AVANT-PROPOS VU
« de toutes ces dames, et je suis sûre qu'il n'aura que de « l'ingratitude pour les bontés de mon fils le régent. » — Franchement, ce qui courrouce la princesse contre Richelieu, ce ne sont pas les bontés du régent, mais les bontés d'une fille de ce prince, mademoiselle de Valois, dont les pieds avaient, sous les tables, des entretiens secrets et trop fréquents avec ceux de l'aimable duc. Le régent le rencontrait partout comme au sein de sa famille, bravant son autorité, traversant tous ses desseins , hostile à son gouvernement, et, pisque cela, lui enlevant ses maîtresses, ou consultant le même nécromancien que lui ; car, à cette singulière époque, ceux qui croyaient à peine en Dieu croyaient encore à la magie. Mais le plus étonnant magicien du temps, assurément ce fut Law.
Sous ses heureuses mains le cuivre devient or : le pouvoir de sa baguette fait du mendiant un Crésus, donne au laquais l'hôtel de son maître ou transforme un duc et pair en accapareur. Femmes, enfants, vieillards, gens du peuple, provinciaux, gens de cour sont tous également sous le charme ; tous veulent boire dans la coupe enchantée. Que d'innocences perdues , de fois trahies, de larcins faits, de bassesses commises, des crimes tentés pour satisfaire un moment cette ardente soif des richesses! Afin de l'irriter sans cesse l'enchanteur variait, multipliait ses prestiges. Quand, pour le nommer procureur général, on le fit à la fois, de calviniste et d'étranger qu'il était, Français et catholique , il donna cent mille écus pour aider à bâtir Saint-Roch; les dévots applaudirent à ce pieux emploi du système. La cour, qui n'était pas dévote, il s'en faut, se précipitait au bal de l'Opéra. Ces bals n'étaient éclairés encore qu'avec des chandelles. Quelle pitié!
VIII AYAÏNT-PKOPOS.
Law les fit éclairer en bougies : ce fut un succès fou.
On dansait au théâtre, à la ville, à la cour, en tous lieux ; mais unescèneimprévue troubla, pour un moment, ces plaisirs. J'emprunte le récit qui suit à la correspondance de la princesse palatine, mère du régent : « Le 1 7 du mois de fé- « vrier il y a eu une chose terrible à un bal masqué : six « masques sont arrivés ; deux portaient des flambeaux et « quatre un brancard sur lequel était un homme masqué « et couvert d'un domino; ils l'ont posé au milieu de la « salle et se sont retirés. On a demandé au masque qui « était sur le brancard s'il voulait danser, mais il n'a pas « répondu ; on lui ôte le masque de dessus la figure : c'é- « tait un cadavre ! » Cette exécrable facétie (je la cite à dessein) ne ralentit pas un moment l'ardeur des plaisirs et le jeu forcené des actions. Dans ce temple en papier qu'il élevait à la Fortune, Law devenait le dispensateur unique de ses dons. On employait mille ruses, on bravait toute bienséance pour lui parler un seul instant ; on gagnait ses gens à prix d'or, et ses gens eux-mêmes étaient de riches financiers. Son cocher vint un jour le prévenir qu'il se retirait dans ses terres. — « Mais quel cocher montera sur k ton siège à ta place ? — En voici deux dont je réponds. — « Mènent-ils bien? — S'ils mènent bien ! Celui dont vous « ne voudrez pas, je le prends pour moi. »
Ceci nous conduit à l'agiotage. Je n'en dirai que quelques mots : on trouve à ce sujet tant de détails en tous lieux! a Trois ducs, dit un témoin oculaire, ont fait, selon « moi, des choses indignes : le duc d'Antin , qui est fils de « la Montespan; le duc maréchal d'Estrées et le duc de la « Force. Le premier a acheté toutes les étoffes afin de les « revendre plus cher ; le second, tout le café et tout le cho~