LIV. !. CHAP. VII
dépôt, soit dans les bureaux du premier commis chargédes affaires de la Pologne , de luiconGer toutes !os pièces qu'il lui demanderait , relatives à tout ce qui s'était passé dans le pays depuis 1764, époque de l'élection du roi Poniatowski ; que cela donnerait le temps d'attendre l'arrivée du député que les confédérés devaient envoyer résider auprès de lui. Le ministre approuva ces réflexions , et 11 écrivît aussitôt un ordre de sa main à M. Gérard , premier commis ayant le déparlement du nord , □ lin qu'il lui communiquât toutes les pièces de négociation entre la France et la Pologne depuis 1764.
Comme le duc de Choiseul n'ignorait pas sa liaison avec le comte de Broglie, qu'il détestait, Dumouriez lui demanda s'il ne croirait pas utile qu'il prit de ce seigneur des renseignements sur la Pologne, où il avait été ambassadeur : il en reçut la permission , quoique avec un air de répugnance. Il retourna à Paris, acheta tous les livres et toutes les cartes qu'il put se procurer sur la Pologne, et commença à l'étudier, avant de s'embrouiller la tète dans tous les détails de négociations , qui n'auraient fait que lui remplir la mémoire de fagots diplomatiques , dont il n'a jamais fait grand cas, parce qu'ils ne présentent presque toujours que des contradictions, et peu vent sou vent donner de fausses idées. Les résultats, c'est-à-dire les pièces de négociations terminées, se trouvent dans les gazettes: et qnand il n'est question que du grand intérêt des peuples et non des intrigues des cours , elles suflisent presque toujours. Ainsi les gazettes, très -mensongères sur les faits, sont une meilleure étude qu'on ne croit sur les principes de la politique. A cette époque il engagea le duc de Choiseul à payer le bel atlas de la Pologne de Rizzi-Zannoni, à qui il en fit les avances.
II entreprit un travail régulier de six heures par jour sur la Pologne. Il se procura à la bibliothèque du Roi tous les livres qui lui manquaient. 11 consulta Favier, le comte de Broglie, M. de Chauvelin. A cette occasion il commença à se lier avec le savant abbé deMably , qui avait fait un projet de gouvernement pour la Pologne, ainsi queJ. J. Rousseau et plusieurs autres publicités; mais il ne trouva en eux que des travaux spéculatifs
MÉMOIRES !)F DUMOD IUEZ.
inapplicables aux circonstances. Ce sont tous ces métaphysiciens politiques qui, mal compris, exagérés par la légèreté française, ont amené l'horrible révolution qui déchire honteusement ce malheureux empire.
Ce fut alors qu'il crut devoir faire une dernière démarche auprès de sa cousine. Il avait été la cause innocente de sa réclusion. 1! attribuait sa dévotion à l'ennui du cloître, et à l'ardeur d'une tête vive et d'un cœur sensible; car dévotion est amour. Il était libre. Mais sans être riche, avec des goûts bornés , il pouvait pourvoir à l'entretien de sa cousine ; connaissant la dureté et l'cgoïsme de sa tante , il ne doutait pas qu'elle ne fût réduite à sa modique légitime. La perte de sa beauté et son état maladif lui semblaient des motifs de plus pour se rejoindre à elle. Il allait entreprendre un grand voyage; il ne pouvait pas mieux réparer les chagrins qu'il lui avait involontairementeausés, qu'en lui laissant son nom et sa médiocre fortune. Après eu avoir fait confidence à son oncle, qui le désapprouva, et jugea ce projet romanesque, il lui écrivit, et lui manda que la Providence, en lui refusant la force nécessaire pour se maintenir dans l'état qu'elle avait embrassé , lui traçait la route de sa vie ; qu'il lui offrait sa main, qu'il ne la gênerait en rien sur son genre de vie et d'opinion : et il lui demandait une réponse décisive. Kilo arriva cette réponse, et voici les mots par lesquels elle commençait : C'est du pied.de mon cruvijix ijve je roux écris. Le reste de la lettre était du même genre; elle l'exhortait à renoncer au monde. Enfin elle était absolument négative. Il se crut entièrement quitte de cet engagement, et ne s'en occupa plus.
Les cours de Versailles et de Vienne étaient liées par une alliance intime, l'ouvrage du ducdeChoiseul ; il voulut encore en resserrer les nœuds par le mariage du Dauphin avec Marie-Antoinette, fille de l'illustre çt respectable Marie-Thérèse. Il se flatta iJe trouver dans cette union un nouvel appui pour son crédit chancelant; il espéra que la candeur, là beauté, les grâces de celte jeune princesse , changeraient le ton d'une cour débordée. Use trompa. L'aimable Dauphine fut adorée des François et de son époux; mais elle n'obtint, après une longue résistance, la