L1V. I. — CHAI'. II
La veille de cette bataille, pendant <jue l'année française marchait pour prendre son camp le long du canal Eugène , la gauche à Clostercamp , le centre à Cainpen-Bruck , la droite vers Rhinberg, Dumouriez, qui était d'ordonnance auprès du comte de Thiars maréchal de camp, fut envoyé, par ce général, de la colonne de gauche à la colonne de droite de l'armée. Il arrive en avant des colonnes, rencontre des grenadiers à cheval de Fischer et des dragons de Beau frein ont , traverse le canal avec eux , longe le canal pour se porter à la droite, toujours à leur vue , et est assailli par une vingtaine de hussards ennemis. Il se détend, en appelant à son secours; mais les coquius s'enfuient; il met deux hussards hors de combat, son cheval tombe mort sous lui , et pour surcroît de malheur son étrier gauche , qui était d'un fer mou , se reploie sur son pied par le poids du cheval. Il dégage sa jambe, mais il se trouve retenu par le pied, et soutient, dans cette position, un combat de quatre à. cinq minutes contre des furieux.
Il se blottit entre une haie qui se trouvait derrière lui et sod cheval , blesse encore trois hommes et plusieurs chevaux. Ces barbares s'éloignent hors de la portée de son sabre, l'entourent, et lui tireut presque à bout portant des coups de carabine et de pistolet , dont un lui enlève le doigt du milieu de la main droite, lui casse la poignée de son sabre, et le désarme; un autre lui brûle les sourcils , les paupières et les cheveux , et lui farcit le visage de grains de poudre. Dans le moment où il aiment d' Auvergne, donna, dit-on, on mlmiranle ricmpli! (I.- hI. vh. lit- iils- ri r , diim In poïtrntc la ptoi recuite oomenan r«-
■I slnirrt oliflr. niais II oc l'nl recueilli no pimduI P«i" H lui renforcer m • oit. Il trie : J mol. JHvecgH* ! rolrl 1rs •niuibfi; cl l.in.W |ierre île coupa OMr iriu.o snMIrnr foi i.roronnufc "uiant
que de pnreillrs unions le iiriivcnl rlr<.
I u 1:1 \1 | .1.^111 ..r.e |.ri.un . i-i-llr
1 l-r.-redeM le général lluar» , m bre de la chambre dra driiut**.
( rrett de CtOitt-r )
24 MÉMOIRES UE DUMOUHiEZ.
lait certainement succomber, arrive un ange tutélaire, le baron de Behr, aide de camp du prince héréditaire. Ce prince était en reconnaissance, ces hussards étaient de son escorte ; le baron de Behr est obligé de mettre le sabre à la main pour les empêcher de massacrer Dumourîez; il en vient à bout; on dégage son pied, et on le traîneau prince héréditaire, quilui donne les plus grands éloges. Il arrive au bivouac de la première ligne des ennemis; c'était une brigade anglaise, commandée par le lord Waldegrave. On lui fait un premier pansement ; il avait six blessures graves et treize fortes contusions. Ce qui le gênait le plus était de ne pouvoir faire usage d'aucun de ses deux bras. On le met à cheval , et il arrive au camp de Burich, où il reçoit beaucoupde caresses des généraux et soldats ennemis, mais surtout des Anglais.
Le lendemain, le prince héréditaire se retire après avoir eu un mauvais succès auquel il ne devait pas s'attendre, car jamais général n'a mieux mérité que lui de gagner la bataille de Clostercamp. Dumourîez reçoit de lui toutes les marques de bienveillance possibles; mais quoiqu'il le prie en grflee de le renvoyer au camp, ce prince s'obstine à le garder avec lui jusqu'à ce que son armée ait passé le Rhin et soit en pleine retraite, de peur qu'il ne rende compte de ce qu'il a vu. Alors il l'envoie dans Vésel , escorté par ce même baron de Bebr, jeune homme trèsaimable; et il écrit au marquis de Castriesune lettre infiniment honnête, à la louange de son jeune prisonnier.
Il ne prévoyait pas que cette lettre, qui fut envoyée au maréchal de Belle-Isle, ferait la fortune militaire de cet officier, et que, trente-deux ans après, le même commanderait une armée française contre lui en Champagne , et sauverait la France en le forçant à se retirer. Au reste, quand il aurait pu le prévoir, H aurait agi de même. La générosité est une des qualités essentielles des grands guerriers, et elle brillait surtout dans ce prince, qui était autant aimé dans l'armée française que dans celle dont il était l'Achille.
Arrivé à Vésel au bout de quatre jours, n'ayant eu qu'un premier pansement, ayant vécu de vin et de viande salée à la table du prince héréditaire, ayant été tous les jours à cheval.
