XIV AVANT-PROPOS
toute jeune encore. L'intelligence en elle avait devancé l'âge. Fier, timide,, embarrassé, Louis XV témoignait peu d'empressement auprès de la petite princesse. « Il vous aime pourtant, » lui disait-on. — Quand Villeroi, l'ancien gouverneur du prince, revint plus tard de son exil (Richelieu vous en contera l'histoire ), le roi ne lui adressa point une parole; l'infante le remarqua fort bien. « Monsieur le Ma- « réchal, dit-elle tout haut, il faut que le roi vous aime bien, ce car il ne vous a rien dit. » C'était déjà le mot piquant d'un dépit de seize ans; elle en avait cinq !
Sa jeunesse était entrée pour beaucoup dans les plans du régent. Facile dans ses mœurs, brillant de courage et d'esprit, incapable d'un crime, mais prévoyant dans sa politique, ce prince qui, de si loin, avait préparé ce mariage, comptait vivre assez pour le conclure et ne pas le conclure trop tôt; il fallait laisser à la reine le temps de faire ses dents de sept ans et sa première communion avant de songer à faire ses noces. En attendant , au jeune roi des maîtresses , au premier ministre le pouvoir. Le duc d'Orléans se promettait donc encore au moins dix ans de règne. Le beau rêve ! mais qu'il est court, qu'il est trompeur. En 1 723 des orgies qu'on lira l'abrègent , l'apoplexie le termine...
Et le songe a fini par un coup de tonnerre î
Bientôt vous saurez comment, à la mort imprévue du régent, le duc de Bourbon escamota, c'est le mot, la place de premier ministre; comment les arrangements ministériels contenus dans le portefeuille que le duc d'Orléans devait porter à signer le jour même furent, dans ce portefeuille, tout autres le lendemain ; comment le précepteur du jeune roi, Fleury, pris à l'improviste , ne put suggérer qu'un