CHAPITRE XYII
Premier régiment de chasseurs espagnols, — Ligne de postes rëoccupée^ fbrtîlîëe et approvisionnde. — Affaire de Belayos, i^— Cotons. — Morales.
âfrAs la retraite des alliés, le i*' régiment des chasseurs espagnols m'ayant été envoyé , je le gardai pour la garnison d'Avila et repris tous mes postes dans la proyince. Le Barco et Piedrahita forent réoccupés , et le capitaine Yost fot établi dans les ruines du château de Puente del Congosto , où il se mit en état de soutenir un siège, Arevalo reçut une nouvelle garnison , et le commandant instruit par Texpérience , fut bientôt à l'abri d*un coup de main , tant sous le rapport des retranchemens que sous celui des approvisionnemens en munitions de guerre et de bouche*
Le détachement d'Ârevalo ayant avec Avila , des rapports moins fréquens que mes autres postes , se trouvant aussi plus isolé , avait à craindre que toutes ses correspondances ne fus-. sent attaquées dans le Pinar ( bois de pins ) , ^itué eqtre cette ville et le village de Belayos,
Ces motifs me détermiDèrenI à faire occuper ce dernier endroit par la belle compagnie de grenadiers aux ordres du capitaine Jacquo t. Mais à peine cet officier eut-il passé vingt-quatre heures dans ce nouveau poste , qu'il s'y vit attaqué par plus de quatre cents chevaux. Le village étant grand, en plaine, et ouvert de toutes parts , permettait difficilement une bonne défense. Malgré ce désavantage, les grenadiers , à l'exemple de leurs intrépides officiers , tinrent bon , tuèrent beaucoup de monde a la guérilla, et Tobligèrent à la Tctraite après six heures d'un combat acharné , auquel un secours parti d'Avila mit fin par son approche. Le sous -lieutenant Varèche (*) et le sergent- major Ingaai se distinguèrent particulièrement dans cette occasion.
Cette cavalerie ayant, quelques jours après , trouvé sur la route de France , un gros convoi de coton qui n'était point escorté , s'en empara. J'en reçus l'avis presque aussitôt et je résolus de le lui reprendre. Il fallait, pour y réussir, l'obliger à quitter les belles plaines de la province , et à se jeter dans la montagne , afin de l'embarrasser par les grosses voitures de roulier,
(*) Ce brave officier fut tué, plus tard, dans la proirînce de Guadalaxara , par la guérilla de Manco ; il ne rendit le dernier soupir qu'en se faisant accompagner chez les morts.
DU GÉsiRAI HUGO. IO7
Je fis occuper , en conséquence , avec la plus grande célérité , par difierens détachemens tirés de Piedrahita , d'Arevalo et de Puente del Congosto, tous les passages du Tormès, auxquels les chemins de la plaine aboutissaienti et je parus oublier l'occupation de ceux qui communiquaient directement avec les chemins de la montagne. L'ennemi ayant appris ces dispositions par ses coureurs , résolut d'échapper aux détachemens sortis d'Ayila contre lui , par les points qu'il croyait négligés. Mais, arrivé dans les défilés , il fut dans lobligation de décharger les guimbardes , de requérir des charettes à bœufs : il perdit du temps , fut rejoint et obligé de nous abandonner son riche convoi. Je fus pendant près de deux mois à demander partout à qui il appartenait , sans que je pusse le découvrir. Enfin , M. Ketzinberger , parent de M. Oberkampf , propriétaire de la fameuse manufacture de Jouy , près Versailles , vint le réclamer au nom de sa maison et de quelques négocians français. Enchanté de pouvoir obliger des compatriotes, je remis, sur-le-champ, ce jeune homme en possession de tout , à lexception d une partie que le Roi, ne sachant à qui ces cotons appartenaient , avait cru devoir accorder , comme gratification, aux troupes qui les avaient repris.
