X AVANT-PROPOS
moins que le duc de la Force , un allié des Montmorency, le comte deHorn, ne dérogeait-il pas jusqu'à l'assassinat ? Et tout cela, monopole, agiotage, bassesse, crime, dans quel but ? pour se plonger, avec pleine licence , au milieu des plaisirs effrénés dont la fin sombre , dévote, mais toujours absolue du règne de Louis XIV, avait, par la contrainte, sevré tous les penchants. Déjà, pendant les dernières années du grand roi , gens de cour, gens d'Église , prudemment hostiles au pouvoir, aux mœurs, à la religion, s'enfermaient pour être , à huis clos , impies avec grâce et séditieux avec sécurité. On aurait tort de croire cependant que la cour ne vit, sous la Régence, qu'hommes sans principes et femmes sans pudeur, dignes de s'associer aux orgies officielles du Palais-Royal ou de Saint-Cloud. Pleins des souvenirs d'un autre règne , quelques seigneurs en avaient conservé, dans leurs salons, la politesse aimable et la gaieté décente. L'esprit, la naissance, le bon goût, les talents se donnaient rendez-vous à l'hôtel de Sully. Jamais, à ce qu'il paraîtrait, société ne fut mieux choisie ni plus variée; les caractères y étaient différents sans être opposés ; le savoir s'y montrait sans pédantisme ; la liberté qu'autorisaient les mœurs y était tempérée par les bienséances. « M. de Sully, a-t-on dit, se ressentait d'avoir « vécu avec des gens d'esprit comme un flacon retient « longtemps l'odeur d'un parfum qu'on y a versé. » Or, et c'était le point important, le duc choisissait bien ses parfums. On voyait chez lui M. de Caumartin, ancien intendant des finances; l'abbé de Bussi, depuis évêque de Blois, celui dont un poète a dit :
Les Grâces, avec complaisance, Vous suivront en petit collet ;