IV AVANT-PROPOS
résultats d'une humeur conquérante dont le règne de Louis XV a porté la peine. — Quand un enfant s'assit sur un trône qu'avait si longtemps occupé le grand roi, quel spectacle offrait la France ? Des provinces dévastées, des champs sans culture, des places fortes démantelées, un trésor vide, une dette excessive, des revers cuisants, un peuple affamé, découragé, désabusé, poursuivant de ses malédictions et de ses moqueries (Richelieu va vous le certifier) le cercueil du conquérant qu'il accusait de ses malheurs; et ce peuple avait raison. Ces guerres si glorieusement soutenues n'avaient pour principes que l'orgueil , l'ambition, l'injustice. Je ne dis rien d'exagéré; il faut en avoir le cœur net, et passer en deux mots la revue de ces guerres; car, par leurs causes et par leurs résultats, elles tiennent plus qu'on ne pense à l'affaiblissement du pouvoir et de l'État sous Louis XV.
En traitant du mariage de Louis XIV et de l'infante d'Espagne Marie-Thérèse d'Autriche, Mazarin, avec l'astuce italienne, glisse, de dessein prémédité, dans le contrat , une clause qui doit devenir point litigieux et cause de rupture. Le cas si cauteleusement prévu se présente, et l'on court aux armes. Voilà l'Europe en feu, une première fois, pour une subtilité dont un gendre loyal, dans une condition privée, n'aurait osé se prévaloir. La seconde fois que s'allume la guerre; c'est pire. Dans son chatouilleux despotisme, l'orgueilleux souverain ne veut pas que la Hollande soit une république et qu'on ose y parler des rois avec une franchise austère. Que des milliers d'hommes périssent pour punir de leurs pesants bons mots d'insolents marchands de fromage ! C'est la locution du grand roi. Après bien du sang versé, des traités se concluent