‹ Mémoires du Général HugoChapitre 30 sur 95 · CHAPITRE ly · texte numérisé non relu

CHAPITRE ly

Somoficm. — Priie de Madrid. — G. ëatîon de Aoyal^Étranger . •^ L'Escurid. — Assassinats. -^ Exemples,

Le centre de l'armée française, resté maître dès défilés de la Sierra (*) de Pancorbo, ne devait trouver d'obstacles, en débouchant en forces de sa ligne de TEbre , que sur le Duero et la Pîsuei^a; ces obstacles franchis y on pouvait lui en présenter de plus dijBSciles , dans la chaîne dés Monts Garpentins(**), dont la barrière granitique divise les GastHles , et qui n'offrait alors de passage pour rartillerie, qu'au Puerto de Gua* darama , au pied septentrional duquel viennent, se réunir , à la Venta de Saint-Raphael (***) , les deux grandes communications de Valladolid avec la capitale ; et au Puerto (****) de Somosierra, où passé la grande route de Bui^os à Madrid par Âranda de Duero. Un troisième dé-

(*) Chaîne de montagnes^

(**) Monts Guadarama, aussi nommés GarpentanôSv

(***) Auberge isolée.

(****) Col, passage praticable dans une niontagnç^

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bouché carrossable pouvait s'ouvrir devant une armée : c'est la route qui conduit de Ségovie à la maison royale de Saint-Ildephonse , et de Saint- Ildephonse à Madrid {*).

Les posHibns de Guadarama et de Soœosierr» étaient retranchées avec soin dans leur partie la plus élevée ; la première , par de profondes coupures et des redoutes ^ près du Mon qui sert de bornes dux deux grandes provinces de Vieille et de Nouvelle-Castille ; la seconde , par un re-* trancfaement transversal , hérissé d'ixne nom^^ breuse artillerie ^ qui foudroyait la route de Tëttoite vallée^ Les tirailleurs pouvaient débor^ der led fl^tics de cette derrière , la plonger et la prendre bientôt à revers. Des tirailleurs pouvaient aussi ftranehirle Guadarama , mais iLleui^ était inJpos^le de plqnger dan^ les^ redoutes^

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(*) Cette chaîne de montagnes a quelques autre» puertosy les uns praticables seulènient pour dés homnïés à pied^ les autres où l'on' peut passer aveo des lavt^ lets johargéi ; mais, à Tépoque dont |e parte, on. n'y connaissait de communications carrossables qyQ cdles de Guadarama et Somosîerra. Depuis lors j'ai fait élargir quelques sentiers dans la partie de ces montagnes qui sépare la province d'Avîla de celle de Tolède, et quelques généraux français, notafmmënt M. le maréchal duc de Kagusc, y ont fait ouvrir "des toutes j^otir leur artillerie. ^

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aussi leurs efforts étaie»t-ils natureUement afrétéff devant ces fortins. Je crois que. TEmpe^ reur négligea ce dernier passage^ parce qu'il you^ lait se trouver à jour ût^ devant Madrid, où le marédâd Hey avait ordre d'arriver également penr ta route de Guadalaxara (^) « après* avoir tourné lès Monts Garpentinsv à leur sortie des grsinds plateaux de TAragon. Sans la coïncidence prescrite, les deux ptiertos eussent été abandon-: né» ^ussilAt que ce général edt paru sur lé Xa^ rama , parce que les prenant et revers ^ Us n'é« talent plus tenablès; alors 'Ney fût entré, le {iremier d«iB la capitale des Espagnes, ce que Napolémi ne voulait peut-être pa».

' €er Empereur, armé lé 3d novembre iSoS, 80US la mitraiUe des retranchemens formidables de Somosierra, reconnut aussitôt leur partie faible ; il inonda leurs flancs de voltigeurs aguerris, et, cédant au vœu des intrépides lanciers polonais de sa garde , il vit cette troupe de héroâ, charger de front la tprrible batterie, y pénétrer jpat les embrasures , massacrer les canonnieris espagnols sur leurs pièces qu^ils servaient encore avec calme; renverser, tuer,

(^) CeUe roiile, qui est magnifique, quoiqu'In terrompue dans quelques endroits, est celle de Itf adrid à Perpignan par Saragosse.

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prendre ou mettre en fuite les deux ligues d'in^ fanterie, rangées en bataille entipe les retranehemens et le village. -^

Parce fait d'armes digne de prendre placé parmi les plus éclatans , TEmpereur put, dès le même jour, s'avancer à travers la chaîne et déboucher le lendemain sur Âlcovendàs et Madrid;

Le 2 décembre 1808, il arriva devant cette capitale des Espagnes , et il établit sén quartier impérial à Chamartin , village distant de trois quarts de lieue ; il fit attaquer la ville le 3 , se rendit maître du Retire le 4 (*) ? et par cette possession , obligea Madrid à lui ouvrir ses portes le même jour. Pendant cette dernière attaque , je fus chargé par le Roi de plusieurs messages d'aide-de-camp, auprès de l'Empereur. Lors du

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(*) Na^poléon entra dans le Retire accompagné seulement du prince de Wagramj îl marcha droit à un poste de gardes walonnes, et leur fit des questions sur l'emplacement de la statue équestre de Charles III. Un jeune soldat de la garde impériale, qui, ble^séetprÎ8 90US les murs de Valence , était depuis entré au service espagnol dans les Walons, reconnut ces deii^L princes, et le dit au poste dès qu'ils s'en Jurent éloignés. Les Walons voulaient tirer sur eux; mais le jeune soldat les en détourna, en leur persuadant que, puisque Napoléon était dans le Retiro, ils devaient tous se considérer comme prisonniers.

