LIV. I. — CÏÏAP. IX. J
dressa en six colonnes , y ayant inséré la France. Ce rapprochement raisonné des ordonnances , avec des dissertations sur les différences de chaque génie national , qui y nécessitent des variétés ou des oppositions, rendaient cet ouvrage instructif; il est perdu.
M. de Monleynard était un ministre médiocre, mais très-sage , très-honnête homme, et très-appliqué. 11 avait fort bien fait la guerre ; il était bon officier d'état-major, et connaissait bien les détails des armées : mais, hors de son affaire militaire, il ne savait rien du tout. Il n'était pas d'âge à étudier le droit public et les intérêts des nations ; il n'en aurait même pas eu le temps. Connaissant sa propre faiblesse à cet égard , il en parlait souvent à Dumouriez dans leurs conférences particulières ; ils travaillaient fréquemment ensemble sur cette matière; et, pour la lui rendre plus intelligible, il fît pour lui un petit ouvrage intitulé Tableau spéculatif de V Europe , dont Louis XV eut une copie, qui lui donna pour Fauteur une prédilection qui lui valut la Bastille.
Ce fut aussi cette même année qu'il ébaucha , avec Guibert et Delille , l'ancien régisseur des vivres de la Corse , un travail sur les états généraux, dont les gens prévoyants jugeaient alors qu'on aurait besoin. Aucun des trois ne pouvait imaginer qu'un jour cette ressource précieuse serait la cause des maux épouvantables de la France r.
Tous les hommes de la société spirituelle , savante et aimable dans laquelle il vivait alors, sont morts : heureux la plupart d'entre eux , qui n'ont pas vu la révolution ! Ceux qu'il a fréquentés depuis , Bailly , Champfort et autres , en ont été les tristes victimes. Tous ses amis, ses parents , ses compagnons d'armes, sont massacrés ou errants. Ce Paris , séjour alors de l'esprit et de la philosophie, est devenu le cloaque de tous les crimes. Le sang a inondé toutes les rues où il a marché; le pillage a dévasté tou-
1 II serait possible de soutenir que haut, et doit être cherchée plus loin,
la convocation des états généraux de Dumouriez paraît tomber ici dans une
France fut l'occasion de la révolution erreur très-commune parmi les adver-
f'rauçaise, et des maux qu'elle a entrai- saires du nouvel ordre de choses amené
nés aprèa elle. Mais il semble que la par la révolution française,
cause de cette révolution date de plus {Note de l'éditeur, )
tes les maisons où il a vécu. Il n'y retrouverait pas un visage de connaissance. La licence atroce y tient tous les habitants dans la terreur. Excepté les sans -culottes, tout le monde crie vive la liberté! en tremblant devant la guillotine. Il cherche sa patrie, il ne voit que des décombres. Il cherche des Français , il ne voit que des sauvages féroces, couverts de sang. Malheureux émigrés , cessez de vous reprocher les uns aux autres tous les maux qui vous accablent ! Tous les Français de tous les partis ont des torts, et ont fait des fautes. Qu'une indulgence mutuelle les prépare à se réunir, quand ce déluge de sang et de crimes sera passé! Il est trop âgé pour espérer voir la France régénérée; quel que soit le sort qui l'attende , il mourra libre , car on ne peut pas enchaîner son âme; et son dernier vœu sera pour sa patrie et pour ses compatriotes, de quelque opinion qu'ils soient, excepté pour les scélérats et lestvrans.