‹ Mémoires du Général HugoChapitre 41 sur 95 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Moine Concha. — Son caractère. — Sa mission. — Sa présence d'esprit. — Il est conduit k h junte de Se ville.

M. le capilaine Hagard, dans une expédition sur Médina del Campo , avait délivré un moine que les religieux de son couvent tenaient prisonnier , soûs prétexte d'aliénation d'esprit ; il me lamena et m'en fit un éloge pompeux. Je reconnus bientôt que la prétendue aliénation n'était que de l'exaltation contre les abus et l'oppression. Ce moine se nommait Concha : c'était un jeune homme généralement plus instruit que la majorité de ses confrères , et je l'attachai à mes 'bureaux , pour la correspondance espagnole avec les autorités civiles de mon gouvernement , mais toutefois sans lui confier encore rien qui pût en compromettre aucune. Concha était trop fin pour ne s'apercevoir pas jde ma sage défiance. 11 ne cessait de me donner des preuves de zèle et de dévouement , et m'excitait ainsi progressivement à lui accorder plus de confiance. A la faveur de son étaty il s'était

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introduit partout , en se donnant pour otage de

son couvent. Dès ce moment ( l'instant où on l'avait ctix ) , on lui avait fait des confidences , on lui avait pi^écisé l'époque à laquelle les Espagnes seraient délivrées du poids des armées françaises ; on lui avait confié, et Ton continuait à lui donner toutes les nouvelles qu'on recevait, et je me convainquis par ses rapports , lesquels se trouvaient d'accord avec les notes qui m'étaiient fournies de bontaie part , et dia $â frtmchise et tdu parti que }e )^ourrais tiret de luA. GfaiacJUé )ôur il m'ofirait de passer chez r<eii&6mf , à Vaiât de son costume , dé tout voif par Itti-mémé , et de revoiir ensuite m'en i^apportér le détail «tact; mais le temps n^était pa^ Venu de mettre son ïèle à l'épreuve.

Ob a tu plus haut que la relatioù des ëvénemeos de Talaveyra était rédigée de tilianièré à pouvoir >étre hasardée, sans qu'il pût en résulter rien de nuisible aux intérêts de l'armée fran*çaise. Déjà des copies sur papier de soie, et d'un caractère extrêmement fin , avaieht été expédiées par toutes sortes de moyens ingénieux ; mais je n'avais aucune nouvelle de mes agetis. Le bruit courait même que plusieurs d'entre eux avaient péft Victimes de leur démarche , et |e n'en pouvais plus trbtiver , à quelque prix que té fût. Mon moine me revînt alors à la pensée;

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}è lé sondai , je le trouYdi fefttie et li IbléH disposé , ^uè je Â'hésitai point à remployer. Je lui donnai une de mes muled. La dêpéehc fat cousue dans la selle ( c'était la lettre même de M. le maréchal Jourdan ) , et il partit pour tra<- Terselr les armées ennemies.

. ^Cependant le parti i^ei^i/tnttfiéifiste avait dans ÂTfla ) les yeux ouverts sur toutes mes actions , smr tDut ce qui entrait chet moi , ou en sortait ; il doDuait aux guérillas chargées de m'obsetver, un prompt avis de tout ce qu'il remarquait de suspect^ et c'est à la manière exacte dont il ^vait signalé quelques-uns de mes malheureux ageû^, ^ue je devais attribuer leur peMe.

Quoique le moine fût parti de uuit , on S V perçut dans la journée qu'il n'était point à Avila : on prit des information j près des paysans qui venaient de différens côtés , et bientôt on apprit qu'on l'avait vu sedirigeant sur l'Alberche. Nul doute alors qu'il ne fût chargé d'une missien secrète de la plus haute importance; on expédie aussitôt sur ses pas, on le rejoint, sans lui rien dire , on le devance , on l'attend ; et Inentôt ^ pendant qu'il dîne , qu'on l'entoure par curiosité ^ que les plus rusés du parti contraire cherchent à l'embarrasser par mille cpiestions insidieuses,. on examine à l'écurie le harnachement de sa mule , on en presse les par-

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