‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 83 sur 168 · LIT. II. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIT. II. — CHAP. IV

militaire. D'ailleurs la plupart étaient en course. T,es batteries des eûtes n'étaient point montées , et six ou sept cents montagnards écossais, de nouvelle levée, la plupart mécontents de leur sort, en formaient toute la garnison.

Dumouriez avait proposé au maréchal de Broglie de les attaquer de vive force au mois d'août ou de septembre ; mais ce général, absorbé dans son ordre profond , rejeta avec mépris une pareille proposition , comme au-dessous de lui. Alors il projeta d'en former l'attaque par un moyen très-simple et de très-peu d'apparence , dont il croit devoir se dispenser de donner les détails , pour ne pas enlever cette ressource à sa patrie dans les guerres futures. 11 envoya son mémoire au due d'Har court et aux ministres de la guerre et de la marine. Le brave prince de Nassau-Siegen , qu'il aime et estime de tout son cœur, levait une légion qui n'était pas encart prête; on lui destina cette expédition pour l'année suivante , et l'on sacrifia te projet de Dumouriez, qui était immanquable. Si dès lors M. de Sàrtines, qui fit ce sacrifice, eût connu l'amitié de Dumouriez pour le brave Nassau , et qu'il l'en eût chargé avecd'autres troupes, sa légion n'étant pas prête, celui-ci aurait fait réussir son respectable ami , et aurait été encliauté de lui procurer cette gloire.

Il s'occupait d'un projet bien plusgrand et d'un tout autre danger pour l'Angleterre : c'était de s'emparer de l'Ile de Wight. A la fin de 1778, les Anglais avaient cinquante mille hommes eu Amérique ; leurs milices n'étaient pas levées , pas une batterie armée ni sur leurs cotes nidans cette lie. Il ne restait pas en Angleterre plus de sept à huit mille hommes de troupes réglées. L'île deWight était infiniment importante. Tous les bois de construction pour la fabrique des frégates étui en t àCowes. L'hôpital, où se trouvaient plus de deux mille matelots malades, était à Niewport, au centre de l'Ile. Tous les grains et les farines de Portsmouth étaient à Sainte-Hélène. Une fois dix mille Français établis dans cette lie, il eût fallu que l'Angleterre levât une armée , et employât au moins une campagne, pour les en chasser. Quand même l'Angleterre eût réussi à les faire prisonniers, c'était une garni son quela France pouvait bien sacrifier pour déranger tout le système de guerre de cette puissance, et lui oceasion-

ner une dépense énorme et la baisse subite de son crédit. Il en serait résulté encore des conséquences bien plus grandes.

Il lit encore un détail très- circonstancié de ce projet, qu'il voulait qu'on exécutât en décembre 1778 ou en janvier 1779. Il avait tous les moyens sous sa main. Les mêmes motifs qui l'empêchent de publier sesdétails d'opération sur Jersey et Guernesey , lui imposent le même silence sur ceux de l'Ile de Wight. Les circonstances peuvent se retrouver, et il ne veut pas nuire à sa patrie,dont il regarde l'an arc I) ie comme une plaie horrible, niais passagère. 11 peut assurer que cette expédition, qui était presque sans danger, aurait eu les plus terribles suites pour l'A ngleterre.

Il fit hommage de son travail au duc d'Oarcourt , qui , ayant servi d'une manière brillante dans la guerre.de sept ans, lui paraissait très-propre à conduire cette entreprise , qui l'eût fait maréchal deFrance. Ce général y donna une entière approbation ; il en parla au ministère. Malheureusement on avait décidé la jonction des flottes française et espagnole; on s'occupait des projets dedescente; on fondit leprojet de l'île de Wight dans le plan de campagne général, qui fut pitoyable, et on perdit la plus belle et l'unique occasion de Unir la guerre tout d'un coup , et glorieusement, eu Angleterre même.

Dégoûté par le mauvais succès de ses propositions, il se renferma dans les objets politiques et militaires, relatifs à Cherbourg et à sa presqu'île. Pendant l'hiver, M. de Jaucourt lui envoya des questions fort étendues sur les moyens d'attaquer Jersey etGuernesey ; elles étaient très-bien posées : il y répondit à mi-marge , article par article, et il n'en entendit plus parler. Au printemps, le brave prince de Nassau partit de Saint-Walo avec sa légion, pour -attaquer Jersey ; il était escorté par des forces maritimes plus que suffisantes: il exécuta sa descente dans la baie de Saint- Ouen; mais il échoua, etfutobligédeserembarquer. Cette même légion passa en partie dans une autre , que leva le prince de Luxembourg Ruilecourt, aventurier très- brave, la commandait ; il annonça d'avance la conquête de Jersey , s'embarqua à Granville, réussit à débarquera la pointe de Saint-Clément la nuit des Uois 1780, surprit Saint- llélier, et fit prisonnier lecomman-

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