‹ Mémoires du Général HugoChapitre 39 sur 95 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Position d'Avila. — Poudre. — Heureuse découverte. <^ Grades ' honoraires. — Leurs eflfets. — Approdie de i'arnide anglo-' portogaûe.

Pendant que, dans Avila» tout se, disposait pour une vigoureuse résistance , l'armée angloportugaise renforcée par quelques troupes de l'insurrection, laissait l'armée du maréchal Soult bien loin sur sa gauche et mavchait sur la capitaie des Espagnes.

Le roi Joseph , commandant en chef des armées françaises restées dans ses états , mal informé sur lès mouyemens de l'ennemi , m'envoya un courrier extraordinaire pour me recommandeiT d'être de plus en plus sur mes gardes et me prévenir que dix mille' hommes marchaient sur moi par le puerto del Pico.

J'avais régulièrement tenu l'état -major de l'armée au courant de ce que j'apprenais ; ma correspondance était réglée , et, malgré les par-

74* HÉMOili^ /

tis ennemis, arrivait de justice en justice {*) avec exactitude et célérité t âstti^ les cîtttimtàïïcûB diflSciles , je Texpédiais chiffrée et par duplicata, triplicata ; quelque fbts- même , j'adressai au major-général un plus grand nombre de copies ; j'étais , par des relations secrètes aveo quelques dames espagnoles , mieux înfbrmé^ que par l'espionnage , de ce qui se -passait chez l'atmemi , de sa marche , de ses forces , de ses espérances ; mais telles étaient , dans le principe , la confiance à Madrid et les fausses nouvelles qu'on y fabriquait, que mes rapports paraissaient souvent exagérés. Cèpénciàijt je n'eus pas phitôt reçu le courrier rfù Roi', que je le ri^expédiai à S. M. , avec utte réponse partant : « que ce n'étaieat* « pas dix mille fiommes qui marchaient sur « ]!Doi,' mais soixante et dix milïe q^ui mar-^

(*) C'est-à-dire, d'un village à l'autre sur une m$me communication. L'alcade du village le plus rapproché du point' de di^part donnait un reçu de là dépêche , et dééign;^ âùs&SiAt utf pàyéad de ccSrVéë pôvttià i^oVtè^ i l'ftleaâè féUAtt. Gt^ai-H^i âéÉfAdil^ é^^âënièilt ^6tf ilé^h > et faisait relever le potrtew de la. dépèelito pan ma «irtve paysan. Il en était ainsi jufiqufà d^tinatian^^ ]^Q'«Hte manière, l'alcade, à peu près toujours informé de. ce qiu se' passait sur le territoire de sa commtine, trouvait, qttthdtiél^i IbydlS iéiàofénA^éykér tous les partis de gtÉéi>M^.

t obaienl âU? Ma(firid; que Yéav afant^gDrrdte-^ 4 0oiBpoi^ de .quinze nulle hdmneB boiiiiBftii«> « dé» p^r le doe d'AHiuqner^e , était dë|â clt^ ■ FÎ^ée àOfQpes^u w,:

Cette. Téf Mtae el le ^reto ttr si .pibmpt fiU' ^imt^ rier fit d'âutaot.plui. d'impresàio» à fci Cdàr,* <me l'ea ^oiAiaeixçait à y croire aiis houveHed^ sérieuees ^fue pay^s dohnéèsf^ et qtrt tcmtèi «è^ ooiifipo9aient.siiebeaii¥6TiKnt; d'atUeursk^'étë-^ i^emeps vtvcié% i Qparto âe .pottvaiehv plusf éfire inie eo; doirte :. ma» eti^ ne cro]fait j)à» l'-à^-^ iiiée,aiigler-:portiigaiaè. ànssi. prèat CmntSië-lfkat' lej^tffe était poaitivé ,> «i eb.dei^na de: fi«rfté>eiMy4 ^HHlieatiKH» i M. . le marcéchai duc i^ Bellurt^ » qui :9e: trovjrait alécaà Eçcudoiia sur i'A&cvc^bë^' el qiii.^ ftui; Jq eka'Hf^yen^c^.dlKi» €ëbti»<^s^, cefUmum^eri aree i^i. .détaohéinèM q^i-^ • j^^ portai , aux ordres du capitaine Hagard. Nos détachemeus , en se séparant , se battirent avec une découverte anolaisew . ... !.; ...^ . yaraaée iaipéitale y bientôt occupée sUI^ âôii^ firent par téHk de Wellington , iùfeïîacéè sût' ^à g^dhéèt se«f dérfîëhféfëi^àr toledo, lie put songer à nrènf dyet de secours ni en hommes , ni eii ihuiiitions. i^es cliefs durent considérer Avilacs comme un point â évac^r, puisifulh itô le pouvaient f^ire souteedri .