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ipremier, je le trouvai seul, avec le prince Ber- Ihier; un vieux sergent d'artillerie décoré, rendait le dernier soupir auprès d'eux. Tous ces messages avaient pour objet de faire épargnei: Madrid , contre lequeMe monarque français faisait réunir les obusiers des parcs. Pendant que je m'acquittais de l'une de ces missions 9 il sç fît dans la ville une explosion considérable.

Parmi les prisonniers faits au Retire , se trouvaient des Suisses^ des Walons , et des Français, de la brave çt malheureuse armée de M. le général Dupont. L'Empereur paraissant ne vouloir pas entendre parler de ces derniers , les fit mo* mentanément comprendre parmi les étrangers, et ordonna la formation de tous , en corps d'infanterie , sous le nom de Royal - Étranger. Le décret impérial daté de Chamartin , portait que ce régiment serait composé de cinq bataillons de douze cents hommes chacun , outre le dépôt, qu'un aide-de-camp du Roi en prendrait le commandement; et que tous les officiers généraux et supérieurs de l'armée espagnole, seraient mis à la suite de ce corps, sous les ordres et la surveillance de son chef.

Le général Bigarré s'étant excusé de cette commission , que d'abord le Roi lui avait destinée , S. M. me fit appeler et me la proposa ^ en me disant qu'on ne pouvait lui rendre de

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plus grands services , que <ie lui former des troupes. Je ne refusai point ce témpignagp de confiance , et me i^endis dès le 4 ^u Pardo (*), tant pour y disposer le logement du Roi, que pour y attendre les convois de. prisonniers étrangers qu^on devait y conduire du Aetiro : les premiers qui arrivèrent étaient des gardes^ v?alones ; )é les organisai de suite , c'efift-à-dire, le 5 décembre ( ido8 ) , soûs la police de quelques officiers suisses, et je partis avec eux, le lendemain , pour TEscurial.

Le 6 fut donc le jour de la création du régi*-ment, et^le même jour un détachement corn-

{*) Le Pardo est une maison royale bâtie au milieu d*un parc situé à environ deux lieues de Madrid, sur la route de Ségovie. Ce parc est devenu tristement célèbre de nos jours. C'est là que se retirèrent, au commencement de juillet 182a, les fidèles bataillons de la garde du roi Ferdinand VII; c'est du Pardo qu'ils se mirent en marche sur Madrid, le 7 du même mois y lors de leur tentative glorieuse pour rendre la liberté à leur souveraiii *

Le Pardo m'avait, en 1808, été désigné comme point de réunion des soldats et des prisonniers qui devaient composer mon nouveau régiment En approchant du Pardo, j'aperçus une vedette du 19* dragons, et, autour d'elle , quatre daims qui paissaient jusques sous son cheval immobile comme un terme. J'ai entendu les gens du pays estimes* à près d'un demi-million , nombre exagéré

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mandé par le lieutenant Buman (*), se battit contre des paysans armés, qui lui disputaient le. passage d'un troupeau qu'il avait cru devoir edlever pour notre subsistance, et que je fis rendre le lendemain , les troupes françaises ayant partagé leurs vivres avec nous.

Nous trouvâmes dans Ffiscurial , une division de dragons , ailx ordres de M. le général Labous* saye: en y entrant, elle avait eu le bonheur de délivrer plui^idurs familles françaises , qui se trouvaient détenues dans les caves du couvent, et qui tantes, devinrent l'objet des soins de ce digne (^cîer; Cette division dont l'excellente discipline avait fait l'admiration des Espagnols tremblans, ayant reçu l'ordre de suivre l'armée , le grand ibaréchal du palais de l'Empereur , m'écrivit de veiller à la sûreté des communicationsdepuisLas Rosas jusqu'à Villa Castin, et )e plaçai, partout où je le pus , des cantonnemens et des postes ; mais leur insuffisance , attendu la faiblesse numérique de Royal -Etranger, ne put empêcher que des paysans , les uns mécontentés par des

peutrétre^ la quantité de tètes de gros gibier qui existait alors dans le parc immense de cette résidence royale.

(*) Au)oùrd'hu! lieutenant-colonel , officier dans les gardcs-du-cérps ordinaires à pied de S. 9f. le Roi de Frâhcc. »

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vexations , d'autres attirés par l'appât de quel-que butin , ne se jetassent sur des traînards', et ne leur arrachassent la vie d'une manière lâche et cruelle. Je fus obligé de faire un exemple pour mettre un terme à ces assassinats ; il tomba sur quelques mauvais sujets de la Tega de Matulé , enlevés d'après mes ordres et livrés à une commission militaire pour la part qulls avaient prise aux assassinats. On imita dans cette circonstance les usages du pays {*). La tête des suppliciés fut placée au-dessus de la porte d'entrée de l'église de ce village, et leurs corps furent accrochés à un gibet planté sur le point le plus élevé de la route de Yalladolid à Madrid. La sentence r^idue contre eux, fut affichée dans tous les village des arrondissemens de 'mes postes, et surtout dans ceux les plus voisins de cette grande communication. Cet exemple indispensable et terrible n'eut pas besoin d'être rèn.ouvelé. '

(^) Le comte de Chavagnac dit, dans ses Mémoires, page 22 1 , que l'usage en Espagne était de faire couper la tête aux brigands, et de Texposer sur les remparts.

On a vu, dans mes Mémoires sur l'Italie, que , dans le royaume de Naples, on dépèce en quelque sorte 16 cadavre d'un condamné, pour en distribuer les jambes^ les bras, les pieds et les mains sur les poteaux fixes destinés à cet usage. Ces coutumes, qui prolongent l'exemple, pourraient bien partir de la même source.

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