‹ Mèmoires du gènèral Dumouriez avec une introductionChapitre 96 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Commissaires île l'Assemblée nationale — Du mou riez général en chef. — Il va en Champagne. — État Je l'armée de la Fayette.

Le 14 août , il arriva à Valenciennes trois députés de l'assemblée nationale , Del mas, Dubois-Dubays et Bellegarde. Ils apportaient une commission sévère contre Dillon , que l'aventure du serment avait rendu suspect. Ils avaient ordre de le déposer, ainsi que le général Lanoue. Il se trouvait alors, aux Boues de Saint-Amand , un député perclus des deux jambes, nommé Couthon. Cet homme, qui joue un grand rôle dans la révolution , avec un extérieur doux, bon ami, bon mari et bon père, est un des plus cruels et des plus dangereux tyrans de la faction anarchiquepar l'excès de son fanatisme, qui est sans bornes ■ . Comme

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■ LIV. III. — CIUP. v. 247 conféré plusieurs fois avec le général , et s'était lié avec lui.

Il alla joindre ses confrères, qui, avant d'avoir vu le général Dumouriez, avaient vu Dillon , s'étaient abouchés avec lui, avalent reçu ses excuses sur le serment, et l'avaient conserve dans son commandement. C'était une espèce de jugement epui donna tort à Dumouriez , et qui indisposa l'armée de Maulde. Le général désapprouva la précipitation des commissaires , sans cependant se plaindre. Il voyait bien que ta Fayette, qu'on ne savait pas encore déclaré, allait être au moins destitué. Alors Dillon prenait naturellement sa place , et il allait prendre de droit le commandement de Dillon , ce qui le mettrait dans le cas de rétablir l'offensive, et d'exécuter son plan d'invasion dans les Pays-Bas.

Couthon éclaira les commissaires sur la faute qu'ils avaient fuite en se pressant de rendre le commandement au général Dillon, au moins soupçonné et peut-être accusé à Paris. Les commissaires, pour réparer leur faute, vinrent au camp de Maulde, où legénéral les attendait tranquillement. Ils furent tirés de leur anxiété par un courrier inattendu de l'assemblée nationale, qui leur annonça la défection de la Fayette et la nomination de Dumouriez au commandement général des deux armées. Le camp de Maulde montra une joie inexprimable , surtout quand il eut assuré ses soldats qu'il ne les quitterait pas. C'était effectivement son premier projet; il espérait pouvoir déployer l'offensi ve, et attirer la guerre dans les Pays-lias.

Dillou, qui était son ancien, qui avait eu sur lui le commandement, qui venait encore de lui être couiirmé parles commissaires , eut beaucoup de peine à consentir à servir sous lui ; mais Dumouriez le mit bientôt à son aise en lui proposant d'aller se mettre à la lélede l'armée de la Fayette, et en l'assurant qu'il allait sincèrement travailler à rendre son commandement indépendant, et qu'il ne lui donnerait des ordres que jusqu'au temps où le conseil aurait décidé favorablement sur sa proposition.

Effectivement il composa et envoya par le même courrier un mémoire au pouvoir exécutif, pour lui représenter que le commandement attribué à la Fayette, depuis les frontières de l'Ai-

MÉMOIRES DB DUMOHBIEZ.

sace jusqu'à Dunkerque , était trop étendu pour les facultés morales et physiques d'un seul homme ; qu'il embrassait deux genres de guerre très-distincts, et un détail immense de places fortes , d'approvisionnements, de marches, de mouvements, qu'une seule tête pouvait bien saisir dans son ensemble , mais ne pour* rait jamais suivre dans ses détails. Il opinait, pour l'utilité de sa patrie, qu'on séparai cette charge trop forte en deux commandements indépendants dont les rapports seraient intimes, mais qui auraient leur responsabilité séparée, cette responsabilité universelle étant faite pour effrayer tout homme qui voudrait faire son devoir. Ce mémoire partit, et Dillon fut content.

La faction de la Gironde dominait alors la France : elle venait d'abattre le parti de la Fayette à l'aide des jacobins. Elle avait remis au département de la guerre Servan , à celui de l'intérieur Roland, à celui des contributions Glavière, chassés tous les trois le 1 2 juin par Dumouriez. Mais, voyant que ce général était le seul à opposer à !a Fayette et aux ennemis prêts à entrer en France, elle avait exigé de ces trois ministres qu'ils sacrifiassent leur ressentiment; ce qu'ils firent de très-bonne foi en écrivant au général des lettres de félicitation , auxquelles il fut très-sensible.

Comme la confiance en Dillon n'était pas encore bien rétablie, ils traînèrent la réponse au mémoire, et elle fut négative ; ainsi Dumouriez se trouva chargé de tout le poids de la guerre. Ce qui le déterminait à envoyer Dillon prendre le commandement de l'armée du centre, c'est parce que, toujours entraîné par son projet favori , il voulait prouver, par l'exécution du plan qu'il avait donné aux deux généraux au mois d'avril , et ensuite à Luckner , que si on n'avait pas réussi , si on était moins avancé qu'au commencement de la guerre , ce n'était pas la faute du plan, maïs des généraux.

Il espérait avoir le temps de parer à tout. Le maréchal Luckner était à Metz avec son armée, et devait naturellement se joindre au général Dillon pour la défense du département des Antennes. Ce département était couvert par une ligue de places qu'il fallait prendre pour pouvoir pénétrer en Lorraine ou eu Champagne. Ces sièges devaient naturellement entraîner des longueurs

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