LIV. I. — CHAP. VIII
tendait un renfort qui marchait de Sendomir sur la Donayesc, et que lui-même se préparait à faire un mouvement. H envoya Pulawski sur la Donayesc et Miaezinski à Scavina, qu'il donna comme point central du rassemblement de ses quartiers. Le 1 8 , il reçut un avis de Pulawski qui lui maudait que c'était une fausse alarme; qu'il n'y avait pas un Russe à la rive droite de la Vistule, du côté de la Donayesc ; que cette rivière était toujours très-haute et inguéabie. 11 se méfia de ce rapport, connaissant la négligence des Polonais, et ayant des avis contraires sur ces deux objets.
Il envoya Walewski avec quatre cents hommes de cavalerie à Tyniee, et donna ordre au colonel Schiitz, qui était â Sacha avec son régiment de hussards, de s'avancer à Scavina. 11 s'occupa, ce jour-là et le 1 9, à préparer un convoi d'artillerie, et faire des dispositions pour aller joindre. Le 20 , il vint coucher chez le comte deDunin à Zator; il reçut, la nuit, un avis de Miaezinski qui lui mandait que la Donayesc était abandonnée ; qu'il ne savait pas ce qu'était devenu Pulawski, qui emmenait plus de sh mille hommes;querennemimarchaitsur!ui;qu'il setenaitàia hauteur de Cracovie près de Rremionki avec einq cents chevaux ; mais que Suwarow rétablissait son pont.
Il monta à cheval sur-le-champ, n'ayant avec lui que son escorte française, et se porta droit à Scavina ; il y trouva l'ennemi. Il alla dû côté de Kremionki ; il vit Suwarow qui passait la Vistule. Il trouva une compagniedeTowariez dans un village, leurs chevaux dessellés, et buvant ; l'ennemi n'en était pas à un quart de lieue. II les emmena : des paysans lui dirent qu'ils avaient vu une troupe marcher du côté de Calvary ; il s'y porta : c'était Miaezinski réuni à Schiitz.
Un officier de Pulawski arriva, et lui remit une lettre de ce chef, qui lui maudait que, voyant les ennemis passer la Donayesc, il avait pris le parti de gagnerles défilés pour les tourner par derrière. Il lui renvoya sou officier, en le conjurant de revenir sur ses pas. 11 renvoya deux autres messages. Non content de cela, il dit à Miaezinski de tenir dans les défilés, et de se retirer lentement sous Landscron, où il le rejoindrait. 11 remonta à cheval, et courut après Pulawski. Quand il eut fait cinq lieues, il reçut une lettre insolente de ce chef, qui lui mandait qu'il n'avait au-
ciin ordreh recevoir d'ua étranger; qu'il prétendait faircla guerre à sa manière; et que, s'il veut le suivre, il n'a qu'àveniràZumosc età Leopol, où il va. Cettelettre était datéede Rabko,à dix lieues de Landscron.
H'ayant plus l'espoir de le ramener ou de lui faire entendre raison, il revint sur ses pas, trouva que le colonel Schùtz était tranquiliemeut rentré dans son quartier de Sucha, et reçut un billet de Miaczinski qui lui mandait qu'il était abandonné, et qu'il ne lui restait pas deux cents chevaux. Pulawski parti, Miaczinski devait encore avoir plus de cinq cents chevaux. Walewski avait très-bien manœuvré : apprenant la défection de Pnlawskï et la déroute du reste, il avait attiré Suwarow sur Tyniec. Ce général avait tenté, le 20, de l'enlever ; après avoir pris et reperdu deux fois une redoute, il y avait laissé deux cents morts, et s'était porté brusquement sur Calvary. Cejour-là, Dumouriez, aprèsavoir fait enfin partir Schùtz pour rejoindre Miaczinski, ainsi que quelques autres corps qu'il avait dénichés, avait été forcé de passer quelques heures à Sucha, pour laisser reposer ses chevaux, qui avaient fait plus de soixante lieues en trois jours. Il arriva à Landscron le 22 juin, à sept heures du matin. Walewski y arrivaitde son côté, suivi de toute l'armée de Suwarow. ' .
