HISTORIQUE. LXXXIX
faut cp'un citoyen soit toujours prêt à mou* rir pour défendre les droits d'un monarque ; mais il fout aussi que le monarque sache mourir^ au besoin , pour défendre les droits de sa couronne, et l'indépendance de la patrie* »
Cette doctrine avait un grand nombre de partisans. Un peuple, cédé ou vendu , comme un troupeau , prend , quelquefois , les sentimens de sa position ; pomme un troupeau , il ne reconnaît de pasteur que celui qui le dé^md et le guide ; à ses yeux , le possesseur du sceptre est roi.
Si , lorsque Napoléon ofïrit à sa majesté Louis XVIII une pension, en échange des droits imprescriptibles de ses a'ieux , ce monarque , vaincu par la fortune , avait signé lâchement sa propre déchéance, croît- on qua la restauration il aurait retrouvé ces droits encore debout , au milieu des ruines de notre antique monarchie ? Dans son noble refiis, S. M., répétant, avec François I^'^, Tout est perdu /ors rhonneur, savait que Fhonneur , gardien sacré de la royauté , conserverait la légitimité dans tous les cœurs.
En noffjplif^ p^. la Fraaqçii le oi ne^pou? v^it pjta êjtrQ publia p4r elle.
, Abai)(iami?e pw se» tqï»^ TE^pagae iut ai; moment; de les délaisser k «on tour; li» bre 4ao9 300 obéia^anç^, par la renoncia-» tion de Charles IV, et par celle de Fcrdi-» nand^ elle pouvait, san^ honte, céder aux armes tqujoUrs victorieuses de Napoléou , et recevoir, du vainqueur de l'J^uropeiUQ souverain et des loia. Joseph y fut doRc reçu ^vec des transports unanimes, Les qualité» aimables du nouveau souverain, adoucisr
saient ce que les lois de la nécessite avaient ^ de trop dur. Car^ en 1B08, aucun Espapiol raisonnable n'aurait osé espérer une. résis-* tance heureuse aux armes de Napoléon (*). Avant laffaire de Baylen , Topinion était la même chez tous les Espagnols, soit quiU fussent attachés à lancienne dynjtstie par des regrets, ou entraînés vers la nouvelle pat
{*) Ko i8o8> la partie dIspooîblQ de Tannée espa-^ guQle ne s'élevait paf à \ii)gt mMe Qomhajtiam^ ; et Na-» poléoii pouvait réupir sous les drapeaux, -comme alli^i^ eu- comme sujets, les soldats de toute l'Europe contîaenlialei
HUTOIXQUB. ZCI
dM egjpévaaces. Tous voyaient^ dans Joseph^ le seul protecteur fbtut de la patrie , et tous ^aieut disposes à le servir avec déveaement : bi conduite de «eux même qui se sont ranges ecnitre lui^ après la capitulation de 3aylcn ^ «t offre la preuye. Il faut eroire à la sincérité de leurs protestations^ pour ne pas être eblî^ de ks accuser d'une perfidie indig&e de gens d'I^onneur.
L'orgueil national fut ei&altë par la yictoire de Castanos; des lors Teflqp^'rapice ài$ résister à Napoléon fut conçue : TAnglet^rrie oiTrit son appui. On Taccepta : en ce moment la trahison deBayonne fut dévoilée par le tnanifeste de D. Pedro Gevallds (*), elle excita au plus haut degré l'indignation populaire^ et depuis fers sèulemeut la nation fut divisée en deux partis ^ celui de U guerre et celui de la paix. Le pretttier se sépara de Josef;^
^^m^^Êm^i^mlmtat
O Sans Tatfaire de Baylen, qui Causa la retraite du r«i Joseph 4 YlUoria ,.le manifeste de M. Cevallos n'aurait point été publié, la connaissance des événemens de Bayonne ne ;serajt pas devenue populaire 9 et la masse de la nation^ ignorant ce qui s'était passé, aurait imité les gninds et les nplables , et donné sa foi au frèfe de Kapoléon.^
XCII PHEGIS .
après lui avoir juré fidélité : le secoad resta fidèle à son serment , convaincu d'ailleurs qu'un trion^he unique ne suffisait pas pour arrêter la marche conquérante de Napoléoot
La victoire de Baylen' fit naître l'insurrection espagnole ; néanmoins ce serait une erreur de croire que la résistance populaire ait suffi pour chasser les Français de la Péninsule. Malgré l'aide des soldats de l'Angleterre, malgré les divisions scandaleuses de quelques généraux français, secours inattendu pour l'ennemi, le gouvernement insurrectionnel aurait vu enfin Joseph affermi sur son trèfle et l'Espagne pacifiée (*) sans les désastres de la campagne de Russie , qui en obligeant Napoléon à rappeler sçs vieux soldats , aâaiblirent l'ariftée française à un tel point que l'occupation delà Péninsule devint impossible au petit nombre de braves qui y restaient. Ce fut la chute de Napoléon, et non pas la résistance des
{*) Deux divisions de Târmée espagnole insurgée étaient^ en i8i5, même après l'affaire des Arapyles, en pourparlers pour faire ieu^ soumission au roi Joseph. ( F. le tome m des Mémoire» du générai Hugo.)
