‹ Mémoires du général Dumouriez pour servir à l'histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 4 sur 79 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. V

qui nous cèdent des villes ; mais, sous prétexte d'anciennes appartenances, Louis XIV, dès que les puissances ont désarmé, réunit de vastes territoires à ces [villes. La force appuie les interprétations de la mauvaise foi, et l'Europe, avec raison, se soulève contre cet art nouveau de conquérir en pleine paix.

Vient la guerre fanatique qui veut rétablir un roi malhabile, un catholique fourbe et menteur sur le trône protestant de l'Angleterre. De toutes ces guerres, celle de la succession d'Espagne, une fois la libre succession de Charles II acceptée, est peut-être la seule qui eut un motif fondé, juste, honorable et national. Elle fut, de toutes, la plus malheureuse ! C'est qu'une ambition sans limites, une volonté sans contrôle avaient dissipé, dans des guerres de fantaisies, les trésors d'hommes et d'argent, de dévouement et de courage, que la France eût retrouvés dans une lutte légitime et patriotique. Doutez-vous à présent que le règne absolu de Louis XIV n'ait préparé le règne avili de son successeur? Connaissez-vous des souverains que n'aient pas réduits à de fâcheux expédients ou d'humiliantes concessions l'importune gêne des finances? Et quels moyens de les rétablir dans un pays où les trois corps qui devaient le plus à l'État, la noblesse, le clergé, les parlements, se refusaient obstinément, comme les Mémoires qui suivent en offrent la preuve, à partager les charges publiques!

Telle est la situation déplorable dans laquelle Louis XIV laissa la France à sa mort. — Mais que parlons-nous de mort et de funérailles? que parlons-nous de charges publiques ? et qui se douterait qu'elles sont pesantes? Voici la Régence ! Place aux joies populaires, aux aristocratiques

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