‹ Mémoires du Général HugoChapitre 13 sur 95 · XL1V PRÉCIS · texte numérisé non relu

XL1V PRÉCIS

Sur ces entrefaites . les habitans de: la ville, et les paysans des environs, s'eCaient portés à la maison du Prince dé la Paix. Us forcent V à main armée, la garde du favori, brisent lés portes i^ se répandea^t dans les ap^ parteinetisycheréhant à gràndà cris l'objet de leur haine:* Celui-ci avait heureusement disparu. Alors après avoir livre aux ftammea les meubles qu'ils cornsidèrent comme mmU les, par l'usage c|ue Godôy ena &!îtv' ii^ s'attroupent devant le palais dii roi, eià ci*iaat : <i Poiat de Godoy , point de voyage ij ». et eu . ténaoignant néanmoins ,i lau milieu de la plus grande effervescence:^, ma profond respect pour le souverain.

: >Les conseils .des ministres s'unissent dans le château , aux clameui^ que pousse, eb de-^' hors , le peuplé révolté. Ils demandent c&spectueusement au monarque le renvoi, dk Prince de la Paix. Le roi, avant de se décider à de pénible sacrifice , fait venir le>pîrin€e des Asttiries, et le prie de paraître sur le balcoix royal pour appaiser la sédition par ses discours; Ferdinand refuse, en prétextant, avec raison, que sa présence, au lieu de calmer^ le tumulte, contribuerait à l'augmenter.

HISTORIQUE. XVf

Gbarles IV jette un regard sur les officiers de ses gardes ^ pour voir s'il y trouvera le dévouement dont il a besoin^ leur morne si; lence et leur attitude emhiarrassée lui font assez comprendre qu'il ne doit rien attendre d'eux ^ dans la cisconstance présente; il se tait, parait: méditer un moment, donne à voix basse quelques ordres à un des officiers de sa maison (*) , puis , sans Êiire aucun rer proche à jcehx qui l'entourent , il conmiande qu'on le conduise sur le balcon du palais.

Une .foule inmiense et tumultueuse couvrait l$L plàde;* lorsqu'elle aperçut les flàm^ beauîi • briHw aux fenêtres du palais, et qu'elle vit son vieux monarque debout sur lebalcon , elle fit rëtentijr l'air dé vives acclamations. Le roi fit signe qu'il voulait parler; soudain, auX' clameurs^ succéda un silence respectueux* Alots Ghairles IV; déclara -qu'il venait de décharger lèPrince de la Paix de la diarge de généraE^ipiei. de .terre et de

(*) Ces. ordres portaiept qim'il fallait feîre^protéger, par» un régiment dévoué , la route d'Andalousie. Charles IV pensait que son favori , dont on n^avail pas dé nouvelles, avait dirigé! sa fuite vers cétlfe province.

xtn pRias

mer, : de la nomination à tous les einplois , du droit de faire la paix et la. guerre, et qu'il venait de l'éloigner de. sfi[> personne, voulant veiller , par lui-même , au' bonheur de son peuple. Dtes cris de joie interrompis^ rent le monarque à ces paroles ocmsoLantes;^ les acclamations redoTiblèrent lorsque sa itiajesté annonça que le voyage projeté n'aurait pas lieu, et qu'elle voulait, ainsi que^sa fa^ niille, vivre et mourir au milieui*: dd . ses sujets. / i • ■■' \':

Ce discours calma la révolte ^omm^ par enchantement, et la foule satis&rit^ »kûi^ persa en faisant retentir l'air de cris^ d'allégresse et de bénédiction, * ' ; -

La. conduite du peuple et des, solda^^ pendant ce premier mouvement d'AranjùeZt est susceptible , va la fois, d'excuse et de blâme. Lasédîtion ëtaitnoblb dans son but ;^ mais , comme toute éldition , coupable dans ses moyens. Quelques* ministres , hoimnes d'État, ont improuvé vivement, quoique ennemis personnels du Prince de la Paix , la violence morale exercée sur le soùvérain ^ijl^ais FEspagne dont le renvoi du favori combla les vœAx^ a, par son apprpr

l HI8TOBIQUB. UYlt

bation unaniine^ absous la révolte gui en fut la cause...