Le château de Landscron termine d'un côté une hauteur d'un quart de lieue de long, sur cinq cents pas de large. La ville est au-dessous du château : tty avait, dans l'un et l'autre , Une garnison de six cents hommes d'infanterie avec trente pièces de canon. Derrière cette hauteur est une pente assez facile, avec un pays boisé, qui conduit à Sucha. En avant et sur son flanc droit, sont deux escarpements impénétrables, hérissés de bois de sapin. Dumouriez fait l'inspection de l'armée, qu'il trouve réduite à mille hommes de cavalerie. Il avait deux cents hommes do chasseurs à pied, commandés par des officiers français ; il en jette cent dans le bois de sapin en avant de son front , et cent dans le bois de sapin de sa droite, où il place deux pièces de canon :sa gauche appuyait à Landscron. Son champ de bataille dominait une hauteur qui lui faisait face, où le canon du château de Landscron portait en plein ; celui des Russes, d'un plus faible calibre, n'arrivait qu'à deux cents pas en avant de la ligije des Polonais.
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Suwarow fait un mouvement qui devait le faire battre. Il avait environ trois mille chevauxet deux mille cinq cents hommes d'infanterie. Il laisse son infanterie sur la hauteur, et fait descendre sa cavalerie dans le ravin, pour remonter ensuite dans la. forêt des.ipiu. Dumouriez envoya dire à ses chasseurs de s'aplatir dans le bois , de laisser passer cette cavalerie qui allait monter dispersée et rompue, et de ne pas tirer- Il annonce aux Polonais que la victoire est à eux; que dès que cette cavalerie arrivera sur la hauteur, ils n'ont qu'à la charger, sans lui donner le temps de se former. Ils lui promettent des merveilles.
Deux superbes régiments russes, Saint-Pétersbourg et Astrakan , paraissent ; ils étaient tout débandés. IL veut se mettre à la tète des Lithuaniens d'Orsewsko, avec le prince Sapieha; ces lâches fuient, massacrent eux-mêmes Sapieha, jeune prince plein de courage ; Orsewsko et quelques braves sont tués. Il court aux hussards de Schiitz, qui , au lieu de sabrer, font une décharge de leurs carabines, et prennent la fuite. Les Russes , étonnés euxmêmes de leurs succès, n'avançaient pas, et étaient occupés à se former. Miacziuski, furieux, rallie quelques braves Towaricz, se jette au milieu des Russes, est démonté, blessé, et pris. Walewski, qui formait la gauche, se retire en bon ordre derrière Landscron. Tout le reste se débande. Les Cosaques poursuivent pendant plus d'une demi-lieue cette cavalerie, qui ne tue pas quatre hommes aux Russes, et qui en perd trois cents, tués, blessés ou pris.
Resté seul sur le champ de bataille avec son petit escadron français, Dumouriez se garde bien de se jeter dans le troupeau des fuyards : il prend un chemin dans le bois, sans être suivi , et il arrive à Sueba sur le midi ; il y trouve le régiment des hussards de Schiitz, qui n'avait pas beaucoup souffert. Cependant les chasseurs français avaient tourné par les bois , et s'étaient jetés dans Landscron , qui se mit à canonner vivement la cavalerie ennemie, obligée d'abandonner bien vite ce champ de bataille dangereux, emmenant ses prisonniers et les deux pièces de canon, qui, après avoir tiré quelques coups presque à bout portant, furent abandonnées, l'officier n'ayant pas eu l'esprit de les précipiter dans le ravin.
