‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 38 sur 168 · LIV. I. — CHÀP. VII · texte numérisé non relu

LIV. I. — CHÀP. VII

d'elle. L'ordre fut donné à M. Durand , ministre plénipotentiaire de France à Vienne, de solliciter de celte cour la permission de ce rassemblement; et tout étant arrangé, Dumouriez partit pour Épériès au mois de juillet 1770.

En allant prendre congé du duc de Clioiseul , il eut une conférence intime avec ce ministre, qui lui dévoila un secret très-important. Il était entré au ministère au commencement de 1761. Le génie supérieur du grand Frédéric et la puissance maritime des Anglais avaient plongé les maisons d'Autriche et de Bourbon dans un cours de disgrâces qu'il n'avait pas eu le moyen d'arrêter, et il semblait n'avoir pris le timon des affaires de France que pour signer une paix inégale et honteuse. Neuf ans d'un ministère brillant lui avaient ramené la confiance de toutes les puissances de l'Europe; et il voulait proGter de son influence pour rendre à la France une attitude honorable.

La cour de Madrid était en dispute avec celle de Saint-James sur la rançon de Manille, qu'elle refusait de payer, sur le commerce interlope des Anglais à Honduras et à Campêche, sur leurs établissements à l'île Ruattan et aux Mosquites , ainsi que sur la possession des lies Malouines. M. de Clioiseul avait envoyé en Espagne, en 1763, un ingénieur constructeur de Toulon , nommé Gautier, pour lui fabriquer des vaisseaux ; des pilotesdela compagnie des fndes, pour lui apprendre la navigation du détroit de la Sonde, et lui ouvrir la communication entre ses établissements de la mer Pacifique et nos colonies de l'Inde; un colonel d'artillerie, nommé Rostaing, avec le fameux Maritz, pour établir des fonderies et le forage des canons , invention nouvelle de Maritz. , .

H avait, l'année précédente , chargé M. de Vergennes d'engager la Porte à déclarer la guerre à la Russie ; et, mécontent de eet ambassadeur, quoiqu'il eut rempli sa mission, il lui avait donné pour successeur le comte de Saint-Priest pour échauffer cette guerre. Par une bizarrerie qui tient aux variations des intrigues que les cours substituent toujours â la politique , ce dernier a ensuite obtenu de l'impératrice de Russie l'ordre de Saint-Alexandre, pour avoir facilité la paix.

Pendant qu'il préparait ainsi la guerre au dehors , il mettait la -, '■>■

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même activité à rétablir la marine de France. , et à renforcer les colonies. Il avait regardé la possession de la Corse comme un moyen de s'assurer la supériorité dans , la Méditerranée. 11 faisait travailler la Rozière, très-habile oflicier d'état-major, à un grand projet de descente en Angleterre , avec le comte de Broglie.à qui il faisait espérer ce commandement pour lui, ou au moins pour son frère, alin de les attirer dans son parti. Il avait établi une nouvelle tactique dans l'armée , la renforçait peu à peu , et avait pris ses mesures pour la porter rapidement au grand complet.

11 entrevoyait dans la confédération de Pologne un moyen d'allumer un incendie dans le Nord , pour inquiéter la Russie : si les affaires de la Pologne prenaient de la consistance , cette diversion pouvait balancer la supériorité prévue des Kusses sur les Turcs ; si le roi de Prusse jugeait la diversion assez importante pour devoir s'en mêler, il espérait engager la cour de Vienne à prendre la défense des Polonais; il pouvait y joindre par la suite la cour de Saxe , par la perspective de remonter sur ce trône. Il agitait la Suède, et il y préparait la révolution qui a éclaté enl772. pnfin son projet était de faire jouer tous ces ressorts en 1771 , se croyant plus préparé à la guerre que les Anglais ; et il avait raison.

11 détailla tout ce plan avec autant d'énergie que de clarté. Dumouriez pénétra un autre motif personnel, dont il ne fut pas du tout question : c'est que le duc de Clioiseul avait besoin de jeter au plus tôt Louis XV dans les embarras d'une guerre, pour conserver son crédit contre le duc d'Aiguillon et le chancelier Maupeou , qui avaient éloigné de lui ce monarque débauché, en le jetant dans la plus honteuse crapule. Le motif qu'avouait le duc de Choiseul de réparer la honte d'une paix désavantageuse, était très-honorable ; mais il aurait pu de même avouer le motif de son intérêt personnel , car c'était servir la France que d'écraser la vile intrigue qui déshonorait sou roi.

Dumouriez lui répondit : - Votre projet est grand , et je serai trop heureux si je peux vous y être utile. Vous paraissez content de mon plan , regardez-le comme une chimère , car ce ne sont que des .conjectures : je ne crois pas aux télescopes de

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