Après la ï^traitè des séditieux , la garde avait conservé ses rangs et ses armes ,' leè ministres étaient demeurés assemblés dani^ le palais ; mais aucun mouvement lie troubla la tranquillité , pendant le resté' d'é la nuit. Arahjuez se montra calme encore pendant la journée du i8 et le commencement de la matinée du 19. ' '*

DEUXIEME MQUVEMËNT nÀRÀNiUËZ. ' — ifcBDL-

CATIOIf DE CHARLES IV,

, On croyait la sédition appaisee. Les ministres , après être restés deux j ours entiers auprès du roi , venaient de fe quitter, /tout à coup vers neuf heures du matin , le ttfmulte recommence , les citoyéni^ reprennent les armes et courent dans les rues en criàfat :

• ' ' « ^ -'il

Godoy est retrozwé / Ce noiù. ranime la fureur populaire ; et les clameurs des rj^vôïtés retentissent jusque sous les voûtes du palais.

Le malheureux favori , au moment où là foule s'était ruée dans sa maison , avait abandonné son lit et s'était caché plein de fràyteuï'

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dans un des greniers; là^ roulé dans une natte de sparterîe, il avait échappé au fer des enragés , dont les hurlemens arrivaient jusqu'à lui. Il avait passé trente six heures dan» cette terrible situation. Enfin le bruit ayant cessé • il s'était hasardé à sortir de sa retraite; mais, rfeconnu presque aussitôt^ il venait d'être blessé à la tête, malgré le secours de quelques soldats qui l'avaient entouré, pour le conduire en lieu de sûreté. S^ vie était en danger; la foule, toujours croissante, empêchait les soldats d'avancer; et les plus furieux, pa:rmi le peuple^ parlaient déjà d'égorger et le favori et les soldats qui le protégeaient.

, La reinç prçycinue du péril du Prince de. la Paix, courut . aussitôt chez son fils, et. le supplia d'arracher l'infortuné Godoy au sort te^rrible que lui réservait une populace effrénée. Ferdinand accéda aux désirs de sa II».

mère : il consentit à sauver les jours de celui qui avait voulu le faire périr sur l'échafaud. Il sortit du château , se fit jour à travers le peuple que ses exhortations appaisèrent peu à peu , parvint à arracher le favori aux mains de ceux qui le maltraitaient , et <|

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le plaçant sons la protection des gardes du corps , il lui dit ces mots : a Godoy , je te donne la vie. » Le malheureux blesse ^ sans répondre ) saisit avec irivacitë la main du prince et la baisa avec transport.

Aussitôt que Godoy fut entre dans le quartier des gardes du corps où sa vie était en sûreté , la foule, après avoir fait retentir lair d'acclamations en l'honneur de ses souverains, se dispersa entièrement. A midi Tordre était rétabli dans toute la ville.

Sur les deux heures , et d'après les instances de la reine, le prince des Asturîes rendit visite au favori dans sa prison , et lui réitéra l'assurance qu'il lui serait fait grâce de la vie. Depuis le procès de l'Escurîal, Godoy était en effet sous le poids d'une accusation capitale.

Le iriême jour , vers les quatre heures du soir, alors que la tranquillité rétablie continuait à régner dans Aranjuez, le roi Charles IV fit venir don Pedro Cevallôs , son secrétaire d'état (*), et, s'enfermant avec

(*) 6. Pedro Gcvallos , dont Thabileté et les talens sont eoDnua'âànstoaterEurope, était allié à la famille du Prince '4is la Paix.

lui dapâ son^ cabinet , ii lui rappela ce qu'il avait déjà dit plusiews fois les années pvéce^ dentés ^ soit à lui., soit à d autces personnages y que sa santé lui rendait trop pénibles les fatigues de la royauté et qu'il avait besoin de repos : il lui déclara ensuite que ne pouvant plus se décharger du £Eirdeau du gouvernemen:t sur un sujet de son choix (*), il avait fon^ le dessein de renoncer à la couronna en faveur de son légitime héritier le prince des Ai^turies. Don Pedro Cevallos reçut, en outre, du vieux monarque, l'ordre de rédiger, suivant les formes usitées, l'acte d'abdication , et de le lui apporter ensuite à signer.

Cet acte fut ainsi conçu :

« Les infirmités qui m'accablent , depuis si loog « temps , ne me permettent plus de supporter le far- « deau du gouvernement de mes peuples, et j'ai be-

(*) Le roi faisait sans doute allusion à don Manael Godoy^ en faveur de qui (ainsi que le représenta judicieusement M. Escoîquiz à Napoléon) il avait abdiqué son autorité, sinon de droit, du moins de fait. La cession de la couronne à Ferdinand ne faisait que t^^x^" mettre le pouvoir à celui qui en était légitime héritier*

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