‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 81 sur 168 · L1V. II. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

L1V. II. — CHAP. IV

rifia lui-même les mêmes observations sur la rade de Cherbourg, et commença le grand travail relatif à la fixation du choix d'une de ces deux localités , pour former un port de guerre en face de Portsmouth. Il traitera, sans interruption, cetteimportante matière dans le chapitre suivant.

Le maréchal de Broglie reçut près de deux cent mille livres pour son inutile camp de Vaussieux. Il espérait bien recommencer au printemps ; mais on dispersa dans les places les troupes qui composaient cette armée, ainsi que les officiers généraux. Le baron de Iiesenval commanda dans la presqu'île, et résida à Valognes; le marquis de Jaucourt , maréchal de camp , vint à Cherbourg : c'était un fort bon officier, avec qui Dumouriez se lia. Il se trouvait alors avoir une grande quantité de commandants; car, outre les maréchaux de camp et lieutenants généraux de l'armée de Broglie , il recevait encore les ordres du marquis d'Héricy, maréchal de camp , employé dans la basse Normandie; du duc d'Harcourt, commandant en chef; et du maréchal d'Harcourt son père, gouverneur avec lettres de commandement , grâce unique attachée à cette famille , dans sa propre province. Il concilia toutes ces contrariétés par les plus grands égards. Les généraux de l'armée n'étaient que passagers, les autres étaient fixes.

11 n'avait pas la même complaisance pour une autre espèce detitulaires dont il était obsédé. 11 y avait un gouverneur particulier de Cherbourg, le comte de Valentinois, un lieutenant général du Cotentin, qui, par parenthèse, était fils d'un huissier de Valognes , et quatre lieutenants généraux de la province. Ces charges étaient vénales et donnaient quelques privilèges , mais surtout beaucoup de prétention , quoiqu'elles fussent absolument sans fonctions. Dans toutes les occasions de cérémonies , ces messieurs envoyaient leurs ordres a Dumouriez, qui renvoyait leurs lettres au maréchal d'Harcourt, sans leur répondre. 11 ne cite ces détails peu intéressants que pour faire connaître la quantité de rouages , en sens inverse , qui embarrassaient la marche du gouvernement français.

Le comte de Broglie et M. de Voyer moururent cette année ; il regetta infiniment le premier, qui était un véritable homme

d'État; et ils étaient rares, comme ou Ta vu depuis. Quatre ou cinq hommes de la trempe du comte de Broglie auraient sauvé la France '. Sa mort est un dernier sacrifice qu'il a fait à sa patrie, ayant été atteint d'une épidémie qu'il gagna en dirigeant les travaux de dessèchements des marais de Rochefort. M. de Voyereu fut aussi la victime. II était plus instruit que le comte de Broglie , mais il n'inspirait pas la même confiance par son

Dumouriez avait trouvé à Cherbourg un établissement académique bien patenté, mais qui ne s'assemblait jamais, u'étaut composé que de cinq à six membres fort peu instruits. On lui offrit la présidence honoraire de cette académie; il l'accepta pour la faire servir à ses vues. Une société de gens de lettres , marins et bas Normands, ne pouvait enrichir ni la littérature ni la langue française. C'étaient des juges d'amirauté , des marchands , des curés de campagne, et un homme fort instruit, conducteur des travaux des ponts et chaussées , nommé Noël. Il dirigea leurs travaux , et exigea de chacun d'eux un mémoire relatif à Cherbourg, l'un sur le commerce, l'antre sur la navigation , l'autre sur l'agriculture, l'autre sur la partie d'histoire naturelle utile , comme ardoisières, mines, carrières, et leur nature, bois , qualité du sol , culture, rivières , bestiaux, population , etc.

Ces mémoires se firent pendant l'hiver ; il les reprit tous , et en fit un ouvrage intitulé Mémoires sur le CotenUn. Ce fut

1 Itulhlére nous offre sur le comte de pins rigoureuse dans les moindre! de-

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