CHAPITRE V
Marche sur Avila. — Faux avis. — Retraite de rennetni.
La nécessité de s'étendre pour obtenir plus de ressources me fit donner , au commencement de janvier 1 809 , Tordre de marcher sur Avila avec quatre cents hommes de mon nouveau régiment , de chasser Tennemi de la province dont cette ville est le chef- lieu , et d'en prendre le commandement.
Dans le besoin de disposer les esprits àm'accueillir , je donnai à Tévéque , et à la junte d'administration de la province , avis des ordres que j'avais reçus, en leur faisant connaître que je venais pour les préserver de nouveaux malheurs {*) et les protéger dans les grands mouvemens de l'armée impériale. Je leur demandai
{^) Quelques milîcîens sans chefls, ayant cru pouvoir attaquer impunément une très forte colonne de l'armée impériale qui se présentait devant Avila, auraient fait totalement piller cette ville sans les généreux efforts des officiers français. Les faubourgs souffrirent cependant;
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en retour des marques de confiance et de dé-* Touement au roi Joseph. Les moines et les magistrats de TEscurial (*), témoins de la \igueur avec laquelle je les avais préservés du pillage (par les traînards ) depuis le départ de la brave division La Houssaye, reconnaissans d'une discipline qui les protégeait, et de l'ordre que je faisais régner sur leur territoire , m'avaient plus d'une foie manifesté leur attachement. Je leur en demandai pour preuve de communiquer aux habitans d'Avila leur opinion sur mon compte et sur celui de ma troupe, et ils le firent avec empressement , en leur peignant le regret de me voir quitter leur ville. Le procureur du couvent écrivit au général de son ordre, qui résidait à Avila , et lui fit part de ma conduite envers les moines , des égards et de la sûreté qui en étaient résultés et pour eux et pour les
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et les miliciens , après avoir compromis les habitans , furent trop heureux de pouvoir gagner précipitamment la montagne.
(*) Je n'entrerai dans aucun détail sur TEscurial , ni «ur le fameux monastère qui s*y trouve ; mais je ne laisserai pas ignorer une particularité bien étonnante , c^est que rien ne ressemble autant à la figure de Napoléon •que celle du Saint^Laurent, placée au-dessus du portail de la fa^çade septeBlrionale.
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richesses de leur monastère. Ces fettres , écrites avec Tenthousiasme et rexagération naturelles aux Espagnols , produisirent tout Teffet que je pouvais désirer.
Quoiqu'il m'eût été impossible de prendre , dans mes cantonnemens et à l'Escurial, plus de trois cents hommes, attendu que Napoléon, par son apparente sévérité envers les soldats de l'armée du général Dupont , ayant produit sur ceux de la grande armée l'effet moral qu'il en attendait , avait )ugé convenable de me faire reprendre les premiers pour les remettre à leur véritable place , dans les rangs français ; quoique, dis-je, cette diminution eût été faite dans mon régiment , je n'en exécutai pas moins Tordre que j'avais reçu de M. le maréchal Jourdan, major -général du roi, et je me mis en route par le Puerto de Guadarama, celui de Las Navas del Marques n'étant point praticable alors à cause des neiges {*).
{*) Les neiges couvrent souvent en hiver les puertos 4e cette chaîne, mais y tiennent rarement plus de six semaines consécutives. Le puerto dit de Guadarama ^tant le plus fréquenté, on a sagement tracé la route de Valladolid, en ligne droite depuis le pied septentrional de la montagne jusqu'au delà de FEspinar ; et, à défaut d'arbres le long de cette route, on y a bâti, de distance
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Les environs de Villa Gastin , malgré la tranquillité de leurs habitans y étaient témoins d'assassinats fréquens suf.des soldats isolés ou trop confians. Je réunis les alcades et les notables 4 mon passage, et leur intimai Fordre de prendre des mesures fortes pour mettre un terme à ces. crimes. Gomme leurs réponsesentortillées étaient loin de me satisfaire , je fus obligé de leur dire que ) s'ils ne se décidaient à commander eux-^ mêmes les patrouilles , et à Tciller personnelle-: ment à la sûreté des Français , je les rendrais , eux et leur commune , responsables de tout ce qui se passerait sur leur territoire. Cette menace, appuyée de l'exemple récent fait à la Yega de Matulé , produisit un si bon effet y que , depuis lors, je n'eus aucun reproche à leur adresser.
