‹ Mémoires du général Dumouriez pour servir à l'histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 61 sur 79 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Intrigues des seigneurs de la cour, instruits de l'aventure de madame Paulmier, pour donner au roi une maîtresse reconnue. — Caractère de madame Portail, rebutée par Louis XV. — Intrigues de madame la Duchesse, de Fleury, de Bontemps, de Le Bel et de madame Tencin pour donner au roi une maîtresse reconnue. — On jette les yeux sur

■ madame de Mail! y.

L'anecdote de madame Paulmier et quelques autres de ce genre apprirent aux courtisans que le temps était arrivé de donner une maîtresse à Louis XV , afin d'asseoir sur un objet connu et déterminé leur ambition et leurs vues. Chaque parti de la cour présentant une femme à l'envi , il en parut de toutes les sortes , depuis mademoiselle de Charolais et madame de Rohan jusqu'à de petites filles.

Le duc de Richelieu, qui voulait jouer un rôle, produisit madame Portail, et les valets de chambre furent chargés du détail de la première entrevue ; mais le roi ( malgré l'anecdote nocturne de madame Paulmier) était trop délicat sur les convenances. Il redouta le caractère de madame Portail , malicieuse , coquette et un peu folle ; il ne voulut plus la revoir, et dit à Lugeac de prendre sa place, parce que madame Portail avait, disaitil, à son cou une difformité désagréable. Lugeac, dans un lieu obscur, trompa Richelieu et madame Portail , qui obtint de Fleury qu'une pension de deux mille écus serait sa récompense.

Fière cependant de son aventure momentanée, madame Portail donna dès ce moment un libre essor à sa vie libertine ; elle parut amoureuse de tous les seigneurs du temps ; aucun de son quartier ne lui échappa. On remarqua qu'elle avait fait le tour de la place Royale sans intercaler, et l'intrigue du duc de Richelieu en sa faveur donna une telle inquiétude aux ministres

et aux courtisans que chacun à. l'envi s'empressa de proclamer ses aventures pour qu'elle ne reparût pas davantage au château. Maurepas, jaloux de Richelieu et détestant les femmes que le duc aimait , surprit au roi l'ordre de la renfermer et se donna le plaisir d'aller lui-même chez elle pour le lui faire connaître. Il lui dit d'abord qu'elle ferait bien de se mettre dans un couvent , et , comme elle ne voulait pas se rendre à la première invitation, Maurepas lui en donna l'ordre. Elle fut ensuite juridiquement accusée d'un grand crime, et jetée au donjon de Vincennes eu 1746. Elle en sortit par la protection de madame de Pompadour, qui , protégeant tout ce qui était haï de Maurepas , lui fit rendre sa liberté ; ce qui donna une telle inquiétude au premier président , ravi de voir sa femme renfermée , qu'il abandonna sa place , pour n'être pas obligé, disaient ses confrères , de montrer , à chaque séance du parlement , un front des plus ornés , et pour se délivrer d'ailleurs des affaires épineuses qui s'élevèrent alors au parlement : il en coûta donc l'honneur et la liberté à la première des femmes qui avait osé, malgré Fleury, jeter publiquement ses regards sur la personne du roi.

Mademoiselle, qui allait tous les jours chez le cardinal de Fleury, et qui avait avec lui de longs entretiens , essaya alors de donner au roi madame d'Ancezune ; mais le précepteur, traversant encore cette liaison, obligea son mari de la conduire à sa terre de Sézanne pour six semaines. A vingt-sept ans le roi était encore dans l'enfance.

C'est dans cette circonstance que madame la Duchesse , le parti du cardinal de Fleury, Bontemps , Le Bel et Bachelier se réunirent en faveur de madame de Mailly, l'une des femmes qui avaient déjà plu au roi. Ce prince regardait encore la détermination d'avouer une favorite comme un grand événement en France , comme une espèce de révolution dangereuse , capable de diviser sa cour et de lui ôter une partie de l'affection de ses sujets; en sorte que ce prince fut longtemps tourmenté

de ses désirs et de la crainte de déplaire à la nation ; mais les intrigues sourdes des courtisans , qui brûlaient de savoir à quoi s'en tenir sur l'objet de ses amours, l'emportèrent. Le roi, depuis longtemps , aimait madame de Mailly secrètement ; Fleury et sa faction en étaient instruits , et , cette dame ayant été surprise un soir dans un escalier dérobé montant chez le roi , conduite par Bachelier, cette circonstance détermina la déclaration des amours du monarque-, comme nous le verrons ; mais ne précipitons point nos pas. Madame de Mailly fut la première des quatre sœurs que le roi aima. Il est nécessaire de parler de la famille.

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