CHAPITRE III
Mouvement de s armées. — Arrivée du lieutenant général Dillon. — Conseil de guerre.
Pendant qu'écarté du quartier général , ignorant ce qui s'y passait, Dumouriez était occupé de son camp de Maulde et de sa petite guerre , il s'était machiné de grands mouvements tant dans la faction des constitutionnels à Paris, que dans les armées. Le voyage de la Fayette à Paris avait fait soupçonner ses desseins. L'assemblée nationale s'en méfiait , les girondistes s'élevaient: hautement contre lui, et les jacobins le ménageaient moins que jamais. Le ministre lui était tout dévoué , et on avait jeté le roi dans ses bras. Dumouriez n'a jamais su ses projets , et ne veut pas donner ses conjectures pour des faits.
Mais, quel que fût le but de la Fayette et de sa faction, il
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crut utile de changer sou commandement , de prendre celui du nord qui le rapprochait de Paris, et de reléguer Luckner à celui du centre. Les généraux s'étaient attribué la propriété des armées, comme César et Pompée. Chacun se croyait três-aimé de la sienne , et ne voulait pas s'en séparer. Cependant, 3ès lors, la guerre paraissait devoir être plus vive du côté où l'on envoyait Luckner. Les Prussiens s'assemblaient daus le Luxembourg et dans l'électorat de Trêves. Une partie de l'armée impériale remontait des Pays-Bas, sous les ordres du général Clairfayt, pour aller les joindre. Les émigrés s'y portaient en foule, à la suite des frères du roi.
Ce fut en ce moment, où chacun aurait dû rester à son poste pour défendre la partie des frontières qu'il avait reconnue, avec les troupes pareillement accoutumées au pays , que le ministre de la guerre et les deux généraux arrangèrent le mouvement le plus extraordinaire et le plus dangereux : c'était de transporter l'arméede Luckner à Metz, et eellede la Fayette à Valencienues '. Ce mouvement dégarnissait pendant plusieurs jours les deux frontières, affaiblissait les deux armées par une marche de quatre-vingts lieues au mois de juillet , et avait cela de remarquable, qu'elle réunissait pendant deux jours toutes les troupes et les deux généraux dans un point intérieur, vers la Capelle,à quarante lieues de Paris.
Si le projet de cette faction a été de faire marcher les deux armées sur Paris, il est certain que Luckner n'en avait pas été prévenu, et qu'il ne s'y est pas prêté. Cette circonstance rend le supplice que lui ont fait subir les féroces jacobins plus injuste et plus barbare. Mais on n'avait besoin ni de lui ut de son armée. Il fallait qu'on lui fît passer un ordre du roi pour se porter sur Sedan, ce qu'il aurait exécuté sur-le-champ. Les vingt mille
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