‹ Mémoires du général Dumouriez pour servir à l'histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 62 sur 79 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Anecdotes sur la maison de Mailly — Mœurs de la haute noblesse française avant sa dépravation dans la cour de nos rois. — Caractère de madame de Nesle, née Coligny; de sa belle-fille, née La Porte-Mazarin et mère des quatre fameuses favorites ckj Louis XV.

La maison de Mailly ( connue dans l'histoire de France dès le milieu du onzième siècle dans la personne d'Anselme de Mailly, tuteur du comte de Flandre, gouverneur de ses Etats et tué au siège de Lille) avait conservé cette fierté militaire que donnait en France une origine aussi distinguée. Cette ancienneté d'extraction ne lui était point contestée , et le nombre de ses branches , ses alliances et ses emplois dans l'État avaient tellement élevé le sentiment de son extraction que tous les Mailly avaient placé sur leurs portes leurs armes aux trois maillets, avec cette superbe devise : Hogne qui vounra..

Les mœurs des seigneurs qui composaient les différentes branches des Mailly ne représentaient plus cependant celles de l'ancien temps. Les cours corrompues de nos rois, qui avaient tout altéré et changé les seigneurs français en courtisans, avaient substitué dans la noblesse française un libertinage de cour bien différent de cette galanterie chevaleresque qu'on ne trouvait plus que dans nos chroniques. Deux femmes, Marie de Coligny et madame de Nesle, née La Porte-Mazarin, avaient introduit chez les Mailly de Nesle ces mœurs de la cour moderne.

La première, mariée très-jeune, sous Louis XIV, au marquis de Nesle , douée d'une rare beauté , ayant un esprit orné de toutes sortes de connaissances , avait été d'abord si éperdûment amoureuse du marquis son époux qu'elle était citée comme un exemple d'amour et d'union, et, son mari étant mort

à Tâge de trente-six ans, en 1688, au siège de Philisbourg, elle en fut si inconsolable que , s'abandonnant à sa douleur profonde , elle avala peu à peu , comme une autre Artémise , les cendres de tout ce qui lui arriva de l'armée et qui avait appartenu à son époux. Mais, autant sa douleur avait été extrême, autant l'oubli de ses devoirs fut scandaleux et prompt; elle imita les dames de la cour ses contemporaines , et finit par se marier avec Albergotti.

Son fils, le marquis Louis 111 de Nesle, épousa, en 1709, mademoiselle de La Porte-Mazarin, dont la galanterie est connue. La reine, dont elle était une des dames du palais, affectait d'exiger d'elle de longues lectures quand elle devait s'échapper pour aller à quelque fête. Elle prenait alors plaisir à se faire MreY Imitation de Jésus-Christ, l'Écriture sainte, etquelquefois l'Histoire de France, par amusement. Elle mourut en 1729, laissant cinq filles, qui attirèrent les regards du roi Louis XV.

La première, Louise- Julie, épousa Louis- Alexandre de Mailly, son cousin, en 1726, et mourut en 1751. C'est la première, et l'aînée des sœurs, qui fut aimée du roi.

La seconde, Pauline-Félicité, épousa Félix de Vintimille et mourut en 1741.

La troisième, Diane-Adélaïde, née en 1714, épousa, en 1742, Louis de Brancas, duc de Lauraguais.

La quatrième, Hortense-Félicité , épousa , en 1739, le marquis de Flavacourt ; elle vit en 1791.

La cinquième, Marie- Anne , épousa, en 1734, le marquis de La Tournelle, mort en 1740. Elle survécut quatre ans, étant morte en 1744 , le 23 novembre, sous le nom de duchesse de Châteauroux.

Page 1