LIV. I. — CnAP. VIII
Dumouriez jugea qu'avec celle conduite leur succès ne serait pas long, et qu'ils le payeraient cher. Il n'était content que de Walewski, lequel seul tenait sa troupe un peu en ordre. Il convoqua les trois chefs à Bial a. C'était la misère qui les avait rendus souples; leur succès leur avait fait reprendre tout leur orgueil. Il leur proposa de mettre mille gentilshommes a pied , en leur faisant un sort, et de donner à chacun une escouade de dix hommes à commander, sous le nom de décurions. Ils rejetèrent cet avis avec indignation , et auraient même insulté l'envoyé de France s'il ne s'était pas montré encore plus fier qu'eux . La téte avait tourné aux conseillers comme aux autres, excepté à un nommé Wl bran owski, qui se montra toujours sage. Ils demandèrent insolemment de l'argent , et voulurent forcer Dumouriez à faire transporter la caissede Bilïtz à Biala, disantqu'elle leur appartenait, puisque le roi de France l'avait envoyée pour eux. Il le leur refusa , et leur dit tout net qu'ils ne méritaient ni l'argent ni l'intérêt de la France. Deux cents hommes d'infanterie et une vingtaine d'officiers français, qu'il avait à Biala, lui suffisaient pour les contenir.
Lesnouvellesqu'ilrecevaitd'Êpérièsn'étaientpasconsolantes: aussitôt après son départ la discorde s'était mise dans la confédération, qui, oubliant sa dignité, en était venue aux coups. Les commandants impériaux avaient été obligés de s'en mêler ; des maréchaux avaient été mis en prison. D'un autre cdté, les malintentionnés leur insinuaient que la France avait changé de système, qu'elle les jouait, et allait les abandonner. Plusieurs désertèrent , d'autres se retirèrent dans d'autres vttles , d'autres travaillèrent à faire leur paix. Tout rentrait dans une confusion pire que celle dont il les avait tirés, et pour le coup elle devenait irrémédiable.
Alors Pac et Bohuczcrurentquepourdiminuer les maux il fallaitchangerlarésidenee:onpriaSÏ. Durand, etonchargea le général Sboinski de solliciter la courde Vienne pour qu'elle accord.1t à la confédération la permission de se rassembler à Bilitz, d'où ils n'auraient qu'un ruisseau à passer pour faire leurs actes à Biala, sur leur propre territoire, couverts par les petites places et par l'armée ; cela était très -raisonnable. Ils l'obtinrent ; mais quand
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il fallut partir, leurs nombreux créanciers ne voulurent pas les laisser aller. Alors ils se mirent en tète que l'argent des subsides devait servir à payer leurs dettes. On en écrivit à M. Durand, qui renvoya l'affaire à Dumouriez; celui-ci refusa. On porta des plaintes au duc d'Aiguillon ; les chefs militaires en avaient fait autant. Tout le monde se plaignait de la dureté de cet envoyé, qui, de son cote, rendit compte de tout au ministre dans deux ou trois dépêches, demandant toujours à être relevé, et annonçant que , remplacé ou non , il partirait le I e ' septembre, parce qu'alors la confédération tirerait à sa fin. Le duo d'Aiguillon trouvait que tout allait bien , car tout empirait , et exhortait l'envoyé à la patience; il lui annonça cependant qu'il mettrait sous les yeux du roi l'offre réitérée de sa démission.
La confédération tira quelques aumônes de la Saxe, lit des billets, semit enfin en route pour Bilitz,très-ulcérée contre Dumouriez, qui l'était au moins autant contre elle, et lui reprochait d au s toutes ses lettres le scandale de sa conduite. Quantaux chefs militaires, il les ménageait encore moins. Ayant appris que Pulawski s'était vantéqu'il l'enlèverait, le conduirait à Czenstochow, et le forcerait à donner de l'argent, il lut dit en plein conseil : Pulawski, ne vous avisez pas de faire une pareille tentative ; je vous brûlerais la cervelle a la tÉte de vos Towaricz ! On le craignait, parce qu'il avait fait juger à mort trois Towaricz qui, après avoir violé une femme, luiavaientcoupéunbras. Ayant appris que l'armée de Pulawski, dont ils étaient, jurait qu'elle ne souffrirait pas ce jugement, il l'avait fait mettre en bataille sur trois côtés; enfermant le carrï avec deux ceuts hommes d'infanterie et deuxcanons chargés à cartouche, à la tête desquelles il s'était placé f ayant a côté de lui Pulawski et Miaczinski pour lui servir d'otages, il avait fait exécuter la sentence sur le plus coupable, nommé Bonîkorski, et avait demandé la grSce des deux autres au nom du roi de France. Cet acte de fermeté l'avait rendu terrible , mais il était encore plus haï . Il s'en souciait peu, étant résolu de les quitter bientôt s'il ne réussissait pas à les faire ohéir en cas qu'il parvint à former une armée, ce qu'il n'espérait plus.
Le mois de mai et la moitié de juin s'étaient passés dans ces disputes, lorsque ses espions lui rapportèrent que Suwarow at-