AYANT-PROPOS. XY
obstacle : c'était que le duc ne travaillerait jamais avec le roi que lui , Fleury, présent ; comment l'infante dont nous parlions tout à l'heure fut rendue à l'Espagne, et comment le roi Stanislas, qui n'aurait pu donner la moindre dot à sa fille , la vit monter sur le trône de France ; comment enfin, pour se soustraire à la tutelle importune de Fleury, le duc de Bourbon , se prévalant de son crédit auprès de la jeune reine, voulut, chez elle, parler seul au roi, et ce qui s'ensuivit. Un billet dicté au roi par le prélat, son précepteur, renferma la jeune reine dans le cercle étroit d'une représentation sans influence. Le duc de Bourbon n'en fut pas quitte à si bon compte : madame de Prie, sa maîtresse, donnait trop aisément prise contre lui.
Avantd'être ministre, le duc, qui avaitune petite maison rue Sainte-Apolline, y conduisait l'objet de ses soins dans une voiture de place du plus misérable aspect au dehors, mais dont l'intérieur, garni de velours et de brocart, était tout rehaussé d'or. Une fois au faîte du pouvoir, M. le Duc ne put pas réduire sa maîtresse à l'humilité d'un carrosse sans armoiries et d'une galanterie sans éclat; elle n'était pas moins ambitieuse que jolie. « Sa folie, dit un contem- « porain, était de gouverner l'État, et, quelque désir qu'elle « eût d'acquérir du bien, elle se serait contentée d'une « médiocre fortune pourvu qu'elle dominât. L'activité de « son esprit voulait de la pâture, et elle ne la trouvait que « dans les affaires ; un grand nombre de connaissances « superficielles lui faisait croire qu'elle en était capable , « et, parce qu'elle pouvait parler de tout avec beaucoup de « facilité et d'agrément , elle se persuadait qu'elle avait « approfondi des connaissances dont elle ne connaissait « tout au ptas que les définitions. Il est vrai que l'ambi-