LIT. i. — CHAP. IL 26 avant couché sur la paille , nes'étant pas déshabille, il avait ses bottes et ses habillements remplis de sang caillé : il fut bien soigné, mais il souffrit cruellement; on lui tira plus de deux cents grains de poudre de la figure , on recolla sur sa tête la peau de son front qu'un coup de sabre avait abattue sur son œil droit , et on lui extirpa la moitié du radius de son bras gauche , qui était coupé et éclaté, fl fut en état, an bout de deux mois, de se faire transporter à Saint-Germain en Laye.
Son amour pour la lecture avait aidé à lui sauver la vie dans «ette périlleuse aventure. Il avait, dans la poche gauche de sa redingote, les Lettres provinciales de Pascal. Cetie poche couvrait sa hanche. Une balle de carabine frappa le livre, en perça la moitié , et s'y arrêta. En arrivant à Paris , il lit présent de ce livre au père Latour, jésuite, homme d'esprit, qui avait été principal du collège de Louis le Grand, en lui disant que c'était un miracle du Port-Royal.
Le maréchal de Belle-Isle meurt dans cet intervalle , avant d'avoir pu faire siguerà Louis XV le travail des grâces (car alors les récompenses s'appelaient des grâces ), dans lequel Dumouriez était compris pour la croix de Saint- Louis et une compagniede cavalerie. Le duc de Choiseul remplace le maréchal de BeUe-Isle, et devient ministre de la guerre, ou plutôt premier ministre. Use présente àson audience avec les deux bras en écharpe et la tête bandée. Le ministre l'accueille parfaitement , mais lui dit quec'esttropque deux grâcesh la fois, et qu'il faut qu'il opte. Il lui conseille de prendre la croix, lui promettant qu'il lui donnera ia compagnie dès qu'il sera guéri. Le duc avait ses vues. Il n'y avait en ce moment que quatre compagnies vacantes, et plus de huit cents demandants, dont beaucoup de gens delà cour. Il lui représente donc qu'il n'est pas en état de faire la campagne. Dumouriez lui répond d'un ton ferme : « Puisque vous me permettes d'opter, je prends la compagnie; je vous jure que je ferai la campagne, et que vous me donnerez bientôt la croix. » Le duc de Choiseul , qui était plein d'esprit et d'âme , est frappé de cette réponse. Le travail se fait. Lejicomte d'Escars devient maréchal de camp. Le régiment est donné au marquis d'Escars son neveu , et Du mouriez a l'agrément d'avoir une compa-
HÉ 1101 II ES Uli DUMOUH1EZ.
gnie dans le même régiment où il a fait les trois campagnes.
Sa jeunesse, la vigueur de son tempérament, la pureté de son sang, suffisent, au bout de deux mois, pour fermer toutes ses blessures. 11 va prendre congé du ministre au mois d'avril 17(11 , et rejoint son régiment à Tongrcs; mais la fatigue du voyage fait enfler son bras gauche, qui devient tout noir, avec des douleurs insupportables. 11 va passerun mois aux bains d'Aix-la-Chapelle; les (touches font rouvrir sa blessure, et en font sortir des esquilles et des morceaux de sa cbemise et de ses manches, qui étaient restés au fund de la plaie, par l'inattentiondu chirurgien. Il rejoint son régiment la veille de la bataille de Fillingshausen, et fait la campagne avec son bras ouvert, ce qui était fort incommode pour un officier de cavalerie.
Cette bataille est perdue par l'ambitieuse précipitation du maréchal de Broglie, qui attaqua un jour trop tût pour la gagner tout seul , et par la coupable jalousie du prince de Soubise , qui sacriiie l'honneur de la France au plaisir criminel de donner une mortification à son rivai , en lui laissant recevoir un échec sous ses yeux.
Le soir de l'affaire, Dumouriez, qui était de l'armée de Soubise , est détaché avec cinquante maîtres et cent hommes d'infanterie à la droite, en communication avec l'année de Broglie. Les deuxarmées partent chacune de leur côté, celle de Broglie iwurla liesse, et celle deSouhise pour le pays de Munster; le détachement est oublié. Dumouriez , qui ne sait de quel coté a pris l'armée de Soubise , et qui se trouve plus à portée de celle de Broglie, envoie demander les ordres du maréchal : on lui répond brusquement de sa part qu'on n'a pas d'ordres à lui donner,-et<ju'il tâche de rejoindre son armée.
Les Hanovriens, qui arrivent , décident la question ; il est attaqué par Scheiteret Freytag avee mille hommes et du canon , leur échappe , est poursuivi, se retire dans le château d'Arensberg, s'y défend, fait retraite par derrière eux, enlève quarante chariots d'avoine, lève des contributions dans le comté de la Marck , emmène des otages , rejoint le prince de Soubise près de Warendorf au bout de quinze jours, et lui remet cette capture avec quatre-vingts prisonniers, n'ayant perdu que deux hom-