‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 32 sur 168 · LIV. I. CflAl'. VI · texte numérisé non relu

LIV. I. CflAl'. VI

mission que son général lui accorda, d'aller arranger avec sa sœur les affaires de sa succession. La guerre était finie, et In Corse soumise. H s'embarqua à Bastia, d'oii il partit à la lin d'août, ayant passé dans cette ile précisément une année, pendant laquelle il avait fait deux campagnes très -fa fixantes et trèsinstructives.

Paoli a déployé dans cette guerre beaucoup de génie et un très-grand caractère: s'il eut été doué de talents militaires, s'il eut su employer la nation au genre de guerre auquel elle est propre, il aurait détruit notre petite armée eu (768, et nous aurait fait beaucoup plus de mal en 1 769.

Les Corses ont montré un courage très-estimable. II est étonnant que cette poignée d'insulaires , sans artillerie, sans places , sans magasins, sans argent, ait tenu en échec pendant deux campagnesJa nation française, qui n'avait pas alors d'autres ennemis en tête. La liberté double la valeur et les forces de l'homme. Si Içs Corses n'avaient pas été désunis entre eux, si leur, chef avait eu leur confiance entière qu'il méritait, s'il avait pu se donner deux ou quatre lieutenants, hommes de guerre, qui eussent arrangé un système de défense, on peut douter qu'ils eussent été conquis : on eût tenu toutes les places maritimes, on leur ellt coupé toute communication avec le reste de l'univers; mais, retires dans leurs montagnes inaccessibles, ils eussent pu braver l'or et les armes de la France, et se soutenir jusqu'à ce qu'une guerre entre les grandes puissances leur eut ouvert la porte aux secours étrangers.

On ne pouvait pas enlèvera ce peuple nomade ses chèvres, ses châtaignes , et l'eau de ses ruisseaux ; ces aliments simples lui suffisaient, line monnaie grossière, :mv l'empreinte de la tête de Maure, était toute leur richesse. Paoli faisait deux cent quarante sous d'un éeu de six francs; et, avec un numéraire d'à peu près trois mille livres de ce faux billon , ils faisaient face à tous leurs échanges. Ils ne manquaient ni d'armes ni de munitions , et ils tissaient eux-mêmes leurs habits d'une étoffe grossière et brune, avec le poil ou la laine de leurs troupeaux.

Les Corses sont pleins de courage, d'esprit, et de eetle résignation qui élève l'homme. Mais ils ont un vice national qui s'op-

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posera toujours à leur bonheur, c'est la haine et la vengeance. Ce vice les caractérise depuis un temps immémorial ; Sénêque le leur reprochait il y a huit cents ans, dans un distique trèsconnu : Prima est vkiscl lex. C'est effectivement leur premiè re loi; ou plutôt aucune loi divine ni humaine ne peut empêcher un Corse de se venger.

Dans ce moment-ci, en 1794 , les Corses n'appartiennent plus à personne; ils peuvent être vraiment libres : qu'ils se domptent sur cette affreuse passion, qu'ils ne se donnent pas de maîtres étrangers, et ils peuvent être heureux. Les Corses n'ont de rapports naturels ni de ressemblance avec aucune jiutre nation de l'Europe ; ainsi ils seront toujours des sujets indociles et impatients du joug d'un autre peuple. Ils sont portés au gouvernement aristocratique, comme tous les peuples primitifs, comme les sauvages les plus libres de l'Amérique. Il leur faut un chef qui les gouverne , et une constitution très-simple. Ils sont religieux, hospitaliers, généreux, fiers; ils ont tous les germe,s des grandes vertus. Ils méritent d'être heureux., et le seront s'ils profitent hieu de la circonstance. Ce n'est pas la grandeur du territoire, mais la vertu qui fait la force des républiques. Ils occupent un point central dans la Méditerranée, qui est si important que toutes les puissances maritimes le convoiteront, et se surveilleront mutuellement pour qu'aucune ne l'occupe; et c'est ce qui fait leur sûreté. Le général Paoli peut seul exécuter ce plan glorieux. Il a l'expérience de la guerre contre les Français, vingt ans de méditation en Angleterre, son engagement itctuel, et sa propre sûreté. Il n'a qu'un seul défaut qui donne du regret à ceux quilejugeut capable de cette noble entreprise: c'est son âge.

Les Corses ont remporté tout l'honneur de la campagne de 1768. On a vu que la présomption française avait entraînéM. de Chauvelin à diviser sa petite armée, qui s'était trouvée faible partout. Les Corses en ont profité avec rapidité et intelligence , mais ils auraient pu faire un plus grand coup, qu'ils ont manqué. Au lieu d'aller attaquer les Français à la Penta et à Vescovato , s'ils n'eussent fait dans ces deux points qu'une fausse attaque , et qu'ils fussent tombés brusquement sur lîorgo, Lucciana et

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