Voilà ce (jue les Russes et les Polonais appelèrent alors la ba-
MÉMOIRES .m- DUMOURIEZ.
taille de Landscron; elle dura une demi-heure, et les Russes ne perdirent de monde qu'à leur retraite, par le canon de Landsi-ron, elle lendemain, en voulant insulter cette place, où il y avait plus de huit cents hommes d'infanterie et quatre à cinq cents de cavalerie. Walewski eut même l'audace de les suivre dans leur retraite , et de descendre dans la plaine avec eux. Suwarow retourna devant Tyniec , qu'il ne put pas prendre. Mais Oswiecim et Bobrecq furent évacués. Walewski se retira à Biala, que Branicki vint masquer avec douze cents hommes de cette même cavalerie de la couronne, qui aurait joint les confédérés s'ils avaient été vainqueurs. Le général Stampa , commandant le cordon autrichien, lit intimer aux Russes de ne pas attaquer Biala, ce qu'ils ue pouvaient pas faire sans que leurs boulets endommageassent le bourg autrichien qui est de l'autre câté de la rivière.
Dumouriez voyait toutes ses espérances trahies par la défection de Pulawski, qui alla se faire battre à Leopol, tâcha de surprendre Zamosc , qui ne voulut pas lui ouvrir ses portes , revint par le même chemin, repassa le long des montagnes par Kenté, Bobrecq, et retourna à Czenstochow, ayant fait cent cinquante lieues, et alors fort honteux et repentant; mais il était trop tard. Du mouriez avait perdu les trois chefs sur lesquels il comptait le plus , Sapieba et Orzewsko tués , Miaczinski prisonnier. La division de ce dernier s'était dispersée, au point qu'il n'en restait que quatre à cinq cents hommes mal en ordre et mal commandés. Il n'y avait donc plus alors à opposer aux Russes, dans la petite Pologne, que l'infanterie d'à peu près deux mille hommes, répandue dans trois places, et six à sept cents dans Biala et Czenstochow. Le corps de Zaretnba était resté entier; mais il le connaissait trop rusé et trop prudent pour s'exposer avec de pareils compagnons. Walewski, avec les restes de Miaczinski, n'avait pas plus de deux mille hommes à cheval. Les saliues étaient perdues , sans que l'on eût su en profiter. Le contingent de Courlande , l'infanterie du palatinat de Cracovie , étaient devenus des chimères. Bien loin que l'argent qu'il avait à Bilitz eût suffi à solder et nourrir les garnisons , il lui en eût fallu trois fois autant. D'ailleurs il était outré de la conduite politique et militaire des Polonais.
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Il prit le parti de tout abandonner. Il se rendit-à la maison de contumace la plus voisine , à un lieu nommé Fritzka , où le général Emerick Esterbazy, avec qui il s'était lié, vint le voir, ainsi que plusieurs aulres seigneurs hongrois ; de là i! rendit compte de tout au ministre, s'en référant à ce qu'il avait annoncé dans ses dépëciies précédentes , surtout en partant pour l'année.
A son départ d'Epériès, il avait annoncé, en pleine assemblée de la confédération , qu'il allait tenter de faire prendre une marche régulière et vigoureuse à leur partie militaire; il les avait assurés , avec serment , que s'il était secondé , il se sacrifierait tout entier, comme s'il était leur compatriote : mais que si les chefs et les troupes se conduisaient comme par le passé , et nuisaient volontairement à l'exécution de ses bonnes.intentious , il les abandonnerait entièrement. Il avait même eu la précaution de laisser ce serment par écrit. Non- seulement les troupes, mais les chefs et les conseillers eux-mêmes , charges de coopérer avec lui , avaient renversé ses plans.
Ainsi il écrivit à la con fédérât ion qu'elle n'avait qu'à relire le serment qu'il lui avait consigné; que, fidèle à sa parole, il se regard ait coin me dégagé du soin de conduire ;i l'avenir les affaires militaires; qu'il attendait son rappel à la campagne, ayant besoin de repos; qu'il était persuadé que son successeur, qui sans doute arriverait bientôt, serait certainement plus complaisant et plus à leur gré que lui. Il alla effectivement attendre les ordres du ministre à la campagne , chez le comte Potocki , staroste de Halicz , avec lequel ilétait lié.
