‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 84 sur 168 · LIV. II. CHAP. IV. 21.Î · texte numérisé non relu

LIV. II. CHAP. IV. 21.Î

dant de l'île; mais il fut tué le lendemain matin , et sa petile troupe faite prisonnière. Ce fut la dernière tentative contre ces îles , et on se ferma par ces imprudences les moyens de les attaquer avec succès.

En 1779, l'amiral d'Orvilliers alla consumer une partiede l'été à croiser sur les côtes d'Espagne , pour opérer sa jonction avec la flotte espagnole, qui , soit mauvaise volonté , soit lenteur de caractère, le fit languir dans cette terrible croisière : le scorbut détruisit ta moitié de ses équipages. Pendant ce temps-là, ou annonça avec un très-grand éclat le projet d'une descente en Angleterre. Le comte de Vaux, devenu maréebalde France, en futchargé en chef, ce qui était une grande mortification pour le maréchal de Broglie ; c'était même une injustice , puisque, depuis vingt ans, son frère, qui venait de mourir, avait arrangé tous les détails de tous les projets possibles de descente en Angleterre. Certainement la réputation méritée de ce général , qui avait contribué à tous les projets de son frère et de la Rozière , son coopérâtes, devait lui faire donner la préférence sur M. de Vaux , déjà fort usé et hors d'état de faire la campagne , qui ne venait que d'être fait maréchal de France, et qui n'avait jamais commandé en chef que la facile expédition de la Corse.

Ou donna pour seconds au maréchal de Vaux le duc d'Harcourt et M. de Langeron, lieutenants généraux: le second n'était pas en état de commander. L'armée n'était que de trente mille hommes;' mais elleavaitun état-major prodigieux , entre autres, deux maréchaux généraux des logis, MM.deJaucourtetde Lambert, ce qui ne s'était jamais vu. Ni la Rozière, ni Du mou riez, ne furent placés dans la première fournée de cet état-major. Cependant M. de Langeron fit nommer ensuite la Rozière troisième maréchal des logis; et le maréchal de Vaux, se souvenant de Dumouriez, exigea qu'il lui filt donné pour aide maréchal des logis , comme il l'avait été dix ans avant en Corse , conservant son commandement de Cherbourg '.

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Les projets de cette descente étaient vagues et très-mal eo«> binés, ou plutôt il n'y en avait point de réels. M. deMaurepas, le plus criminel de tous les ministres , et l'un des principaux auteurs de tous les maux de la France, plaisantait toute la journée sur la descente , disant qu'elle n'existait que dans la culotte de M. de Vaux , parce que ce vieillard respectable était affligé de cette infirmité ; persiflage grossier que les courtisans trouvaient charmant, et qui coûtait alors cent millions de folle dépense à la France. Ou avait eu l'absurdité de partager cette petite armée en deux points d'embarquement , te Havre et Saint-Malo. Dumouriez proposait au moins de la réunir dans la rade de Cherbourg , point central de la Manche , et sans danger pour ia navigation, étant décapé de toutes les îles et roches qui enveloppent Saint-Malo. Mais on voulait deux armées, deux expéditions, pour satisfaire la gloriole de plusieurs chefs, et on préparait deux attaques faibles.

Le maréchal de Vaux fut chargé de partir du Saint-Malo pour aller attaquer ou menacer Plymoulh, et le duc d'Ilarcourt de partir du Havre pour attaquer Portsmouth ou l'île de Wight. L'armée du Havre était d'environ douze mille hommes; le marquis de Lambert partit de Saint-Malo pour aller en cire le maréchal des logis. Celle de Saint-Malo était de dixsept à dix-huit mille hommes ; Jaucourt et la Rozière y furent attachés dans le même grade, qu'on disputa longtemps à ce dernier, malgré son mérite transcendant , ses longues études , et ses travaux précieux sur l'Angleterre.

