LIV. t. — CHÀP. VIII
et fatiguer l'ennemi , et on y réussit. Les Russes étaient d'excellents soldats, mais ils avaient dans ce temps-là peu de bons officiers, excepté leurs chefs; et on n'avait pas choisi les meilleurs pour faire la guerre contre les Polonais , qu'on méprisait. Dumouriez fit assembler des paysans sur un front de quatre lieues, les plaça à tous les débouchés de la plaine, fit allumer des feux toutes les nuits, fit donner à tous ces débouchés de fausses alertes, par de petits détachements qui semblaient vouloir pénétrer dans la plaine sur tout le front. Les premières nuits les Russes furent très- vigilants : leur cavalerie moniait à cheval, leur infanterie passait la nuit en bataille, eux-mêmes entraient dans les défilés pour aller au-devant des confédérés, qui fuyaient devant eux. Enfin ils se fatiguèrent de ces bivouacs inutiles. .
Il avait appris par les juifs, les meilleurs espionsqu'on puisse avoir en Pologne, que, la nuit du 29 avril, il devait y avoir un grand bal àCracovie; il se douta que tous les principaux officiers s'y trouveraient. Déjà , depuis trois ou quatre nuits , les Russes ne s'alarmaient plus de ses mouvements nocturnes : ce fut cette .nuit qu'il prit pour attaquer le défilé le mieux gardé. Presque toute sa cavalerie était passée sous la palanque des grenadiers, quand, un peu avant la pointe du jour, les sentinelles donnèrent l'alarme. Les grenadiers sortirent ; mais voyant une longue colonne que la nuit multipliait encore, ils tirèrent quelques coups de fusil au hasard , évacuèrent le poste par derrière, et coururent se réfugier à Zator, d'où ils se replièrent encore à l'abbaye de Tiniec , où ils passèrent la Vistule.
La té te de la cavalerie se porta au grand galop à Scavina , et y entra avec de grands cris qui avertirent la cavalerie russe de son danger; elle se sauva : cependanton sabra ou prit plus de cent hommes, et presque le double dé chevaux. Enfin, à neuf heures du matin toute la plaine appartenait aux confédérés, et il ne restait pas un Russe â la rive droite de la Vistule. L'attaque de Pulawski et Walewski avait pareillement réussi , ou plutôt il n'y avait pas eu d'attaque. Il semblait que les Russes s'entendissent pour fuir partout.
Sur le midi Dumouriez fit attaquer le ponl de Cracovie , pen-
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MÉMOIRES DE DDMOUHIEZ.
dant qu'il faisait construire une petite redoute sur une hauteur nommée Kremionki, près de la maison du péage. Ce jour-là il lit partir uu fort détachement pour Nepolomuce. Le lendemain il alla visiter les bords du fleuve, et ayant trouvé l'abbaye de Tiniec très-bien placée à une lieue au-dessus de Gracovie , il la fit fortifier, et y mit quatre cents hommes d'infanterie et six pièces de canon. Il alla ensuite visiter les salines. Il fit arranger le château de Bobreck , et y plaça deux cents hommes d la fan te rieet quatre pièces de canon , et cent hommes daus la redoute de Kremionki. Ainsi en peu de jours il eut son infanterie postée dans cinq lieux fermés, et suffisamment garnis d'artillerie pour .arrêter les Russes. Ces postes étaient Landscron , Tyniec , Wlodigowice , Oswiecim et Bobreck. Il chargea Pulawski de la défense de la Donayesc, Miaczinskt de celle des mines de sel et de Landscron, et Walewski'de celle d'Oswiecim et Bobreck: et il se rendit à Biala avec les conseillers de guerre , pour travailler à la levée de l'infanterie.
Mais les succès des Polonais leur avaient tourné la tete : il semblait qu'ils eussent déjà couquis la Pologne. Ils dépouillaient les habitants, et commettaient mille excès. Ils vexaient les plus grands seigneurs, le comte Wielopoloski, le comte "Dunin et autres. Ils battaient les paysans nouvellement enrôlés, et traitaient avec mépris l'infanterie étrangère. Les chefs commencèreut à se quereller. Au lieu de permettre que deux membres du conseil des finances prissent l'administration des salines, les chefs se partagèrent l'approvisionnement qu'on y trouva, et le vendirent à vil prix à des juifs silésiens, pour se partager cet argent. Ils ordonnèrent aux commissaires des salines de forcer les travaux, en ayant vendu plusieurs mille tonneaux d'avance. Us en vinrent entre eux aux plus violentes querelles et aux coups de sabre. Leur manière de servir et de garder les postes était daus le même genre. Les Towartcz ne voulaient pas monter la garde quand ils étaient commandés; ils envoyaient des paysans garder la rivière, et restaient à boire et à jouer dansdes maisons, leurs chevaux dessellés. Pendant ce temps-là leurs officiers se tenaient dans les châteaux voisins , dans les festins , les bals et les jeux de hasard.