. Je continuai ma route, et, après avoir couché au petit village d'Albanos , à quelques lieues d'Avila, je me présentai le 16 janvier, à dix heures du matin , sous les murs de cette ville. Aucune réponse à mes lettres, aucune connaissance de réponses faites aux lettres écrites d'après ma demande ne m'était encore par-
en distance et vis-à'-vis l'un de l'autre , de hauts jalons en pierre, afin que les voyageurs puissent, au besoin, se frayer un. chemin entre deux.
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Tenue; alors, dans le doute qu'A vila ne fût occupé, }e pris, en arrivant sous ses murs, et à Taspect d'un front d'attacpie majestueux par son élévation et ses nombreuses tours crénelées, position . entre deux lignes parallèles de rochers qui forment comme les retranchemens d'un camp sur le chemin de Yilla Gastin , dans le voisinage du couvent de Saint- François. Je détachai aussitôt le sergent-ma)or Mulot, pour s'emparer d'une maisonnette à la tête d'un bois servant de promenade , et lui recomoiiandai de bien traiter les habitans , s'il en venait qui fisf sent mine de vouloir s'aboucher avec lui.
Bientôt, en elSet, il en parut quelques-uns, Gt le nombre s*en étant accru j ils s'approcher rent de Favant-garde. Voyant qu'on ne se mettait point en devoir de les repousser, ils. entamèrent la conversation avec ce sous -officier, qui parlait couramment leur langue.
Une grande foule, qui sortit ensuite du faubourg, précédée par beaucoup d'enfans, fiit suivie du corps municipal (ayuntamento), de l'intendant (préfet) par intérim et de Févéque avec son chapitre ; )e reçus les députations un peu en avant de mon camp , sans crainte qu'elles en pussent juger la^ force, puisqu'il était couvert par les rochers, et qu'on ne voyait que quelques bayonnettes.
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L'intendant par intérim ( M« Lahoz ) me dit que rayimtameikto , flatté de ma lettre et de mon arritée, m:'a^ait répondu par Las Navas del Marques; il ajouta que je ne devais pas me laisser amuser par les discours du chapitre, et qu'il me fallait prendre de suite toutes mes précautions, attendu qu'un corps de deux mille hon>mes était dans le Tal d' An;iblès , et se disposait à occuper la ville.
Ce magistrat m'ayant paru dans de bonnes intentions, je le priai d'envoyer quelques personnes bien ennemies des Français annoncer au commandant de ces deux mille hommes qu'une division de troupes impériales arrivait égalemen t dans la vîUe, que déjà son avant-^garde était SOU& SOS murs, et qu'on voyait défiler le reste par le chemm de Ségovie (*). Pendant que celte commission se remjdissait avec zèle, )e me portai rapidement jusqu'à un point élevé , et , de ce point , je vis effectivement une colonne faisant halte ^ et que je jugeai de la force qu'on m'avait dite.
Les commissionnaires arrivèrent successivement; j'entendis. aussitôt battre à l'ordre chez
(*) On voyait effectivement arriver Parrière-garde et les éqttipag^es par un sentier tortaeux qui ne permettait pas de juger s'il y avait beaucoup de monde.
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rennemi, et, quelques «linutes après, je le lis se diviser en deux colonnes, dont Tune prenant le chemia de PeJiaranda, et l'autre celui du Puerto de Yillatoro , hâtèrent le pas pour disparaître plus vite. Je revins alors causer avec le chapitre , et lui dis que , ne m'atten^ dant pas à amener autant de troupe» avec moi^ la viUe se trouverait trop chargée si }e les y faisais loger toutes ; qu'eu conséquence , je n'y placerais que mon avant-garde, mais que le reste entrerait à mesure que des casernes lui seraient préparées.
Ayant ensuite laissé au camp un détache^ ment, autant pour rallier les traînards que pour empêcher les curieux de venir s assurer s'fl y restait du monde, je me dirigeai sur la ville, en colonne à distance entière et sur denx rangs ouverts , de façon que ma colonne paraissait double de sa force réelle , pour des gens qui n'avaient pas encore acquis l'habitude de former Fétat de situation d'une troupe (*)•
{*) Depuis lors, fai vu^ ea Espagne, des individus compter si bien les colonnes à leur passage, qu*iis ne se trompaient pas de dix individus sur mille. Domestiques, femmes de troupe, ehevaux, mulets, rien n'était oublié.
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