CHAPITRE XVI
Siogdièr» déroute. — Convoi pria et repcU. — RëeompeQses.
On croira peut-être avec peine que, menacés d'aussi près que nous Tétions, loin de nous renfermer tout à fait dans nos remparts , nous ayons osé porter des découvertes jusque sur les colonnes de la grande armée ennemie : c'est cependant ce que nous fîmes. Le capitaine Moutard (*), jeune officier d'une grande valeur et de la plus belle espérance , fut poussé sur la chaîne des Garpentins , à la tête de deux cents hommes d'élite, dans le double objet d'avoir des nouvelles certaines des Aqglo-Portugais et de tenter l'enlèvement de quelques bouches à feu. Ce brave officier, qui ne marchait que de nuit, aperçut un peu avant le jour de nombreux bivouacs
(*) Cet officier distingué, devenu lieutenant-colonel d'un régiment de ligne, a péri, en 181 5, dans la mémorable bataille de Waterloo, parmi les braves qui moomreiit plutôt que de se rendre.
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dans le val de Mijarès et résolut aussitôt d'envelopper et d'enlever la grand-garde la plus rapprochée de sa direction. Ayant pris ses mesures , recommandé le silence et défendu surtout de tirer sans ordre , il descendit la montagne. Mais arrivé près de Vennemi, celui-ci fit feu, les soldats de Royal-Etranger se précipitèrent sur la grandgarde , en prirent tous les chevaux au nombre de trente, et répondirent aux coups de fusils des fuyards.
Défà quelques avis de la marche de M. le duc de Dalmatie, étaient parvenus à Tarmée anglo^^ portugaise. Ne pouvant donc présumer que l'attaque de la forte colonne qui remontait TAIberche , fût une simple escarmouche avec un parti de la faible garnison d'Avila (ville distante de sept lieues du village de Mijarès), l'ennemi crut voir fondre sur lui toute l'armée du maré^ chai; ses corps, placés par échelons dans la vallée, prirent l'alarme à l'aspect des fuyards, et se culbutèrent les uns sur les autres dans le plus grand désordre jusqu'aux positions occupées par Tarmée anglo-portugaise.
Si M. Moutard eût osé s'aventlirer jusque dans Mijarès, il eût trouvé ce village abandonné par ses habitans et par l'ennemi ; il eût ramassé les bagages des généraux, les selles de la cavalerie et la caisse militaire; et
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si les chemins de la montagne le lai eussent per^ mis , il m'eût ramené le parc d'artillerie avec ses caissons, dont les attelages seuls s'étaient échappés sans hamois ; ^ifin il eût fait un butin immense et brûlé tout ce qu'il n'aurait pas pu emporter , bien avant que revenu de sa terreur panitfue, l'ennemi, mieux informé des forces qui avaient paru devant lui , fût honteusement venu reprendre ce que nous ne pouvions devi-* ner qu'il eût laissé â notre merci.
Sans ce singulier événement , la colonne ennemie continuait sa marche sur Madrid , que le général Béliard maintenait pour ainsi dire par sa seule présence ; sur Madrid où cette colonne était attendue par le parti de Ferdinand YII , et où elle serait entrée pendant que le roi Joseph eût été encore devant Talaveyra avec l'armée française.
Après cet événement, et lorsque j'eus acquis la certitude que lord Wellington ne pouvait plus faire de détachemens, mais qu'il attendrait en présence du roi l'arrivée de l'armée de Yenegas , je portai mes grenadiers , au nombre de deux cents , sur le sommet du Guadarama , près du lion qui sépare les Castilles , avec injonction de garder ce point de retraite qu'on pouvait facilement couper à l'armée impériale. Je ne les fis rentrer que lorsque la proximité^du
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maréchal duc de Dalmatie eut à la fois détermiDé le retraite des Anglo-Portugais et celle de l'armée espagnole de la Manche.
L'approche du maréchal duc de Dalmatie ^ avant que Yenegas pût agir contre l'armée du centre» ayant donc décidé Wellington à la retraite, améliora beaucoup aussi l'état des choses au* tour de moi; quoique les guérillas se soutinssent toujours en nombre et en forces; les communes obéissaient aux réquisitions de l'autorité, et beaucoup de grains se réunissaient dans nos murs pour l'approvisionnement de Madrid.
Ayant cru pouvoir en faire partir un premier convoi le 1 2 août ( 1 809) , j'en donnai le commandement au capitaine Moutard dont j'ai déjà eu l'occasion de parler avantageusement. Mais arrivés dans les environs de Las Navas del Marques, sur le chemin de traverse de l'Ëscurial, l'escorte fut attaquée par une forte guérilla qui s'empara du convoi.
Cette escorte s'était généralement bien battue; mais deux officiers suisses s'étant mal conduits, je les suspendis de leurs fonctions, puis les ayant ensuite mis dans les rangs conune soldats , je déclarai à l'ordre qu'ils ne reprendraient leur grade qu'après avoir réparé leur faute.
Cette sévérité produisit un excellent effet. L'officier jugeant qu'il avait tout a perdre et
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rien à espérer en s^ conduisant mal ; tout â gagner au contraire en se comportant bien et avec i^aleur, s'attacha dès lors â mériter les grâces du souverain ; grâces qu'il ne voyait solliciter qu'en faveur des braves signalés à Tordre du régiment pour des actions dont les témoins étaient nommés et que personne ne pouvait conséquemment révoquer en doute.
Un détachement commandé par mon frère Louis fut immédiatement envoyé sur les traces de la guérilla , la battit à San-Martin de Yàl d'Eglesias , lui reprit le convoi et nous le ramena.
Gomme M. le maréchal Soult était resté sur le Tage avec son armée , après la retraite des Anglais , le roi revint à Madrid donner ses soins aux affaires de FEspagne ; il y décréta des récompenses pour les services et la fidélité ; j'eus l'honneur d'être compris dans ses ordonnances : un million de réaux en cédules hypothécaires et le grade de maréchal-de-camp , sans passer par celui de brigadier-général , me furent accordés le 20 août 1 809 , à la demande de M. le maréchal Jourdan, et sans pour cela me priver de l'emploi de majordome du palais , qui m'avait été conféré dans le mois de janvier, et me classait parmi les premiers officiers de la couronne.
S. M. m'ayant chargé de lui désigner un
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officier supérieur pour me succéder dansle com^ maudeinent de Royal^Étranger , je signalai à sa bieuyeillaDce M. le major Maurin que , sans le aaToir , j'avais , à la çrés^tion et p^r une propo-« sition préférée, écarté du régiment et qui m'aurait infailliblement succédé dans cette oc-, casion.
Pour ne point mécontenter M. Henry, moEi major , je le proposai pour colonçl et j'obtina cette faveur* Mcm frère Louis 1^ remplaça , et M. Bossut , capitaine de grenadiers , remplaçai mon frère : M, Bossut était à la fois l'homme le plus doux et le plu3 intrépide.
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