LIV. II. — CB.AP, II
il rendit les biens-fonds, et ne garda que le mobilier, qui valait soixante mille livres en diamants, argenterie et meubles. Alors sa femme venait encore de lui proposer la séparation ; il y avait consenti; elle allait se faire. Madame de Perry, sa belle-sœur, les raccommoda ; mais cette fois il annonça à sa femme que c'était lu dernière , et que si jamais elle lui refaisait cette proposition, il l'accepterait sans retour. En 1788 elle recommença; il tint parole, ils se séparèrent ; il lut laissa ses diamants, il partagea avec elle les meubles et l'argenterie , et lui fit une pension de cinq mille livres. Elle se retira dans un couvent de Paris au commencement de 1789.
Quand même il n'y eût pas été provoqué, la circonstance de la révolution l'eût forcé a lui faire prendre ce parti et à rompre son ménage , ayant perdu à cette époque son commandement de Cherbourg et sa pension, qui avait été portée à six mille livres en 1788. Pendant les deux premières années de la révolution , il a vécu des bienfaits d'une dame qui se dépouillait elle-même pour l'aider à payer la pension de son épouse, et qui partageait son existence avec lui. Cette dame, pleine de. douceur et d'amabilité, a voulu depuis partager son infortune , et a doublé ses peines par la constance et la noblesse doses sentiments. 11 est chargé de son sort, et c'est le lien le plus fort qui l'attache à la vie.
Quant à son épouse , elle est sans contredit pleine de grandes vertus : avec l'exaltation et l'esprit de sainte Thérèse, elle était née pour la vie contemplative, et déplacée dans le monde. ïl l'aime, l'estime et la respecte; maïs leurs caractères sont incompatibles. Hélas ! à l'époque où il écrit cette partie de ses Mémoires (en janvier 1794), elle est dans lesprisons.des anarchistes, avec sa sœur, madame de Perry; sa belle-sœur, l'abbesse de Fervacques; sa nièce, mademoiselle de Perry ; madame de Chateauneuf, cousine germaine de Dumouriez; la jeune et intéressante baronne de Schomberg , femme de son neveu , mère de deux enfants en bas 3ge. » ■
Français, soyez justes! si vous trouvez Dumouriez criminel , ne vous vengez pas sur des femmes qui n'ont ni partagé ni su ses projets. La femme et la mère de Coriolan, ses fils même, étaient libres dans Rome , pendant qu'il assiégeait sa patrie à
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la tête des Votsques. Dumouriez n'a jamais voulu porter les armes contre vous. Il abhorre les crimes commis par les hommes coupables qui vous égarent, mais il ne s'est jamais cru en droit de les venger sur ses concitoyens. Doublez la somme de sa proscription , condamnez sa mémoire ; mais épargnez des innocents , des femmes et des enfants, qui d'ailleurs ne sont pas sa souche directe ! 0 Providence , veille sur ces têtes innocentes et chéries !