HISTORIQUE. XClll
Espagnols qui rendit la liberté à l'Ëspagtie et la couronne à Ferdinand. Cette rësistaûce n'a même pu contribuer que d'une manière très secondaire au grand événement qui a ébangé la face du monde* Il fallait la conjuration des ëlémens, les glaces de la Russie et les armes de l'Europe entière pour renverser le colosse impérial. Alors seulement délivrées de son poids , l'Espagne qui avait ccHnbattu ^ la Hollande et l'Italie qui s'étaient soumises sans combat, recouvrèrent leur indépendance.
CoffnurrE jdx Joseph Napoléon shtr le trôice.
— Son Caractère.
Les Espagnols qui reconnurent la nouvelle dynastie, voulaient épargner à leur patrie les malheurs de la guerre et les ravages de l'invasion ; ils cherchaient à conserver l'intégrité du territoire national. L'attachement qu'ils témoignèrent à Joseph, fut d'ailleurs justifié par la conduite de ce monarque. On a loué, et avec raison , le roi Louis Napoléon , d'avoir, étant souverain de la Hollande, embrassé et défendu contre l'ambition de l'empereur son
XCIT PKÉCIS ^
frëre ^ les intwèts de son royaume* Joseph rtiërite de pareils éloges.
Roi d'Espagne, il était devenu Espagnol lui-même. Il s'était entouré de ses nouveaux
sujets; sa cour, à l'exception de quelques généraux français, attachés depuis long-temps à sa fortune , ne renfermait que des Espagnols. Les grands officiers de la couronne , le* premiers officiers de son palais , sauf les généraux dont j'ai parlé, avaient tous été choisis dans tes familles illustres de l'Espagne* Ne voulant rien changer au sort des Espagnols , attachés aux deux rois ses prédécesseurs , il avait admis dans sa maison tous ceux d'entre eux qui lui avaient offert leurs services ; les pages au nombre de quarante , que leurs fonctions particulières attachaient àsapersonne,étaientEspagnols,tous,excepté.
un seul (*).
(*) Parmi ces jeunes gens des premières maisons de HËspegne, ou remarquait même les fils de quelque»nos dee généraux însvirfés; losepb* ne çplisidéir^nt p»» eeff enfa«s comme responsables de la conduite ,de leiu^ parens, leur accordait la même bienveillance qu'aux fil» de ses sujets les plus dévoués ; égaux en faveur et en privilèges à.lom leurs c»m«i^rttd«ps, qudnd leu^ t<Mt à&
La. garde durbi Joaeph k composait tomme celle des rois Charles JV et Fetdi«nand VU ^ de régimMis espagnols et de rogimens étrangers (*).
Pendant son règne ^ aucun Français ne fut revêtu des importantes fonctions du* ministère. Elles furent exclusivement r^ervëes aax£spagnols(*^).Tous les tribunaux, toutes les municipal litës, tous les ëtablissèmens ci-* vils^ le conseil d'état, les conseils du comnieroe^ n'étaient, remplis que d'Espagnols^ Les Français n'occupaient que les dignités militaires^ oii néanmoins l'on remarquait encore up grand nombre d'Espagnols.
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service arrivait, ils accompagnaient le roi dans ses promenades solitaires à la Casa dtl Campa f et, dans les parties de chassa, avaient, onmiM les autres, le soin de dkargcr lu cav^bine royale.
(*) les régiibeiis étrangers étafeot suisses ou wallons 4ii temps de Charles IV. Pendant le règne de Joseph, ils se recrutèrent parmi les soldats français. Le capitaine générai de sa garde était espagnol.
(**) Les ministres de Joseph avaient, tous ^té minisltes ou conseillers d*état sous le règne des Bourbons. Ce furent MM. Cevallos, A2an2a, O-ParrlH, Crquljo, Gabar-^ rus, lov^Uanos, Maaarredo, Atmenara, ete«