‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 37 sur 168 · IV. I. — CHAT. VII · texte numérisé non relu

IV. I. — CHAT. VII

bienveillance d'un vieux roi débauché, que par ia complaisance d'admettre dans sa société son indigne maîtresse '. Bien loin d'en tirer aucun secours, le duc de Choiseul n'en a été (jtie plus tôt perdu. I.e Dauphin, père de Louis 'XVI, avait détesté ce ministre : son fils, alors dauphin, ne l'aimait pas. Sa fierté et les indiscrétions de la duchesse de Gramont, sa sœur, achevèrent de décider sa disgrâce, qui eut lieu à la lin d*e cette année.

L'infortunée Dauphiae arriva en France sous les auspices les plus funestes. Plus de six cents personnes furent étouffées le jour de sou entrée à Paris : elle a vécu vingt ans dans un enchaînement de plaisirs frivoles et de malheurs réels. La calomnie a noirci ses légèretés. Elle a fait beaucoup de fautes , mais elle n'a jamais commis de crimes. Elle a abusé longtemps de son pouvoir pour faire des ingrats par sa prodigalité; elle n'a jamais fait de malheureux par sa rigueur. Légère et insouciante dans la prospérité, elle a montré dans un malheur sans bornes une grandeur d'âme héroïque. Des monstres lui ont fait subir le supplice des plus grands criminels; ils ont lavé toutes ses taches; et la postérité ne verra en elle que la plus infortunée et h plus courageuse des femmes qui ont porté une couronne.

Dumouriez jugea que les fêles qu'on préparait à Paris et à Versailles pour ce funeste hyménée le jetteraient, malgré lui, dans un cours de dissipation qui nuirait à son travail, li loua une petite maison à Meudon, où il se retira avec le chevalier de Taulès, son ami intime, homme plein de courage, d'esprit et de talents, chargé d'un grand travail sur les alliances avec le corps helvétique. Il y porta tes dépêches de tous les agents de France en Pologne depuis HG4, et en fit le dépouillement avec le chevalier de Taules, qui lui fut fort utile, arrivant de la confédération de Bar, où le duc de Choiseul l'avait envoyé l'année précédente.

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100 MÉMOIRES DE DUMOUBVEZ.

Il réduisît le travail dont il s'occupait depuis trois mois à un mémoire d'une vingtaine de pages , dans lequel il concluait que l'influence de la France devait , pour le moment , se borner à réduire en une seule confédéralion toutes les confédérations partielles de la Pologne, qui étaient indépendantes, sans accord, et même ennemies. Si on parvenait à ce grand but , il était d'avis qu'on soutint, par un subside et par un envoi d'officiers, d'ingénieurs et de canonniers, les efforts militaires des Polonais, à condition qu'ils se soumettraient à un système de guerre régulier, - dout on combinerait les mouvements avec les opérations de l'armée turque , qui se soutenait vigoureusement en Moldavie.

Il alla proposer ce plan très-simple nu duc de Choiseul ; il lui ajouta que, comme il y avait plus de trois cents lieues entre la Pologne et Paris, on perdrait trop de temps si on envoyait simplement un agent sur les lieux , sans la faculté d'exécuter tout de suite ce plan , s'il trouvait que cela fût possible. Il lui dit qu'il fallait bien choisir la personne qu'il jugerait en état de remplir une mission aussi importante et aussi vaste dans ses détails ; qu'il fallait qu'il fût sûr de ses lumières, de sa probité et de sa prudence, et qu'il lui donnât confiance entière, carte blanche , et l'argent qu'il demanderait. Le due approuva tout , lui dit que son choix était fait, qu'il se disposât à partir: il lui assigna douze mille livres pour son voyage , trois mille livres par

Peu de jours après arriva le comte Wielborski 1 avec son épouse, sœur du comte Oginsky; il venait résider auprès de la cour de France, comme ministre secret de la confédération. C'était un homme plein de patriotisme, de mérite et de counaissances. Non-seulement il approuva le plan deDumouriez, maïs il s'était rencontré avec lui sur la réunion de toutes les confédérations^articulières en une confédération générale. Pour que les opérations de ce corps 'politique ne fussent pas troublées par les troupes russes , il fut décidé que la partie administrative et législative tiendrait ses séances à Épériès, dans la haute Hongrie, où le ministre de France irait résider auprès

' Le m*me miuiiel J. J. Rousseau adressa son admirable onrrane inliluli Gawern*m*nt d, rolognc. ( Kott de l'éditeur. )

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