‹ Mémoires du général Dumouriez pour servir à l'histoire de la Convention nationaleChapitre 66 sur 88 · LIV. III. — CHAJP. XIII · texte numérisé non relu

LIV. III. — CHAJP. XIII

•niais la peur des Prussiens occupait encore bien plus les esprits. Dumouriez écrivit au ministre qu'il fallait renvoyer à l'armée du Nord la Bourdonnaye avec la patente de général en chef, et envoyer dans ce département tous les bataillons du rassemblement de Soissons , qu'on distribuerait dans les places ; que la Bourdonnaye observerait les projets de l'ennemi ; qu'il tirerait des places les moins menacées quelques troupes pour former un petit camp volant , avec lequel il voltigerait et inquiéterait le duc deTeschen, s'il entrait en corps d'armée; que quant au pillage, c'était un malheur dont la nation dédommagerait les habitants.

Quinze jours après , le duc Albert , pour faire une diversion utile , et peut être sur de faux renseignements , se présenta devant Lille avec vingt-cinq mille hommes et une nombreuse artillerie. Il ne prétendit pas l'assiéger, il avait trop peu de troupes ; mais un coup de main pouvait réussir. La garnison était faible, l'anarchie y était à son comble. Ruault, commandant de la place, Champmorin, directeur du génie, Guiscard , colonel d'artillerie, étaient bien en état de la défendre; mais ils n'étaient pas obéis. Le duc Albert prit le parti de lui faire supporter un violent bombardement.

Cette espèce de siège de Lille était dans sa plus grande force à l'époque de la retraite des Prussiens: ainsi le général était trèspressé d'aller délivrer cette place importante. Plus la ville était considérable, plus il craignait l'exemple de Longwy et Verdun. Si cette capitale de la Flandre eût été prise, il eût fallu plus de cent mille hommes et six mois pour la reprendre. Le peuple ingrat eût oublié sa délivrance des Prussiens, et l'eût rendu. responsable des événements qui se passsaient à quatre-vingts lieues de lui. Enfin il était bien plus important pour la France de sauver Lille que de poursuivre les Prussiens ; et c'est ce qui détermina Dumouriez à abandonner cette poursuite à Kellermann, et à marcher lui-même en Flandre.

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