tooli
Versailles, poar l'engager à retourner i
lituantc l'i rappela JcSO novembre I7BB, dina
if rnneut l eipéranre de voir sn patrie tlon
aéual promettait ù la France: il consentit
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pareille : colonels, brigadiers, maréchaux de camp en même temps, ilsonteependantété toujours unis ; jamais la jalousie n'a traversé leur liaison. Guibert a plus paru, Dumouriez a plus agi ; l'un toujours à Paris , opulent , recherché ; l'autre toujni'rs en" province, malaisé, solitaire : les jouissances de Guibrrt étaient plus brillantes, celles de Dumouriez étaient plus solides. Il disait souvent à son ami : « Nous sommes les deux rats de la fable : tu es le rat de ville, je suis le rat des champs. » Guibert , très-jeune encore dans la guerre de Corse, conduisait M. de Vaux, et le laissait trop apercevoir; Dumouriez exécutait les ordres de son général , et n'a pas même usé de sa confiance. Guibert a ambitionné les honneurs de l' Académie; Dumouriez n'a jamais regardé l'art d'écrire et de parler que comme la voiture des idées , ce qui l'a empêché de courir après la g loire littéraire. Guibert a fait un livre sur la guerre, dont la préface est un hors-d' œuvre sublime, qu'on pourrait mettre à la tète de tel autre ouvrage qu'on voudrait. Sa Tactique a été fort critiquée: la première partie est négligée; ia seconde est sublime: il n'est pas donné à tous les militaires de la saisir.
Guibert a eu toutes les fantaisies, toutes les jouissances, toutes les peines, tous les dégoilts d'une sensibilité exquise. Bon ami, bon mari, bon père, aimé dans sa maison et par ceux qui le connaissaient à fond, i! a été victime de son extérieur présomptueux. Né d'un père respectable , mais tout au plus gentilhomme, il a voulu marcher sur la même ligne que les gens de cour: il fallait se tracer une route à leur hauteur, mais séparée. [I s'est fait beaucoup d'ennemis par les ordonnances militaires, parce qu'il a voulu tout changer; et il a préparé la révolution par les dégoûts qu'il a donnés à l'armée. Enfin il est mort de chagrin à la fleur de son âge, tue par son amour-propre au commencement de la révolution : ou peut dire que sa mort a été le seul bonheur de sa vie.
Après la prise de Corte , il n'y eut plus de résistance. Dunmuriez avait reçu depuis deux mois la funeste nouvelle de la mort de son père. Mais ce ne fut qu'au camp de Bogognano , lorsqu'il apprit que Paoli s'était embarqué à Porto- Vecchio pour se retirer en Angleterre, qu'il crut pouvoir profiter de la per-