Je ne commandais qu'à des soldats étraiï^él^fif^

j6 HittOIBES

la plupart sortis récemment des bataillons emie* mis ; mais au milieu d'eux , se ttouYaient déjà quelques cents hommes dont J'étais Bûr , et c'est sur ce petit nombre de braves , assez grand cependant pour donner l'impulsion au reste , sous l'influence des Hugo , des Rutiman , des Bossu ,des Moutard , des Kaufmann , et de beaucoup d'autres intrépides officiers (*), que je comptai particulièrement pour défendre la place , ou pour m'ensevelir glorieusement sous ses ruines. Jamais leurs camarades ne furent dans le cas de s'apercevoir de ma prédilection pour ceux qui possédaient mon entière confiance ; Je ne pensais qu'à soutenir leur courage , qu'à élever leur âme au-dessus des dangers qui nous menaçaient et dont jes mal intentionnés s'empressaient trop de rembrunir le tableau ; je ne song^eais enfin

(*) Tous ces noms sont Français , me dita-t-on ; oela est vrai. Plusiem^ de nos officiers et sous-officiers sortaient de la garde venue de Naples; d'autres étaient ^ des émigrés^ que nous accueillions comme des compatriotes malheureux, et, dans ce nombre, les d'Ambli , les d'Antejac ne se montrèrent ni moins braves, ni moins dévoués que nous. Le reste des officiers se com-< posait de Yallaisaas^ tels que les Yost, les Roh, les Gard, dont Tâme, le cœur et le langage furent toujours français.

qu'à les attacher à l^caase du Roi , par les plus nobles espérances.

J'avais très peu de cartouches ; je fis faire de la f oudre sous la direction de M. Henry , mâjor dur^iment , tout récemment rentré de congé; j'eus outre cela le bonheur d'en découvrir quatre tonneaux , ainsi qu'un baril de pierres à feu , dans des démolitions indispensables â la sûreté de la place {*). Je n'avais pas de canons, je songeai â en faire fondre avec le métal des cloches; par le procédé usité avant Tinvention du foret ; et en outre je promis le grade de sous-lieutenant aux trois braves, qui les premiers , enlèveraient à l'ennemi une pièce dont je resterais maître ; je donnai à propos des grades honoraires de ^ous-o£Bciers aux plus zélés dans les travaux et à ceux qui avaient le plus d'influence sur Tes* prit de leurs camarades.

{*) Ce fait pourrait paraître incroyable 9 si Je ne Pcx* pliqaais. Un bas-officier dçs milices d'Avila était^ avant Farrivée des Français, chargé du soin de la poudre. destinée aux exercices; il en avait établi le dépôt , très à l'écart 5 dans un local attenant aux glacières de la ville, lesquelles étaient adossées contre les courtines de Ten- ' ceinte et favorisaient une escalade. Ce bas-offîcier ayant -disparu lors du passage de M. le maréchal liefebvre^ personne n'avait la clef du cabinet, et Ton ne trouVa les poudres qu'en faisant abattre ces bâtimens.

^S lliMOiRES

' I)an8 le i|égiment d^ ftoyal^Corse, un grade de caporal ou de sergent' honoraire , était une récompense flatteuse que chacun d^attachait à ob^^ tenir. J'enfis autant dans le RoyaS^tranger , je ^pimai de ces grades sur le champde bataille^ )e les admis Âjconcourir avec les autres, et bientôt il «'établit dans le régiment, un tel esprit d'émulation et de valeur, que, depuis lors, l'en- ^nsmi n'obtint que di^ très rares succès sur mes djêtâdftewens.

M. le maf^ëichal Jourdan, craignant que, par ma fiomtion isolée daud les montagnes et sur les djsrrières du flanc gauche de Tarmée ennemie, )e p^ftosf dans le jcas d^étre enlevé , trouva moyen , à trairérs les difficultés de toute nature , de me faire p^M^venir Tautorisation de me replier sur Ségo^. Mais ^e répondis à ce grand capitaine , que j'avais mis Avila en état de résister assez , pour jr jrexulre d'impertans services dans la cirçppistaqçQ , et qu'il fallait que je m'y maintinsse ûu qu'on m'ensevelit sous ses ruines. Cette réponse ne pouvait manquer d'être agréable au vainqueur de Fleurus et de Watignies.

Aussitôt après le $lépart de 1^ letfi'e qiiii 1^ contepait, )e iqe portai si|r le puqrto de ViUa^tQFp , }'y r^lli^î les garoiscfns du Barco et 4e Piedrahita , que je fis évacuer pendant la nuit, et je me repliai lentement sur Avila.

DU GÉNiiRAl. HUGO. 79

L'ennemi , s'étant approché à trois lieues de cette ville y envoya de nuit des reconnaissances jusque dans le fauboui^; de 39Jnt- François , dont je n'occupais les avancées que de jour. Je contins alors la ppp^l^tjyon par m? ferfp,eté aur t^t qjae pffjr Y^timfi que j'étais parvenu à lui inspirer; les moines et les prêtres, par des louanges sur leur conduite passée et des espérances pour l'avenir; enfin- les habitans de la campagne , par le souvenir de la justice que je

Irâr avais constamment rendue.

'T€ms les officiers voyaient mes efforts pour la conservation d'un point jugé par eux comme in-

intenable sans artillerie , et ils ne les blâmaient

pas , qudiqijAls n'en espérassent aucun succès. Ifaisl'ainour de mon pays , ma réputation mitiiâil^é, l'idée d^étre utile à l'armée française, tout <m0 fais^t voir bien autrement. 3è sentais à me- «UlPë'quV>n n/isoiait davantage, par l'évacuation dé toiis les postes de mon voisinage , combien là position d'Avila devenait intéressante , pour couvrir les grandes communications avec YalladeKd et Burgos.

M«W«^A«¥MA«l«W«

8o MiMOIKES

Page 1