Du mouriez eut ordre d'aller servir à l'armée de Saint-Malo. Il ne vit pas sans étonnement que le duc d'Harcourt ne l'eut pas fait attacher à son corps d'armée, destiné à une attaque sur laquelle il avait particulièrement travaillé: il n'a jamais cherché à en pénétrer le motif, et ne lui en a jamais parlé. Il s'en consola facilement , 1° parce qu'il allait être réuni à son ancien général, pour qui il avait de la vénération; 2" parce qu'il jugeait d'avance que l'armée du Havre ne ferait rien , le point de départ étant mal choisi, et trop avant dans la Manche. 11 préjugeait la timidité de nos vieux capitaines de vaisseau , qui ne connaissaient point du tout la navigation de cette mer, et qui regarderaient comme une entreprise téméraire d'aller chercher on convoi nombreux jusqu'au Havre.

Arrivé à Saint-Malo , il seconda Lambert, officier général plein de talents et d'activité , avec lequel il s'est lié pour la vie , quelles que soient les différences de leurs opinions et de leur sort. Mais il lui prédit d'avance qu'on ne s'embarquerait point , et lui montra régulièrement les observations qu'il envoyait tous les huit jours a M. de Montbarrey, pour lui démontrer la chimère de ces projets. Il passa trois mois à Saint-Malo, occupé des détails immenses de cet embarquement, qui perfectionnaient les premières notions qu'il avait prises do ce genre d'opération militaire à Toulon , en 1768.

M. d'Orvilliers arriva enfin avec les deux flottes à l'entrée de la Manche, alla parader devant Plymoulh, qu'il aurait pu prendre avec les seules garnisons des vaisseaux, et laissa échapper l'amiral Hardy, qui se retira habilement dans le canal Saint-

ïlÉHOIftES DE DUMOIJBTEZ.

George. L'armée de Saint-Malo eut un moment l'espoir de s'embarquer à l'arrivée de la frégate la Magicienne, qui apportait une lettre de M. de la Touche-Tréville , lieutenant général , qui annonçait qu'il allait arriver avec sa division , pour prendre le convoi sous son escorte.

Dumouriez qui avait été à bord, et avait appris par les officiers de la frégate l'état affreux de la flotte , assura qu'on ne partirait pas , et refusa d'embarquer les bœufs et les chevaux , qu'il laissa pattre dans les marais de Dol et d'Avranclies. Peu de jours après, on apprit la rentrée de la grande flotte à Brest, et on vendit pour rien à Saint-Maloet au Havre une partiedes approvisionnements de ce grand armement.

Il n'avait plus rien à faire à Saint-Malo, dont le séjour l'ennuyait, étant sans but, et interrompait inutilement ses importants travaux sur Cherbourg. Le commodore Carteret menaçait alors ce port avec une petite escadre de dix-sept bâtiments et deux brûlots. Il prit ce prétexte pour retourner dans son commandement.

En 1780, le duc d'Harcourt fut chargé d'aller commander un petit camp à Saint-Sauveur-le-Vicomte , dans la presqu'île du Cotentin. Lambert était son maréchal des logis. Dumouriez était employé à ce camp comme aide-maréchal des logis. . 11 n'y alla faire qu'une visite , et résida dans son commandement, qui n'en était qu'à six lieues. Celte réunion fut utile, parce que c'est à cette époque qu'avec le duc d'Harcourt i! lit décider l'entreprise des travaux de Cherbourg. Lambert servit beaucoup à cette décision par son influence sur le duc d'Harcourt et par son énergie , qualité dont il est parfaitement doué. Jusqu'à la paix , il ne se passa aucun fait militaire dans la presqu'île, que de fréquentes canonnades. Dumouriez fut fait brigadier des armées en 1 788 , et plus tard lieutenant général ; on porta son commandement à douze mille livres, en y réunissant les appointements de sa place d'état-major d'armée , qui fut alors supprimée.

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