1 o8 HÉMOiaES
Avila I par les services qu'il avait rendus à l'armée de M* le duc de Dalmatie , lors de son séjour aux environs de Plazencia , par le rôle que sa position ]ui avait fait prendre à l'époque de la bataille de Talaveyra , par considération pour celui qu'il pourrait jouer encore, en cas de siège a Giudad-Rodrigo ou d'une nouvelle campagne en Portugal ; Avila , dis^je , fixa sous tous ces rapports , l'attention particulière de M. le maréchal Seult, devenu ma jor - général des armées françaises en Espagne. S. E« y envoya des munitions et de Tartillerie, ainsi qu'un ofBcier du génie, pour en perfectionner les travaux. Un officier supérieur , M. Tadjudantcommandant Rémond, fut également chargé de voir notre ligne du Tormès , afin d'augmenter , s'il en était besoin , les ouvrages qui la défendaient. Il fut étonné de les trouver dans un état aussi respectable.
Pendant l'exercice de ses fonctions de majorgénéral de S, M. G., M. le maréchal Jourdan m'avait engagé à tenter la voie des négociations pour diminuer le nombre de guérillas qui tourmentaient ma province , mais l'approche de plusieurs armées sur lesquelles les Espagnols insoumis fondaient de brillantes espérances , avaient fait repousser toutes mes tentatives. Il en devait être tout autrement après la tournure
que les affaires avaient reprise sur le Tage ; et bientôt , M. le maréchal Soult m'écrivit de faire de nouvelles ouvertures.
La guérilla de Morales , l'un des plus braves chefs de partisans , avait tenu Piedrahita pendant tout le temps que j'en étais resté dehors. Comme cet officier aimait passionnément une jeune dame, dont la famille, en partie résidante à Âvila , était venue chez moi , je chargeai quelqu'im de faire sonder Morales , par rintermédiaire des sœurs de cette dame , et il ne parut point éloigné d'abandonner son parti , pour en embrasser un qui lui paraissait d'autant moins condamnable , qu'à Bayonoe , les cortès de la nation
avaient reconnu le roi Joseph (*). Mais cet offi-
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(*) Le cardinal archevêque de Tolède , don Louis de Bourbon, qui , depuis , fut présldeut de rassemblée des cortès réunie à Cadix , donna le premier l'exemple de la soumission au gouvernement qu'il plaisait a Tempereur jNapolëon de donner a Tes-' pagne. Son adhésion au traité de Bayonne est datée de Tolède, 22 mai 1808 , vingt jours après là première tentative faite par le peuple espagnol pour se débarrasser de Tarmée française .
La junte suprême de gouvernement étabUe a Madrid , ne tarda pas a suivre cet exemple. Elle publia, le 5 juin 1808^ une proclamation ânnooçant comme un bienfait le changement de dynastie et de gouvernement.
On ignorait encore en Espagne quel souverain siégerait sur le trône de Philippe V.
riapoléon proclama , le 6 juin 1808 , le nom du nouveau monarque, et désigna au respect des Espagnols Joseph son frère, alors roi de tapies et de Sicile.
Aussitôt les membres de l'assemblée de Bayonne 5'empres-
cier servait avec Lopez, autre chef de guérilla , homme beaucoup moins raisonnable, et il fallait déterminer celui-ci à la même démarche , afin qu'il ne fit point tourner celle de son camarade à son. avantage , en la faisant considérer comme une défection.
Un capitaine suisse, d^une distinction rare sous beaucoup d'excellens rapports , se trouvant employé près de moi , prit aussi part à ces négociations, et les voyant marcher trop lentement au gré de mes désirs , me demanda et obtint Tautorisation de se rendre comme parlementaire auprès des deux chefs. Je le vis rentrer le soir même , accompagné de Lopez et de Morales avec qui j'eus un long entretien , dans lequel je confirmai non seulement tout ce que je leur avais fait promettre , mais encore où j'accordai ^ beaucoup plus que n'avait avancé M. le capitaine Roh.
sërent d'adresser à leurs cornpatrioles une proclamalion pour les féliciter sur la biertifeillance que Napoléon montrait pour V Espagne , en lui donnant pour souverain son auguste frère Jo' sephj dont les vertus faisaient V admiration de ses sujets {^^,
On remarque parmi les signataires de cette proclamalion, le DQm de M. le duc de l'Infantado, qui , en i825, a é\& prdsident de la régence de Madrid.
Enfin, le 7 juillet 180S , la reconnaissance de la souveraineté de Joseph fut solennellement achevée , par l'acceptation de la nouvelle constitution quMl donnait au peuple cspagnoL
. (*) Adresse de Baypane , 8 Juin 1808.