‹ Mémoires du Général HugoChapitre 32 sur 95 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Avila mis h l'abri d*un coup de main. — Description topographique de cette ville. — Observations sur le costume des campagnards.

Aussitôt entré dans Avila, je fis occuper toutes les portes , appeler tous les maçons de la ville et de ma colonne , réunir des matériaux , et^ dès le même jour, travailler partout à la fois. Ce n'est qu'en nous fortifiant ainsi dans toutes les positions, que depuis lors mes officiers ou moi avons Qccupées, et d'après un système nouveau , que nous avons constamment réussi à nous y maintenir. Les onze portes de l'enceinte furent réduites à trois, celle de Saint- Vincent, celle de la Milice et celle du Rastro; les autres, depuis long-temps superflues, demeurèrent fermées pendant toute la durée de mon séjour.

Pendant ces travaux, pn s'occupait également du soin de fermer les brèches, ensuite on releva les merlons, et bientôt la place fut

DU GElfiaAt HUGO. 5n

mise à Tabri d'un coup de main. Quoique l'hiver soit long et assex rude à Avila, le mauvais temps s'y prolonge rarement plus de trois jours consécutifs, de sorte que nos travaux de ma* çonnerie se soutinrent très bien.

Avila est situé à l'extrémité nord de l'un des contrefort» de la chaîne des Carpentins , depuis la hauteur jusqu'aux rives de l'Adaja , petite rivière qui coule dans le val d' Ambles , et va tomber dans le Duero. Cette ancienne ville est ^ à l'exception des faubourgs, entourée de murailles bâties par les Maures en grosses pierre» de granit. Ces murailles sont flanquées d'un nombre considérable de tours pleines , rondes et très rapprochées les imes des autres: : leur épaisseur est d'environ quatre mètres à la base! elles sont terminées par un terre^plein' et un. parapet crénelé, qui règne presque sans ioterruption autour de la ville proprement dite ; les tours aussi crénelées sont généralement plus, âevéesde cinq à six mètres que le terre-plein : quelques-unes le sont encore davantage, et dominent les maisons des faubourgs. Une très belle chaussée qui , de tous cotés , fait le pied, decette enceinte , va se réunir au pont de l'Adaja , auprès de filatures bâties sur cette rivière, et qui appartenaient fl un riche habitant d'Avihi, M. Binz.

38 MEliÛIRES

L^escarpement de la ville, du côté du val d' Ambles , est considérable ; il Test égaleiment , mais beaucoup moins , du côté opposé. La par* tie qui s'abaisse vers TAdaîa est en pente plus douce , et se trouve fortement plongée par le terrain de la rive gauche de cette rivière. Au sitd^lacôte s'élève insensiblement et commande les environs.

Avila est particulièrement remarquabjle par sa . cathédrale , dont les tours élevées peuvent servir d'observatoirepour explorer au loin la campagne, par ses nombreux couvens , sa manufacture de toiles peintes et sa belle filature de laine. C'est la patrie de Sainte-Thérèse de Jésus et de don Sanche. On lui a donné le titre d' Avila de Los Gavalleros ; et, dans le fait, à en juger par les armoiries qui décorent les portes de toutes les maisons , il semblerait que cette ville n'a jamais été habitée que par des nobles; mais, en iSog, c'était; plutôt le séjour de leurs intendans ; car, à l'exception des autorités et de quelques pro-« priélaires , il ne s'y trouvait que des agens , et aucune espèce de noblesse : j'en ai même peu connu dafis la province.

L'habillement des habitans de la campagne a quelque chose de particulier, mais qu'on trouve néanmoins dans presque tous lés villages de la chaîne : c'est une cuirasse de peau corroyée ,

DU GisiiRAX. HUGO. Sq

qui se resserre par une large ceinture de buffle au-dessus des reins.

Le philosophe Sénèque , qui était né à Gordoue, remarqua ) pendant son e»! en Corse , que les habitans de cette ile observaient plusieurs usages et coutumes dç son pays. Les paysans se coiffiiient , de son temps , et se coiffent encore d'un bonnet d'étoffe appelé montera dans leur ile , comme dans toute la péninsule , et la montera est encore Tunique coiffure de ceux 4es deux Castilles(*). Ainsi que les pay* sans espagnols, les paysans corses «'euvelop*pdient et s'enveloppent encore les pieds yiisqu au dessus delà cheville , avec des 1 juges qui, par leur épaisseur et leurs replis, empêchent l'eau de pénétrer aisément jusqu'à la peau; ils s'habillaient et s'habillent encore , conune eux , de drap brun : celui des Espagnols fait avec la laine de leurs moutons , celui des Corses avec le long poil de leurs chèvres.

En Espagne , la chaussure des habitans de la campagne est une plaque de cuir vert , appelée par eux abarca {**) , ou un soulier léger fait de

{*) La monUra des paysans de la Manche a la forme d'un casque.

(**) L'auteur des Observations dans Us Pyrénées dit aussi, page 81 , que cette chaussure était également celle des Romains et des Goths.

4o MÉMOIRES

sparto, plante de la classe des graminées, très commune dans le midi de la péninsnle , et dont on tire le plus grand parti dans toute Tétendue dé ses petits et nombreux royaumes (*)•

(*) Cette chaussure ensparterie se nomme aipargata. L'usage des aharcas et des aipargatas est fort ancien : mon fils atné , qui a dirigé ses recherches vers les anciens monumens littéraires et historiques de l'Espagne y a découvert une romance (insérée dans son recueil de Romancés historù/tiei [*]) qui prouve que ces espèces de ohauissures existaient en gaS. Le roi Don Sanche prit, à cette époque, le surnom à^Jéarca, parce que,. étant enfant et ayant été élevé dans les montagnes, comme notre Henri lY, il portait la chaussure des paysans de la Navarre.

* [*} Chez Pelider, libraire, place du Palais- Royal. -

VW«VVV%%W%VV%*

DU GmiVikt HCGO. 4^

Page 1