‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 88 sur 168 · LIV. 111. — CHAI'. 1. 2Ï · texte numérisé non relu

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gardaient pas de boa œil, et ce qui, au lieu de balancer le parti de la Fayette, lui avait donné plus de force.

Luckner détestait et méprisait le duc d'Orléans, mais Posait pas lui dire de s'en aller. Biron protégeait ce prince détestable qui ne voyait que lui à l'armée , et il était fort mal avec le maréchal. Dumouriez était lié depuis vingt ans avec Biron , et très-froidement avec le duo d'Orléans; mais dès lors il distingua ses deux lils , très-dissemblables à leur indigne père.

On attendait de jour en jour la Fayette. Trois jours avant son arrivée , Dumouriez força le maréchal à lui accorder une conférence qu'il avait évitée tant qu'il avait pu. Le maréchal se levait avant le jour, montait à cheval sans autre but que de se montrer aux soldats, rentrait fort tard , dînait mal, bourrait lout le monde , signait des lettres qu'il ne lisait pas , et se couchait à neuf heures. Dumouriez plusieurs fois s'était présenté à son lever , avait monté à cheval avec lui : alors le maréchal bavardait contre sou prédécesseur Rochambeau , contre la Fayette , contre les généraux français , trouvait son camp détestable; et il avait raison. Mais quand Dumouriez lut eut un jour demandé pourquoi , au lieu de rester dans un camp aussi timide et mauvais en lui-même , il n'en prenait pas un plus hardi et meilleur devant Quiévrain , Luckner, s' emportant, lui avait dit en jurant qu'il n'était pas fait pour lui donner des conseils, et que tout officier général qui raisonnerait serait mis dans une citadelle.

Ce fameux camp de Famars , que les Impériaux ont pris avec tant de facilité au mois d'avril 1793, était effectivement trèsmauvais: le voisinage de Valenciennes tenait les troupes dans l'indiscipline et la débauche. Officiers, soldats, généraux, étaient jour et nuit dans la ville. Ce camp avait derrière lui l'Escaut, qu'on n'aurbit pu passer, en cas de retraite, que sur trois ponts, dont deux, qui étaient tout à fait à sa droite, auraient été facilement interceptés par l'ennemi, qui pouvait arriver en bataille de ce côté jusque derrière le camp, à couvert des redoutesetdes batteries de cette droite, qui ne voyaient pas dans ca fond.

Tout le long du front du camp coulait une petite rivière , nommée la Itonelle , guéable presque pattout. Elle était encaissée , et le terrain, s'élevant des deux côtes en amphithéâtre, donnait uu

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jeu égala l'artillerie de part etd'autre.Lagaucheducamp.se rap prochant de Valenciennes, était couverte par deux villages trèsdangereux : carsi l'un des deuxétait forcé, comme il n'y avait pas assez de terrain pour se développer et donner bataille en avant du camp, l'armée eût été coupée en deux; une partie se serait précipitée dans l'Escaut, l'autre aurait fui dans Valenciennes, et l'ennemi , la suivant avec vivacité dans sa retraite , eût pu entrer dans la ville avec les fuyards. En général, il faut éviter de placer les camps trop près des grandes villes , surtout quand elles servent do places d'armes et de magasins. D'ailleurs notre position timide dans le camp de FaniDrs rendait l'ennemi maître de la plaine entre Condé , le Quesnoy et Valenciennes.

Durnouriez se présenta un matin cliez le maréchal Luckner, et , fermant la porte , il entra dans le plus grand détail sur tous s les griefs qu'il avait à lui reprocher; lui fît connaître qu'il était le jouet et l'instrument de la faction de la Fayette, lui fit honte de se laisser conduire par des enfants comme Charles Lameth rt Matthieu Montmorency. Le maréchal convint de tout, jura après eus, les traita d'intrigants et de factieux, pleura, et promit de changer de conduite.

Ils parlèrent ensuite de la mauvaise position du camp de Famars , du peu d'ordre de l'armée , du défaut de plan ; et Luckner lui promit que tout allait prendre une nouvelle face. Il dtna chez le maréchal, cequi lui arrivait très-rarement. Celui-ci tança à table Lameth et Montmorency, et vexa Berthier, qui vint le lendemain pour la première fois , au bout de dix à douze jours, rendre sa visite au général Durnouriez, qui l'avait fait maréchal de camp , et qui lui dit sérieusement , mais avec bonté, qu'il était temps de finir cette comédie , et de penser à faire la guerre.

La Fayette arriva deux jours après. Luckner lui fit la cour la -plus basse. On fit mettre l'armée sous les armes. Tous les officiers généraux eurent ordre de le recevoir à la tÊte de leurs divisions. Biron n'en ayant pas. été prévenu à l'ordre, Dumouriez n'ayant pas encore de poste assigné , ne se trouvèrent point à cette parade. La Fayette le remarqua d'autant plus qu'ils étaient les deux seuls lieutenants généraux de l'année : H eulla faiblesse de s'en plaindre. Le maréchal s'emporta de nouveau

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contre ses deux lieutenants généraux. Dumouriez eut une seconde explication avec lui; elle futsévère de sa part. Luckner , après s'être emporté, se calma, pleura encore, et lui fit beaucoup de caresses et de protestations. Mais dès le surlendemain it lui annonça qu'il devait partir pour aller prendre le commandement du camp de Maulde; Biron eut ordre d'aller commander la petit» armée d'Alsace.

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