‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 87 sur 168 · LIV. III. — CHAP · texte numérisé non relu

LIV. III. — CHAP

daït comme un grand bonheur d'aller servir sous lui, et de travailler à sa gloire.

. En même temps il se dépêchait, tant qu'il pouvait, d'arranger sa comptabilité des affaires étrangères, pour pouvoir partir de Paris. Il avait envoyé devant lui un de ses aides de camp avec des chevaux, pour se rendre, par Lille, à Menin; il prit luimême, le 27 juin, la même route. En arrivant à Douai, il apprit que Luckner, après avoir tenu un grand conseil de guerre sans avoir d'ennemis en tête , avait évacué Courtrai et Menin , et ramenait son armée au camp de Valenciennes.

Tous les exploils de cette entrée dans les Pays-Bas se réduisaient à avoir brûlé sans nécessité, mais avec barbarie, les faubourgs de Courtrai, sous prétexte de pouvoir se défendre, une heure avant de l'évacuer. Peut-être que si Dumouriez fût arrivé deux ou trois jours plus tôt, il aurait empêché cette honteuse retraite, qu'on voyait évidemment n'avoir été ordonnée" que [>ar l^esprit de parti, conséquemment à quelque grand projet de la faction de la Fayette, dont le pauvre Luckuar, obsédé par son état-major, était l'instrument et le jouet.

Il joignit l'armée à Valenciennes, et fut très-mal reçu par le maréchal et par tous ses officiers généraux et d'élat-major. Il y avait eu des paris qu'il n'oserait pas joindre cette armée ; on avait même parié qu'il n'y serait pas reçu. Berthier , chef de l'état -major, ne mit pas à l'ordre son arrivée, quoique, n'y ayant que Biron, son ancien, et lui de lieutenants généraux , il dût naturellement prendre aussitôt le commandement de la gauche. On ne lui envoya ni lemotd'ordre, ni ordonnances, ni garde d'honneur; et il resta quelques jours à Valenciennes comme un simple particulier. Comme il n'y avait ni ennemis en présence , ni plan de campagne, ni même un ordre de bataille dans cette armée , encore inoins de disciplinée! d'esprit militaire, il patienta quelques jours sans faire ni plaintes ni représentations, examinant le désordre de cette armée et l'incapacité de son général, qui attendait, disait-il , l'arrivée de la Fayette pour concerter avec lui un plan de défensive ; car c'est à quoi lesgénéraux avaient résolu de réduire In guerre : le maréchal , pour excuser sa honteuse retraite tle Menin , et rejeter toute la faute sur la témérité du plan d'of-

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fensive du ministère; la F.iyelte, pnr le mêmeinotif délia jneconlic Dumouriez , et par une combinaison de v ues plus profondes qui éclatèrent ensuite pour b ruine de la Fayette et de la faction de ■ Lameth , Duport, Beaumelz et autres, qui dirigeaient entièrement ce général , et l'égaraient en voulant le porter à la dictature.

Ainsi , après avoir échappé à Paris à la faction de la Gironde et aux jacobins, Dumouriez retroiivailà l'armée une autre faction tout aristocratique-révolutionnaire , qui avait contre lui îles vues tout aussi actives et tout aussi dangereuses. Il n'eut pas de peine à les pénétrer, d'après l'air léger et moqueur de l'état major et les brusqueries du maréchal, dont le caractère et les talents étaient bien au-dessous de sa réputation.

Luckner ne manquait pas d'esprit, mais son âme était petite. Il était d'une avarice sordide, et sans éducation. Son penchant et ses habitudes le ramenaient à jouer toujours un rôle subalterne. Le grand air de la Fayette lui en imposait ; et dès qu'il trouvait quelqu'un à mettre au-dessus de lui, il oubliait sur-le-champ son grade, et se rangeait à la seconde place. Il avait encore l'activité corporelle d'un housard, mais ses idées étaient très-confuses. Il n'avait jamais pu se mettre dans la tête le plan de campagne des Pays-Bas; il n'en avait jamais conçu que l'avant-garde ; et à tout ce que le ministre lui en avait expliqué , il lui avait toujours répété : « Oui , oui , moi tourne par la droite , tourne par la gauche, et marcher vite. » Effectivement il en avait fait une housardaille. Mais il était effrayé du train de son armée, et surtout deséquipages;c'était toujours ce qu'il répondait à tous les mouvements qu'on lui proposait. Général d'armée, il aurait volontiers passé toute la campagne dans son camp de Valenciennes , et il aurait été de sa personne faire la petite guerre ; chef d'avant-garde , il aurait mené l'armée au bout du monde.

Le matin il était tout dévoué à la nation , le soir tout attaché au roi. Il ne concevait rien à la révolution. Il confondait tous les objets et tous les partis , et se plaignait toujours d'être entouré de factieux, ce qui était vrai. Le duc d'Orléans était venu, sans qu'on sût pourquoi , faire une apparition à Vafenciennes , ce qui n'avait fait aucune impression sur les soldats, qui ne le re-

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