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un travail de deux ans , qui servit de base au projet du port , en faisant connaître les grandes ressources de cette presqu'île. Il donna ce mémoire à tous les ministres , en annonçant qu'il était le résultat des travaux réunis d'une société académique. M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères , et en même temps ministre particulier de la Normandie, lui écrivit une lettre de remercîment pour cette société. C'est ainsi que dans toute la France on aurait pu rendre utiles ces sociétés littéraires , en dirigeant bien leurs travaux , au lieu de les laisser divaguer sur des connaissances oiseuses et toujours imparfaites.
Ses travaux intérieurs, relatifs à la défensive de la presqu'île et à son amélioration , n'empêchaient pas son activité de se porter sur le grand objetdc la guerre, pendant la campagne de 177S, la Fronce et l'Angleterre n'avaient pu s'opposer qu'une eseadro médiocre et d'égale force ; elles avaieut fait semblant de se livrer une bataille navale à l'entrée de la Manche. Ces deux puissances se préparaient à développer de plus grandes forces à la campagne suivante, qu'on imaginait devoir être décisive, parce que l'Espagne devait joindre sa flotte à la flotte française , et qu'on ajouta à cet appareil formidable le projet d'une descente en Angleterre. C'est la grandeur de ces projets, et la difficulté de" combinaison des forces des deux nations, qui ont nui au succès de la guerre.
Cela arrive toujours : l'exemple de la république de Venise contre la ligue de Cambray, du grand Frédéric pendant la guerre de sept ans , et, plus que tous, l'exemple récent de la France en anarchie résistant à la combinaison de toutes les puissances de l'Europe, sont une preuve terrible de t'avantage qu'a une puissance qui opère seule, contre la combinaison et la réunion de plusieurs, qui s'entendent toujours mal.
Le voisinage des- Iles de Jersey et Guernesey excitait la convoitise de Dumouriez. Il trouvait honteux que deux petites îles si voisines de nos côtes , démembrées de la Normandie , restassent au pouvoir des Anglais; il n'a jamais conçu comment l'honneur national n'a pas engagé, à chaque guerre contre l'Angleterre, la France à en tenter l'expédition , avec le désir obstiné de s'y maintenir. Mais outre l'honneur national, la position de
ces lies à ta tète du golfe de Suint- Malo , formé par les côtes de la Bretagne et le prolongement occidental delà presqu'île du Cotentin , les rend très- dangereuses pour la navigation française. Le gouvernement anglais ménage beaucoup les insulaires , qui ne sont sujets ni aux impositions, ou très-légèrement, ni à la presse. En temps de paix, ils font un commerce énorme de contrebande avec la France; en tempsde guerre, ils exercent un corsairage terrible.
Dans toutes les guerres entre ces deux puissances , la première année coûte toujours plus de quarante millions et deux ou trois mille matelots à la France, attaquée à l'improviste par ces insulaires. Si la France possédait ces lies, ainsi qu'Aurigny, Herms, Serq et les Casquets, elle aurait en sa faveur tout ce qu'elles procurent d'avantages aux Anglais contre elle , l'activité de la contrebande avec les côtes d'Angleterre en temps de paix, et la primauté d'un corsairaije imprévu en temps de guerre.
On objectait, comme dans la fable du renard et des raisins, que ces lies ne valaient pas une expédition ; qu'en temps de paix elles seraient à charge à la France , parce qu'on trouverait trop de difficulté pour y arrêter la contrebande, et parce que leur possession par les Anglais nous ouvrait un commerce interlope avec les côtes anglaises , favorable au débit de nos eaux-de-vie , de notre tabac, de notre sel et de nos manufactures normandes. Il répondait que la possession par les Français doublerait ces avantages, en conservant à ces lies le même régime d'administration qui les faisait prospérer; qu'il importait fort peu au commerce que la garnison de ces lies fut anglaise ou française ; mais qu'il importait beaucoup à la France de les posséder en temps de paix , pour ne pas les avoir contre elle en temps de guerre.
Il y avait à la fin de l'année, dans les ports de ces deux lies, plus de soixante prises françaises , plus de deux mille matelots dans ses prisons , et pour plus de cinquante millions de nos denrées daus les magasins'. On n'y avait encore pris , non plus que sur les côtes anglaises , aucune mesure de défensive. Les milices n'avaient pas encore été mises sur pied. A la vérité, dans ces îles, elles sont permanentes, et tous les habitants sout armés; mais une longue paix les avait jetés dans la désuétude de tout service