La confédération fut consternée; ou lui envoya des députations. On engagea Pulawski à lui demander excuse de bouche et par écrit, et à se soumettre à ses ordres : alors il leur prouva facilement qu'il n'avait jamais eu la prétention de leur donner des ordres directs , qu'il avait toujours fait revêtir son avis de la signature du conseil; il dit à Pulawski et aux députés qu'il avouait qu'il avait eu tort de vouloir leur donner un système de guerre auquel ils ne pouvaient pas se plier, et que, n'entendant rien à leur manière de faire la guerre, il ne devait plus s'en mêler.
Cependant il écrivit à la confédération qu'il ne fallait pas se décourager; qu'ils avaient des places et uiî petit fuuds d'infanterie
qu'il, fallait augmenter; qu'il leur comptait encore, sans l'armée Je Lithuanie, plus de quinze mille hommes de bonne cavalerie; qu'ils étaient en meilleur état qu'à son arrivée auprès d'eux ; que les Russes n'ayant pas reçu de renfort , et ne pouvant pas prendre leurs petites places , s'ils en arrangeaient encore d'autres, ils pourraient peu à peu regagner du pays, et au moins se soutenir de manière à négocier.
Le comte de Pac et Bohucz vinrent le trouver. Il leur parla en ami , leur dit que leur position était désespérée. Bohucz en convint. « Retournez-vous, leur dit-il, vers le due d'Aiguillon et M. Durand ; non pas pour vous soutenir, car cela est impossible, mais pour faire votre paix. Enfin il se rendit à leurs prières, et il rejoignit la confédération; non pas pour continuer sa mission , car il persista à ne plus donner ni argent ni conseil , mais pour ne pas donner à la cour de Varsovie le triomphe de cette rupture. Effectivement leurs affaires étaient désespérées, car dans cette campagne les Turcs furent chassés de ia Moldavie, et bientôt Forcés à faire la paix
Il fut réellement affligé de. la tournure malheureuse de cette affaire; il le manda à son amie, madame de Mniezeck, que le chagrin consuma ensuite. Il plaignait les malheureux Polonais, malgré leurs fautes excessives ; et cette considération était d'au-
' Qnelqna confiance qne doivent i ns - l'appui de celui qui précède : ■ Dimon-
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Wirr iiiic le s- nér..! r-t iri iujc Ml <rigiiiiii'rer le dévouement bernique de
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éditeur ( fil. Uuunuu ., d.u.s lj ciinliiiun- leur.; elietf, il l'uaseiL-ruit e.nr des repro-
lii.ii île nii.h.ire île l'ol.iiiif , l'.-ivi., du . ii. s iusu|i]iui'liililc!, il l'Lominc d'bou-
1:1 même .furjni-iî. . 1 1111:1 mi-iri. , ilit-i: , l'i.ln^ne n; Je CUhluiri: île l-rimcc , rap-
ahandoil'nc en l\>l.,e,ie :, se, prnpiW im.ei.és Je, jiesi.llrmio,,, de TJumou-
monvements, (I ne recevant plus d'ins- nei , ne doivenl-ill pas porter à croire
Uni! .."■lei.,:il .1-1:, ël., e.M-H | v„ir., ,;„e il l'uhm,l,i se remUl cn.r.i.lJr do
et se mit à donner des ordres aui «raie- présomption et de .légèreté , le général déeèii, nu lieu do conseils.-: (le .sal.'idc.s... Ir.n,';i:. porta dannej relation! nvec en ltunmiicici , ajoute- t-ll plu» loin , à l'é- chef iil.nt.-c :le, c, rmes in,p Impéricuiies,
(mené Je l;i lit. lie ir.e.si 1, : el I i;-.ti re élevée fl iju'uii.hi , dmi.i telle innli.eu ira se l'ir-
11m rr i-e elief i ni ri- 1 .i i!e .le le fulre juger le. Jis.ee.iiii.. Je la même nature , le» comme coupable de lllchelé, etc. jj loris furent rinnniuiis, et partagés ég nie- Un passage de riliituirc du Jii-liiii- ment par les dcui parliesT ttème siècle, par H, Laereleiie, vient o \ (Vol* de CédHeur. )